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Bougie Ambre 1er - Jovoy

Labdanumania en bougies / Ambre 1er – Jovoy, Ambre – L’Occitane

16/06/13

Posté par Poivrebleu dans Ambré

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Nous arrivons au terme de notre cycle « Labdanumania », au cours duquel j’aurai tenté de vous présenter les meilleures créations autour du labdanum, matière entre toutes les matières, odeur de mon cœur… Dans le petit monde des parfums, il y a bien sûr la parfumerie fine alcoolique, celle qui vêt notre peau de ses effluves magiques… Mais les parfums pour la maison ont, eux aussi, leur importance. Le plaisir revêt une forme différente, mais il procure le même type de sensations et d’émotions. Rentrer chez soi et retrouver une odeur familière, ou bien encore accorder l’odeur de la maison au rythme des saisons et du temps, créer une ambiance et une atmosphère accueillante, chaleureuse, raffinée. Autant de raisons pour prendre le temps de bien choisir son parfum d’ambiance et pour parfumer habilement et intelligemment sa maison (et surtout, autrement que par les activités ménagères hebdomadaires…).

C’est pour cela que je ne pouvais pas clôturer cette série sur le labdanum sans vous parler de deux bougies, à mon sens particulièrement réussies, et qui illustrent, elles aussi très bien, l’utilisation et le développement de l’accord ambré pour un parfum d’ambiance.

Ambre 1er – Jovoy :

Tout créateur de parfums digne de ce nom, et qui fait des bougies, doit avoir dans sa gamme un bon parfum ambré. Le parfum Ambre

Bougie Ambre 1er - Jovoy

Bougie Ambre 1er – Jovoy

Premier a été réalisé par Michelle Saramito. Pour réaliser la bougie qui lui ferait miroir, François Hénin a fait appel à une jeune parfumeuse talentueuse, aussi grande que belle, j’ai nommé : Cécile Zarokian. Sa bougie pour Jovoy est devenue à juste titre une référence, grâce à la justesse de sa note ambrée, alliant la rondeur de la vanille et la puissance de l’essence de ciste. Son aura légèrement épicée et boisée accompagne une note ambrée – labdanum dont la profondeur et la diffusion sont jubilatoires. On peut relever aussi la présence de notes musquées dont l’utilisation dans l’accord ambré est très intéressante : pour apporter à la fragrance un fondu et une rondeur souple, les muscs complètent parfaitement bien les notes vanillées que l’on peut alors doser plus légèrement. Dans le cas d’Ambre 1er, cela a pour effet, à la diffusion, de rendre la note très douce et enveloppante, sans qu’elle ait un aspect trop « mou » ou trop lourd, et sans que la note ciste/labdanum ne soit dénaturée. La combustion convient d’ailleurs particulièrement bien à cette note, à laquelle elle achève d’apporter de la chaleur et de la texture. On obtient ainsi une bougie au caractère puissant et marqué, qui donne à l’atmosphère d’une maison, d’un salon, un aspect raffiné et chaleureux. Elle parfumera aisément, dans son format standard de 185 g, une grande pièce de 35-40 m², et offrira environ une soixantaine d’heures de diffusion.

Dans le cadre de ma série sur le labdanum, j’ai contacté Cécile Zarokian pour en savoir un peu plus sur sa bougie. Elle a gentiment accepté de répondre à mes questions :

Poivre Bleu : Lorsque vous souhaitez créer un ambre, de quelles matières premières partez-vous (tous supports confondus) ?

Cécile Zarokian : Je pars du ciste-labdanum et de notes vanillées (absolu vanille,vanilline, ethyl vanilline, etc.). Après, selon le support et la demande du client, j’adapte cet accord avec d’autres matières premières, douces, boisées, florales, animales, ou sensuelles.

PB : Dans le cas de la bougie Ambre 1er de Jovoy, êtes-vous partie du parfum éponyme de la gamme ? Avez-vous reçu des directives particulières ?

CZ : J’ai suivi la direction artistique de Jovoy, qui m’a demandé de réaliser un ambre en bougie, c’est à dire un accord traditionnel en parfumerie, qui dépend bien sûr de la sensibilité de chaque parfumeur mais qui reste fidèle à un héritage.

PB : Votre bougie est devenue célèbre pour sa puissance et sa diffusion. Sans nous révéler vos secrets, comment vous y êtes-vous prise pour la rendre aussi performante ? Quelles sont les contraintes spécifiques au support cireux ?

CZ : La contrainte est qu’en bougie, certaines matières premières ne sont pas solubles ou peu performantes dans la cire. Certaines nuances ne peuvent être exprimées comme dans l’alcool. Lorsque je crée une bougie, j’accorde une importante particulière à sa puissance et à sa diffusion, afin de proposer une fragrance qui soit à la fois sophistiquée et qui puisse parfumer une grande pièce. Pour Ambre 1er, j’ai choisi de travailler avec une grande quantité d’essence de ciste plutôt que l’absolu labdanum, malgré son prix onéreux, pour avoir un rendu soluble et extrêmement performant.

PB : Dernière question : avez-vous une affection particulière pour la note ambrée ? Quelle est la matière la plus importante selon vous dans l’accord ?

CZ : En effet, j’aime beaucoup travailler la note ambrée. Elle est si riche qu’elle peut être interprétée et nuancée de plein de manières différentes ! Pour moi il n’y a pas une matière plus importante qu’une autre, c’est la façon dont on va construire l’accord et les proportions des différents ingrédients les uns par rapport aux autres qui vont faire varier la note ambrée en fonction de l’effet que le parfumeur recherche.

La bougie Ambre 1er est donc devenue pour moi une incontournable du genre. Je l’aime pour la franchise de sa note, mais aussi pour la sophistication de son accord, d’une très grande qualité. Les réponses de la parfumeuse laissent entrevoir l’idée que développer une bougie est un travail de composition et d’imagination sûrement aussi technique et délicat qu’en parfumerie alcoolique, même si les outils ne sont pas les mêmes. En un mot, si vous aimez la note ambrée et le labdanum, et que vous voulez la meilleure bougie du genre : courez chez Jovoy, 4 rue de Castiglione, à Paris dans le 1er arrondissement.

 

Ambre – L’Occitane :

Sans pouvoir se mesurer à Ambre 1er, notamment sur le plan de la diffusion et de la note, la bougie Ambre de l’Occitane a le mérite de proposer, à un budget très abordable (14 €), une bougie d’une assez belle qualité, dont la note douce se pare joliment de notes fleuries,

Bougie Ambre - L'Occitane

Bougie Ambre – L’Occitane

solaires, boisées et vanillées sur un fond ambré doux de ciste et de labdanum.

Douce et ronde, elle est une illustration très réussie de l’ambre 83, sur laquelle viennent se poser des notes boisées patchouli (cashmeran), sans être trop lourdes.

Parfaitement adaptée à une petite pièce (15 – 20 m² max), cet ambre pas si bête créera une atmosphère confortable et enveloppante dans une chambre ou une salle de bain, parfaite pour accompagner vos ablutions quotidiennes…

 

Pendant que je bois mes dernières gorgées de Lapsang Souchong pour la journée, je m’en vais refermer ce chapitre olfactif sur le labdanum. J’espère que la série vous aura plu, et que les parfums et bougies proposés auront été pour vous l’occasion d’explorer de nouveaux terrains olfactifs, de redécouvrir des créations dignes d’intérêt et aussi de vous faire une idée plus nette de la note du ciste et du labdanum. Pour aller plus loin, je vous encourage d’ailleurs vivement à acquérir un petit plant de ciste ladanifère. Très facile d’entretien et nécessitant peu d’eau, il aime le soleil et diffuse, par temps chaud, un parfum envoûtant et sensuel qui enivrera vos narines pour votre plus grand plaisir…

 

On se retrouve bientôt dans les prochains billets, et d’ici quelque temps, pour la prochaine série matières premières, toujours aussi amusante et passionnante !

 

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Wazamba - Parfum d'Empire

Labdanumania / Wazamba – Parfum d’Empire

15/06/13

Posté par Poivrebleu dans Ambré

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Wazamba - Parfum d'Empire

Wazamba – Parfum d’Empire

En découvrant la gamme de Parfum d’Empire il y a quelques années, j’y ai trouvé un univers fort et marqué. Si je dois avouer que certaines des créations de Marc-Antoine Corticchiato ne me parlent pas et que sa patte parfois « brutaliste » me dérange, il se dégage néanmoins de ses créations un témoignage touchant auquel je ne suis pas insensible, car je m’y retrouve.

Ce témoignage est celui d’un homme amoureux de sa terre, de son histoire, de ses couleurs. C’est celui d’un homme qui cherche à transmettre à ceux qui l’écoutent, son idée de la beauté, une beauté enracinée dans les plantes, la terre et la pierre, une beauté vivante et vibrante, empreinte de nature. L’histoire personnelle du créateur a, comme beaucoup d’entre nous, déterminé son affection pour la parfumerie, et il n’y a rien d’étonnant à ce que Marc-Antoine Corticchiato soit un amateur de notes puissantes, ayant du caractère et une réelle personnalité. Immortelle, encens, tubéreuse, benjoin font partie de son langage, tout autant que le labdanum bien sûr.

Rien de très surprenant alors que cette série sur le labdanum ait compté parmi ses élus, deux parfums de cette maison. Ambre Russe représente, tel que je le perçois, l’interprétation de l’accord ambré traditionnel par son créateur, qui a donc voulu lui rendre hommage tout en utilisant des matériaux plus récents aux effets plus modernes. En miroir, Wazamba est une interprétation du labdanum, de son aura spirituelle et charnelle en parfum.

Wazamba est donc un hommage au labdanum, et un hommage si complet qu’il en est devenu un encens pour la peau. La charge sacrée de cette splendide résine est démultipliée à mesure que l’encens, l’oliban et la myrrhe inondent la peau de leur pouvoir mystique et de leur aura spirituelle. Les aldéhydes contribuent à rendre la sensation plus diffusive, et produisent d’ailleurs un effet relativement inattendu : n’étant pas

Fumée

Fumée

couplés avec des fleurs comme on le sent régulièrement, leurs facettes métalliques se mélangent aux effets épicés et minéraux de l’encens et propulsent les notes au devant de la peau dans un effet montant, un peu râpeux. Pour radoucir l’ensemble, des notes fruitées de pommes et de prunes se dévoilent au fur et à mesure de l’évolution, et se marient naturellement à la facette fruits caramélisés du labdanum.

Avec cette sensation étrange de sentir sa peau en combustion, Wazamba donne la sensation d’un écran de fumée qui entourerait celui ou celle qui le porte, lui conférant une aura mystique et mystérieuse.

Au final, c’est probablement le seul parfum de la sélection que je n’aurai pas réussi à personnifier. J’aime en partie cette situation, car cela détache quelque peu le labdanum de son utilisation charnelle dans les parfums. On en revient à son utilisation ancestrale, une utilisation dans les compositions à brûler qui le démarque donc un peu de son aura ronde et ambrée. J’aime cette utilisation brutale de la matière, qui malgré son aspect dur et sec (car séché par le brasier de l’accord) dans ce parfum, ne peut pas s’empêcher de fondre sur la peau et de retrouver, sur le fond, la voie de la chair. Ou bien peut-être est-ce moi qui dirige le labdanum toujours sur les chemins de la peau, chemins qu’il semble pourtant connaître comme sa poche…

 

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Les Jeux Sont Faits - Jovoy

Labdanumania / Les Jeux Sont Faits – Jovoy

14/06/13

Posté par Poivrebleu dans Ambré

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Les Jeux Sont Faits - Jovoy

Les Jeux Sont Faits – Jovoy

Lorsque j’ai voulu préparer cette série autour du labdanum, j’ai listé sur mon cahier tous les parfums ambrés que je connaissais. Puis j’ai éliminé ceux qui étaient trop éloignés de la sensation « résine » à mon goût, ou encore, ceux que je trouvais trop classiques dans leur construction et leur sillage. Ainsi, Ambre Extrême de l’Artisan Parfumeur est passé à la trappe car trop amandé – fève tonka et épicé. De même Ambra Aurea, qui reste par ailleurs un très beau parfum poudré, rond, au sillage monstre, était vraiment trop traditionnel et enrobé dans ses draps de poudre et de vanille.

Cet exercice de sélection m’a fait prendre conscience que le travail autour de la note du labdanum était relativement technique, mais aussi très personnel, dans la mesure où l’accord ambré ne s’apparente pas à une matière première en particulier. Bien que nous ayons forcément des références communes, un bon « ambre » s’évalue en fonction de ce que l’on recherche dans celui-ci.

Vous l’aurez donc compris depuis le début de la semaine, je n’aurais pas nommé cette série Labdanumania si je n’étais pas attirée fondamentalement par cette matière… Il se trouve qu’elle me ramène, quoi que je fasse et quoi que je cherche, vers cette famille, cette sensation « ambrée ». Pour moi, il y a forcément quelque chose à comprendre. Et pourtant, trouver un bon parfum de ce type et qui illustre aussi avec justesse le labdanum n’est vraiment pas chose aisée.

Les Jeux Sont Faits, composé par Dorothée Piot pour les parfums Jovoy de la boutique éponyme, est l’un des labdanums les plus francs du collier que je connaisse (même si je préfère tout de même Amber Absolute) car son enrobage s’est éloigné encore une fois de la rondeur « vanillesque » pour nous proposer une interprétation plus minérale, peut-être un peu plus brute, de la matière. Le plus fascinant dans ce parfum est sans doute son côté agent double totalement inattendu… Rien ne laisse présager au départ, si vous n’avez pas lu les notes quelque part, que ce parfum est au fond de lui, un être chaud et séducteur.

Son costume gris souris fait d’un bouquet d’angéliques fraîches lui donne une aura argentée et quelque peu austère de prime abord. Caché derrière ses

Daniel Craig

Daniel Craig

lunettes noires, impossible de saisir son regard et de sonder ses pensées. Ses mouvements sont calmes, sa démarche assurée, sa stature imposante. On a presque la sensation, pendant un moment, que c’est lui, le parfum, qui nous observe et attend que l’on commette un faux pas qui lui permettrait de s’engouffrer dans la brèche de notre cœur. Mais en fait, à vrai dire, ça marche bien. À force de rester là à vous observer, fumant une cigarette dans son costume hyper seyant, on finit par ne plus en pouvoir de toute cette tension… Et juste à ce moment-là, il vous décoche un sourire de bombe atomique tellement désarmant que votre robe en tombe toute seule à vos pieds…

Les Jeux Sont Faits porte donc bien son nom. Car la suite de l’évolution, sans être particulièrement animale ou sale, évoque sans détours l’odeur salée et à peine un peu acide d’une peau qui a transpiré, accompagnée d’une note encens, boisée moelleuse (tabac) et doucement épicée (cumin), qui contraste donc très nettement avec le départ froid et frappé/alcoolisé (rhum) de la tête. C’est une note contre laquelle on a envie de poser sa tête, comme on la poserait sur le torse d’un homme pour le caresser. Ce parfum évoque pour moi ces moments d’intimité où le temps n’existe plus, où la nudité la plus parfaite s’accompagne d’une tendresse complète, où l’on ferme les yeux en ne pensant qu’au contact divin et parfait d’une peau contre une peau.

Le labdanum est la seule matière qui m’évoque réellement et naturellement cette sensation, plus que d’autres matières animales de la palette du parfumeur. Cette impression se retrouve très bien lorsque l’on sent la feuille du ciste, légèrement recouverte de résine : la note qui s’en dégage est présente mais subtile et figure parfaitement cette odeur de peau un peu chaude et salée.

Plus on avance, plus on touche du doigt le fait que le labdanum est l’une des matières les plus sensuelles qui existent, sans que jamais elle ne sombre dans le fécal. C’est l’équilibre naturel de la note, entre animalité et végétalité qui la rend aussi addictive et attirante. Note dont je ne pourrais plus me passer aujourd’hui, vous l’aurez compris !

PS : Et OUI, j’ai un gros faible pour Daniel Craig ;-)

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Ambre Russe - Parfum d'Empire

Labdanumania / Ambre Russe – Parfum d’Empire

12/06/13

Posté par Poivrebleu dans Ambré

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J’avais aimé dans Ambre Sultan et Amber Absolute, une construction plus proche de la matière du labdanum, réel responsable pour moi de la sensation ambrée. En cela, ils m’étaient apparu comme plus modernes, délaissant le classicisme quelque peu ennuyeux, avouons-le, des ambres cartésiens, tel Ambre Précieux de Maître Parfumeur et Gantier. Ambre Russe n’est pas de ceux-là, mais il est classique tout de même, ne poussons pas non plus le bouchon trop loin, il est russe.

Ambre Russe - Parfum d'Empire

Ambre Russe – Parfum d’Empire

Ambre Russe est la preuve par 9 que « l’ambre », en fait, c’est le labdanum. Pourtant, il l’est un peu moins que ses collègues, mais ce qui m’intéresse aussi, c’est qu’il est aussi assez peu vanille (même s’il n’en est pas exempt, attention), et pour cette raison, il permet de démontrer qu’un ambre sans labdanum ne peut pas être un ambre. Car, autant un labdanum sans vanille continuera toujours de diffuser une sensation ambrée dans son sillage, autant une vanille sans labdanum est… une vanille. Pour illustrer, on peut penser par exemple à la Spiritueuse Double Vanille de Guerlain. Ce parfum qui se focalise sur la gousse, déploie une sensation de rondeur suave que l’on peut retrouver dans certains parfums ambrés. Pourtant, la perception générale reste celle d’une vanille, liquoreuse, cuirée et presque boisée, mais exempte de cette profondeur baumée caractéristique des ambres.

Ambre Russe m’a interpellée et intéressée pour cette série car son labdanum est moins évident que dans les deux premiers parfums présentés, mais a été ornementé sans les atours habituels du genre, à savoir le benjoin, la vanille et autres baumes. Mais Marc-Antoine Corticchiato n’a cependant pas lésiné sur les ornements de son ambre, qu’il a rendu russe, impérial et digne sur tous les profils.

Dans un foisonnement d’étoffes précieuses aux couleurs chatoyantes, cet ambre se niche au creux d’une poitrine généreuse à la peau laiteuse. Il développe sur cette peau une intéressante note fruitée/confite, entre la prune reine-claude et la mirabelle, dont les miroitements dorés rappellent ceux des innombrables bijoux qui ornent les mains, le cou et les oreilles de la belle et jeune princesse qui le porte. Son thé bien noir et brûlant mêle ses arômes d’écorces d’agrumes à l’aspect liquoreux et quelque peu aromatique de son parfum. Si son esprit cuiré et un peu fumé met du temps à venir, c’est que le pays est vaste, et qu’il faut du temps aux bottes noires des soldats du régiment Labdanum et Bouleau pour retrouver leurs chemins…

On se délecte de cet ambre pour son allure impériale, sa tête décoiffante de vodka et de ses petites bulles de champagne, puis de son évolution fruitée/confite troublante car plutôt inhabituelle sur un fond de peau cuirée travaillée. Sans se faire aussi moderne et novateur qu’avait pu l’être Ambre Sultan à son époque, Ambre Russe sort du schéma vanillé – poudré et explore une voie qui le rend plus frais et plus lumineux. Son empreinte labdanum est certes moins marquée, mais c’est bien lui qui apporte à ce parfum sa texture épaisse et chaleureuse. Et d’ailleurs, ce n’est peut-être pas cet opus de Parfum d’Empire qui met le plus en valeur le labdanum… Lequel de la collection est le plus figuratif à votre avis ?

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Amber Absolute - Tom Ford

Labdanumania / Amber Absolute (Sahara Noir) – Tom Ford

11/06/13

Posté par Poivrebleu dans Ambré

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Amber Absolute - Tom Ford

Amber Absolute – Tom Ford

La labdanumania se poursuit aujourd’hui avec notre ami Tom Ford, que l’on ne peut s’empêcher d’aimer, même si concrètement, il se moque un peu de nous parfois… Comme vous l’aurez compris si vous avez suivi le billet précédent, Ambre Sultan fut à mon sens, et ce jusqu’en 2007, la composition illustrant et utilisant avec le plus de justesse et de richesse la résine de labdanum. Monsieur Ford, qui n’en était pas à son premier essai dans le développement de parfum, est alors arrivé en lançant sa marque à l’univers glamour, rétro et ténébreux. La Private Blend de Tom Ford est devenue un espace d’expression et de jeu pour son créateur, plaçant et développant dans ses parfums, ses accords fétiches. Parmi cette collection confidentielle qui exerçait sur moi sur moi une force globalement aussi puissante que celle du Soleil sur la Terre, se trouvait un parfum qui allait remporter en un instant tous les suffrages de mon bulbe olfactif : Amber Absolute.

Touchant en plein dans le mille de mes préférences olfactives, cet ambré aux allures sauvages est apparu rapidement comme un très sérieux concurrent du Serge Lutens.

« Il y a longtemps, très longtemps, on raconte que dans le désert de Baume s’est tenue, par une journée de chaleur accablante, la Bataille des Ambres. Les armées des deux plus puissants souverains de l’empire se sont affrontées pour départager leur autorité sur le désert de Baume qui, on le savait bien, regorgeait des plus belles matières à parfum de la région. 

La bataille prit place au petit jour et continua des heures durant, soulevant des montagnes de poussière, dont les nuages étaient visibles à plusieurs kilomètres de là, du haut des dunes du désert. Elle fut intense, rude et cruelle, et fit de nombreux morts et blessés de part et d’autre. À l’heure où le soleil commençait à baisser, il restait bien peu de combattants ayant la force de rester debout. Ceux-là même n’ayant plus la force de soulever leurs épées regardaient, incrédules et ébahis, leurs rois. Entrechoquant leurs armes, ils continuaient de se battre dans la lumière orange du crépuscule, souffrant de leurs blessures et du poids de leurs armures. 

Alors que le dernier rayon de soleil disparaissait, Ambre Sultan mit un genou à terre, exténué. « C’est fini », dit-il. « Le royaume des Ténèbres va s’emparer de moi. Tu es le vainqueur. » Mais c’est alors qu’Amber Absolute en décida autrement. Il répondit : « Non, viens avec moi, découvre mon royaume et unissons nos forces pour qu’à jamais le désert de Baume soit préservé des assaillants. » Dans un ultime effort, il souleva celui qui était son adversaire l’instant précédent et passa son bras sous ses épaules, puis le mena sur son cheval où ils filèrent jusqu’à sa cité fortifiée.

Dans la ville, on allumait déjà les torches et on chargeait les brûle-encens qui cracheraient leurs fumées envoûtantes et minérales aux quatre coins de la ville, toute la nuit. Les deux combattants pénétrèrent dans la demeure impériale, abandonnèrent leurs habits de guerriers et se dirigèrent vers les bains du palais. Accompagnés par des esclaves drapés de tissu rouge comme le vin, ils trempèrent enfin leurs corps meurtris dans un bain couleur de miel, dont les vapeurs chaudes exhalaient un puissant parfum de ciste et de romarin. Les servantes aux yeux de biches et à la peau dorée lavèrent leurs

Aït Ben Haddou - Maroc

Aït Ben Haddou – Maroc

blessures, débarrassèrent leurs corps de la poussière et de la crasse, peignèrent leurs cheveux, avant d’enduire leur peau d’une huile douce et parfumée. Ils se vêtirent ensuite de robes et de sarouels en soie épaisse, dont le tissu brillant et doux laissait échapper des notes de santal et de patchouli. Retrouvant leurs forces et leur vigueur, ils burent du vin de persil et mangèrent des dattes gonflées de sirop à la cannelle. Danseuses, danseurs et musiciens étaient venus les rejoindre pour festoyer toute la nuit durant. 

Au petit matin, dans la fraîcheur blanche de l’aube, on raconte que les nouveaux amis qu’ils étaient devenus échangèrent, avant de se quitter, deux flacons : « Le parfum de leurs âmes ». Pour que chacun n’oublie jamais la richesse de l’autre et se rappelle éternellement le pacte qu’ils avaient échangé entre eux. L’un des flacons était noir avec une allure majestueuse et des formes anguleuses. L’autre était cristallin, finement ouvragé, déployant des formes souples et voluptueuses comme les courbes d’un corps généreux. »

Amber Absolute est à l’image de son nom : plus dense et plus brutal que les autres (Ambre Sultan en l’occurrence), il impose une ligne plus marquée à son évolution et déploie, d’entrée de jeu, la grosse artillerie. À ma connaissance, aucun parfum n’exploite à ce point la note puissante, brûlante et sombre du labdanum. C’est donc en ce sens que ce parfum est le meilleur labdanum du marché en parfumerie. Pour ceux qui veulent, de temps en temps, s’approcher au plus près de l’âme tortueuse de cette matière, de sa lumière chaude et insondable, ce parfum de Tom Ford développe à merveille toutes les facettes de la matière : sa tête percutante et camphrée est faite de ciste, puis son cœur évolue sur un encens minéral et grésillant qui s’accompagne d’un labdanum sombre, fumé et cuiré et de sa petite note bien particulière de confiture de fraise un peu brûlée. Le fond s’arrondit doucement, avec la vanille et le benjoin, mais reste tout de même un peu plus raide que le fond d’autres ambrés, par la présence des notes boisées et de l’encens. J’y trouve aussi une pointe d’animalité délicieuse, proche du castoréum qui lie merveilleusement l’ensemble et se fond totalement à la note labdanum. La tenue est, sans surprise, excellente et la sensation relativement sèche, ce qui le rend portable assez facilement par temps chaud. J’ai surtout apprécié avec cet opus, le fait que l’on s’éloigne de « l’ambre » traditionnel et que l’on se rapproche au plus près du cœur de cette sensation, c’est à dire, le labdanum. La formule en est, en conséquence, probablement simplifiée, mais cela a eu pour effet de m’emmener beaucoup plus loin que d’autres parfums plus complexes…

Si vous avez un peu suivi l’actualité parfum, vous aurez appris qu’Amber Absolute était annoncé comme discontinué de la Private Blend. Cependant, il est toujours affiché sur le site internet de Tom Ford, je garde donc l’espoir de le voir, peut-être revenir, bien qu’il soit très mince aujourd’hui, depuis l’arrivée du dernier de la collection grand public : Sahara Noir. Lorsque je l’ai senti, je me suis dit : « Comment Tom ? Tu m’as trahie ? » Mais bien que les deux fragrances partagent un univers très proche, elles restent, finalement, assez différentes.

Sahara Noir garde une trame labdanum – encens très marquée comme Amber Absolute, mais propose des variations plus boisées, aux inflexions plus minérales et plus fumées. L’encens y est nettement plus présent que dans le premier et développe aussi une sensation plus camphrée.

Pour le moment, je tiens le choc avec un petit échantillon de 4 ml d’Amber Absolute, l’un des 4 parfums de la Private Blend que je rêvais de m’offrir. Mais les 180 euros demandés pour un flacon de 50 ml ont tendance à me faire déglutir assez bruyamment. Alors je me raisonne et je me soigne avec d’autres, peut-être pas autant labdanum, mais qui ne manquent pas non plus de charmes…

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Ambre Sultan - Serge Lutens

Labdanumania / Ambre Sultan – Serge Lutens

10/06/13

Posté par Poivrebleu dans Ambré

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Ambre Sultan - Serge Lutens

Ambre Sultan – Serge Lutens

Difficile de parler d’ambre, et qui plus est, de parler de labdanum sans aborder le cas d’Ambre Sultan. Ce parfum de Serge Lutens, créé en 1993 pour les Salons du Palais Royal, fut intégré en 2000 à la sélection de sa gamme destinée à être distribuée en parfumerie grand public. Faisant partie des piliers de la marque, il est aussi, à juste titre, une référence absolue s’agissant des parfums ambrés – labdanum.

Bien sûr, d’autres parfums ambrés ont vu le jour avant celui-ci, tel l’Ambre Antique de François Coty, qui a probablement fondé l’archétype du genre en 1905, grâce à l’utilisation, ô surprise, de la base Ambre 83 dont nous avons parlé dans le billet précédent. Mais là où ses prédécesseurs travaillaient la note ambrée dans un cadre doux, poudré, vanillée et parfois agrémentée de notes épicées et fleuries, Ambre Sultan innove par la franchise de sa note labdanum, tout en répondant aux codes classiques du parfum ambré : rondeur et vanille sont au rendez-vous, mais en touche. Il se distingue donc de la sensation un peu lymphatique que peuvent avoir certains ambres, qui semblent développer avec une certaine mollesse fainéante, leurs notes chaudes et un peu lourdes. Au contraire, ici, la sophistication et la complexité de la  structure du parfum se déploie grâce à la beauté des matières premières, la maîtrise de leur puissance, l’audace de leur dosage, la confrontation de leurs effets. Cette manière de procéder semble d’ailleurs assez typique de la parfumerie confidentielle, surtout chez Lutens, recherchant des accords plus percutants et plus entiers que ceux du grand public.

On ressent dans ce parfum, une volonté de dévoilement : avec moins d’enrobage, moins de tenues alambiquées, Ambre Sultan en devient un labdanum ondulant du bassin, paré de voiles et de bijoux, dont les yeux ont été soulignés de khôl et la peau satinée d’une douce huile parfumée.

Sans être une innovation fondamentale, ce parfum a pourtant marqué une rupture dans l’évolution du genre ambré (à l’image de Féminité du Bois pour les boisés), en proposant une interprétation plus directe de la matière, lui donnant le loisir de d’exprimer son caractère de façon plus nette. Il est donc naturellement devenu une sorte de jalon, à la mesure duquel tous les autres ont depuis été contraints de se mesurer.

Ambre Sultan est donc un labdanum, oui. Plus que les autres à son époque, oui aussi. Mais pas que. Bien que la résine puisse être un parfum à elle toute seule, son aspect brutal et puissant ne s’enfile pas forcément comme un gant sur la peau, si elle n’a pas été un minimum façonnée pour son utilisateur. Pour cela, Serge Lutens a demandé à Christopher Sheldrake de faire vivre l’âme méditerranéenne et chaleureuse du labdanum : exacerbant les facettes aromatiques et balsamiques de celui-ci grâce à l’origan, la myrte, le laurier, il en devient à la fois

Origan

Origan

étrangement frais et brûlant. Cette sensation aromatique se poursuit sur la longueur de l’évolution, dans laquelle je sens l’origan un peu au dessus des autres, très bon emblème de l’impression « garrigue ». Sur le cœur et le fond, cet ambre se boise avec le patchouli et se poudre d’un voile vanillé avec le benjoin et la vanilline. Sa douceur un peu sèche, sensuelle et lascive égrène alors ses notes en forme de braises, et continue de rougeoyer jusqu’au petit matin, alors qu’on la retrouve au creux du bras.

Ambre Sultan a, sans surprise, été l’un des pionniers à conquérir les étagères de ma chambre. Il fait partie de mon identité olfactive et malgré son caractère fort et sa diffusion royale, je le trouve aujourd’hui aussi facile à porter qu’un t-shirt blanc, souple et confortable, lui donnant alors un potentiel séducteur insoupçonné.

Il est longtemps resté le meilleur labdanum du marché à mon sens. Mais il a été détrôné, il y a quelques années par un ambre créé pour un audacieux personnage de la parfumerie, jusqu’au-boutiste dans ses choix olfactifs (et aussi dans ses prix)…

Aurez-vous découvert de quel parfum il s’agit avant demain ?

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Cistus ladaniferus

Labdanumania / Introduction

8/06/13

Posté par Poivrebleu dans Ambré

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Cistus ladaniferus

Cistus ladaniferus

Ciste. Labdanum. Ciste labdanum. Ciste ladanifère. Cistus ladaniferus.

Une des choses que j’aime le plus avec cette matière, ce sont ses noms. J’aime la sonorité des syllabes qui forment ces noms et le goût un peu spécial qu’elles ont en bouche… « Ciste » fouette et siffle comme une lanière de cuir qui vient gifler la chair souple de la joue. « Ladaniferus » sonne un peu comme Lucifer (qu’il contient presque!) et brûle la langue de son parfum féroce et ardent. « Labdanum » est rond et suave comme une gorgée d’hydromel, dont le « m » s’éternise sur le bout des lèvres comme un baiser…

Sur le plan technique, cistus ladaniferus désigne le nom botanique de la plante en latin, le terme français ciste ladanifère lui fait miroir. Là où cela se complique, en parfumerie, c’est que les termes ciste et labdanum ne renvoient pas exactement à la même chose.

Le ciste ladanifère est un petit arbrisseau typique des régions du pourtour méditerranéen qui, pour se défendre contre la chaleur, produit une gomme visqueuse et très odorante qui recouvre ses feuilles et ses rameaux. D’ailleurs, dans les temps anciens, les bergers récoltaient cette résine en peignant la laine des chèvres ou des moutons qui s’en chargeait au cours de leurs déplacements. Aujourd’hui, on obtient la gomme en faisant bouillir les branchages dans de l’eau chaude et de la soude. Les produits résultant de cette transformation et issus de la gomme utiliseront le terme de « labdanum » dans leurs appellations : Absolue Labdanum ou Résinoïde Labdanum, par exemple. En parallèle, les produits obtenus à partir des feuilles et des rameaux par distillation à la vapeur d’eau ou extraction au solvant volatil utiliseront le terme de « ciste » : Essence de Ciste ou Absolue de Ciste.

Si l’on prend la peine de faire la distinction entre les produits issus de la gomme/résine et ceux issus des feuilles/branchage, c’est évidemment parce qu’il y a de nettes nuances olfactives entre les deux. L’essence de ciste a une empreinte très aromatique, camphrée et est particulièrement percutante en tête dans une composition. Son évolution rappellera ensuite le caractère de la résine, avec un aspect balsamique, caramélisé, boisé, mais dans une teinte qui restera montante et plutôt « fraîche », en comparaison. Le résinoïde labdanum présente à côté, une épaisseur olfactive quasi-inégalable : c’est extrêmement profond, sombre et chaud. Il se caractérise par une puissance olfactive déroutante, qui ne fait pas pâle figure face aux matières premières animales, aspect dont il n’est d’ailleurs pas exempt et auquel on peut rajouter des impressions de cuiré, d’ambré, de brûlé, mais aussi de boisé, d’encens, de confituré, de vanillé et de salé.

Depuis 3 000 ans, la plante est connue pour ses propriétés médicinales (stimulant, cicatrisant), et fut très tôt utilisée par les hommes pour la confection d’encens ou d’autres produits parfumés. En parfumerie moderne, le labdanum (la résine) est devenue une note de fond permettant de faire tenir les parfums, de créer des accords fumés ou cuirés lorsqu’il est associé à du styrax, de l’écorce de bouleau ou de l’isobutyl quinoléine (une note cuir un peu verte – caoutchouc). De plus, et surtout, cette résine est devenue la note de base essentielle des célèbres accords orientaux-ambrés auxquels elle apporte de la profondeur, de la rondeur, de l’épaisseur et de la texture (le labdanum est aussi un élément primordial de l’accord chypré, qui, assemblé à la mousse de chêne puis à la rose et au jasmin constitue la structure de base de cet accord un peu salé, animal et mystérieux).

L’accord ambré basique est une association de vanille et de labdanum, comme le rappelle très bien Jean-Claude Ellena dans son Journal d’un Parfumeur. Par extension, cet accord a pris le nom d’ambre dans les pyramides olfactives et est ainsi devenu l’un des termes et des sujets les plus confus du langage du parfum. « L’ambre » (l’accord), odorant, qui nous intéresse ici n’existe pas sous forme naturelle comme c’est le cas pour l’ambre gris (concrétion intestinale du cachalot, utilisé en parfumerie, à l’odeur salée, animale, chaude et un peu marine) et l’ambre fossilisé (résine végétale sécrétée par les conifères, utilisée pour fabriquer des bijoux ou des petits objets ornementaux, qui ne sent rien). Ce dernier est d’ailleurs utilisé à tort en représentation visuelle de l’accord par un nombre incalculable de marques et de sites internet, ce qui, pour beaucoup de connaisseurs, a l’avantage d’être particulièrement énervant. L’ambre rond, vanillé, baumé et sensuel de nos parfums est donc toujours le résultat d’une association de matières, d’une transformation, et s’il peut exister une représentation physique, on peut citer l’exemple de l’ambre 83 de De Laire (aujourd’hui Symrise). À l’état pur (avant dilution), elle prend la forme de petits blocs marron doré et est une agglomération de résines (benjoin, labdanum), de baumes (baume du Pérou et baume Tolu), d’essences (ciste…) et de molécules en poudre (vanilline). Cette base ancienne de la parfumerie fut utilisée dans de nombreux et célèbres parfums chez Guerlain, Coty ou encore Caron par exemple, et l’est toujours aujourd’hui. C’est cette spécialité de la parfumerie qui est devenue une référence olfactive commune incontestable pour le grand public. Pour beaucoup, lorsque l’on parle de l’odeur de l’ambre, une image plus ou moins proche de l’odeur de l’Ambre 83 se forme dans l’esprit (en fonction du vécu personnel bien sûr).

Ma sensibilité personnelle me fait dire que c’est le labdanum qui reste l’élément central de la « sensation ambrée » plus que la vanille ou le benjoin, même si d’aucuns diront que sans la vanille, d’ambre il n’y a point. C’est l’idée que j’ai souhaité développer dans cette série : le labdanum est mis à l’honneur, même si nous aurons bien sûr l’occasion de reparler de l’accord ambré. Allié de la séduction, sublimant la peau et la chair, le labdanum prend vie en été dans les chaleurs torrides du pourtour méditerranéen. Ainsi, cette série vous donnera l’occasion de tester ou re-tester des parfums qui, contrairement à ce que l’on pense souvent, révèlent leurs qualités et leur beauté aussi (voire plus) par temps chaud, là où la peau les fait fondre comme de la cire et qu’ils l’enduisent d’un film voluptueux et irrésistible.

La sélection qui va suivre la semaine prochaine vous permettra, je l’espère, d’approfondir votre perception de cette résine magique, élément essentiel d’une des familles olfactives les plus plébiscitées par les Français : la famille des ambrés – orientaux. Ancré dans notre imaginaire collectif, le labdanum est une matière ancestrale de la parfumerie qui est pour moi d’une vérité troublante, tant elle fait appel à une spiritualité fondamentale autant qu’à une animalité vivante et vibrante.

N’hésitez pas, à votre tour, à nous faire part de votre rapport avec le labdanum et à nous parler de vos ambrés favoris !

On se retrouve lundi pour le premier parfum de la sélection !

 

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