Damned ! Qu’est devenu mon “For Her” ?

flacon-for her intenseSi vous ne saviez pas encore que j’avais un problème avec les flankers, ce billet est  votre réponse. Narciso Rodriguez vient de sortir une édition limitée, intitulée “For Her & For Him Musc Collection”. Laquelle viendra enrichir For Her d’une Eau de Parfum Intense, et For Him d’une Eau de Parfum.

Sincèrement, j’adore le travail de Narciso Rodriguez, je porte avec un plaisir non dissimulé l’eau de toilette et l’eau de parfum For Her qui sont pour moi une superbe réussite à tous les points de vue. J’admire Essence, pour ce qu’il apporte de moderne et de différent dans le paysage des parfums actuel (comme l’avait fait d’ailleurs For Her), même s’il ne me convient pas vraiment. Et enfin, For Him exerce sur moi un drôle d’effet magnétique que j’ai du mal à contrôler.

Je ne pensais pas que le virus du “flanker rapide” aurait touché ses parfums, mais ma visite hebdomadaire chez Sephora m’a rappelée à l’ordre. Je n’ai pas encore senti l’eau de parfum For Him, mais j’ai été franchement surprise en sentant l’eau de parfum intense For Her. L’intensité est relativement discutable (en tout cas sur moi), car je le trouve un peu fluet et il manque cette impression de richesse et de texture que l’on attend dans une version intense. Mais surtout, on a perdu toute la spécificité du parfum, et la signature olfactive si particulière qui avait fait son succès est totalement écrasée sous un bouquet de fleurs blanches somme toute assez banal. Exit le côté sombre et un peu sale que j’aimais tant, exit le caractère de l’accord musc-patchouli… La féminité de cette eau intense n’a plus grand chose à voir avec celle de l’aînée et moi, je préfère celle de l’aînée. Le jasmin, l’ylang-ylang et la fleur d’oranger qui composent cette nouveauté me laissent bizarrement une forte impression de lilas… Le fond retrouve tant bien que mal la touche de musc que l’on connaît, mais l’ambre y est plus présente.

Le parfum n’est pas mauvais, non. Mais il fait pâle à côté de son voisin et me donne une impression de fait “à la-va-vite” , ce qui est bien dommage, tant je suis sûre que cette marque est prometteuse dans ses créations parfums. Vous me direz, ce n’est qu’une édition limitée, bientôt je l’aurai oubliée !

Musc Collection “For Her Eau de Parfum Intense” ; 50ml et 100ml : 78€ et 100€

A Scent, Issey Miyake, Firmenich et autres joyeusetés

Les rencontres entre bloggers sont souvent synonymes de fort agréables moments… La journée du 3 septembre 2009 n’a pas fait exception à la règle.

Méchant Loup d’Olfactorum, Sixtine d’Ambre Gris et moi-même avons été réunis par l’équipe presse d’Issey Miyake (via l’agence Magic Garden) pour une matinée parfum. Accueillis dans les locaux parisiens de Firmenich, nous avons pu rencontrer une partie de l’équipe qui fut chargée de mener à bien le nouveau projet d’Issey Miyake. Onze ans après la dernière nouveauté : Le Feu (dont je reparlerai), les parfums Issey Miyake reprennent la route avec A Scent, une gifle de galbanum amortie par des coussinets jasminés. A Scent est une lecture puis une relecture du floral-vert classique, écrite dans une dimension plus moderne, chère à Monsieur Miyake : un peu comme si Vent Vert et Cristalle étaient les 45 tours vinyle que l’on avait transformés en MP3.

Le galbanum, colonne vertébrale du parfum, a dans celui-ci une dimension nouvelle que je n’avais jamais sentie. Ce qui est BD_3 flacons coterelativement normal, puisque le galbanum qui compose A Scent a été obtenu grâce à une extraction au CO², méthode dans laquelle Firmenich est largement investie, et qui lui confère une très belle transparence et luminosité. La dimension olfactive nouvelle de ce galbanum (qui brut me fait vraiment penser à des petits pois) a été assortie d’une construction qui s’est efforcée de rester sur cette ligne directrice de luminosité, comme l’explique très bien Daphné Bugey dans la vidéo disponible ici.

Au porté, la sensation est un peu schizophrène… L’ancrage classique du parfum est visible pour celui qui aime et connait ses Grands Verts. Mais la plupart des matériaux laissent une bonne impression de XXIe siècle, un peu comme ces cuisines laquées-acier-brossé équipées avec des fours dont les plans datent de 1900… On a, à l’arrivée, une sorte d’évidence, quelque chose que l’on connait déjà très bien, mais qui semble dépouillé des atours habituels. A Scent a, mine de rien, ce quelque chose d’un peu dérangeant, d’un peu bizarre de la vision futuriste, une sensation que je retrouve bien dans certains parfums Comme des Garçons. Mais j’aime cette vision de la parfumerie moderne, celle qui met en avant les avancées technologiques, les beaux matériaux de synthèse, et les constructions qui tirent le meilleur du naturel.

Ce n’est peut-être pas le type de parfum que je porterai tous les jours, mais j’aime A Scent pour l’idée aboutie qu’il représente. Comment transformer un élément aussi trivial que l’air en une idée puis une odeur ? Le but ici n’était peut-être pas vraiment de donner à l’air une senteur, mais plutôt de lui trouver une évocation. Dans cette perspective, l’idée d’un air chargé de vert de Daphné Bugey est une idée parmi d’autres. Qu’est ce qui vous vient à l’esprit (comme odeur) lorsque vous pensez à l’air ? En tout cas l’équipe de Firmenich et d’Issey Miyake se sera bien creusé la cervelle à ce sujet ! Pour ma part, c’est encore et toujours, l’odeur de zinc des toits de Paris qui me revient. Et vous ?

A Scent est disponible en 50ml, 100ml et 150 ml dans son très beau flacon mis au point par Arik Lévy.

Helena Rubinstein : Wanted

Comment accueillir le nouveau parfum d’une  marque qui est restée absente 26 ans dans ce secteur ? Nez Bavard a quelques idées à vous donner pour que cette nouvelle rencontre se passe au mieux.

Tout d’abord, il n’est pas bête de partir du constat que ce parfum se devait, pour l’image de la marque, d’être une réussite. En effet, la marque Helena Rubinstein, dont la réputation n’est plus à faire concernant les cosmétiques, après une longue absence sur le segment parfum, ne pouvait raisonnablement pas se permettre de lancer sur le marché un produit sans travail de fond. C’est ce produit qui sera désormais pour quelques années sûrement l’empreinte olfactive de la maison. Même si nous avons peu d’informations sur le temps qui a été consacré à son élaboration, on devine dans ce parfum un soin certain apporté au choix des matières premières, à leur agencement et à leur développement sur le long terme.

Deuxièmement, ce parfum a été composé par 2 parfumeurs de grand talent : Carlos Benaïm et Dominique Ropion. Vouant à ce dernier une grande admiration, il m’était presque impossible de ne pas apprécier ce parfum. C’est donc l’un des points cruciaux de ma démonstration… Plus sérieusement, bien que je n’aime pas tous ses parfums, le travail de Dominique Ropion a toujours été dans son ensemble élégant, touchant et évocateur. Ce sont des qualités qui, en parfumerie, ne passent pas inaperçues dans une composition. Quoi qu’il en soit, cette écriture à 4 mains avait toutes les chances d’être réussie, car entourée par de bons chefs d’orchestre.

demi-moore-et-wanted

Enfin, le travail autour du magnolia est assez peu commun en parfumerie pour que l’on ait envie de voir à quoi ressemble

un parfum construit autour d’une note bois-magnolia. Présentement, c’est le cèdre et le santal qui, associés à une essence de magnolia, rythment le coeur et le fond de la fragrance. Ainsi que nous pouvons le lire sur le site d’Octavian Coifan, Dominique Ropion décrit la note magnolia comme un équilibre entre jasmin, rose et muguet et explique que cette essence développe principalement une note aromatique mais aussi un accord floral. La note aromatique est d’ailleurs très présente dans les 30 premières minutes (thym frais).

Finalement, ce parfum est à mon avis une très grande réussite. La description bois-magnolia m’effrayait quelque peu les premiers temps, car j’avais peur de découvrir un parfum trop “acide”. Mais le mariage avec l’ylang-ylang et l’héliotropine (à l’odeur poudrée, amandée, crémeuse) donne au parfum une vraie dimension sensuelle sans être téléphonée :  la note est nouvelle (ou semble l’être en tout cas). J’irai presque jusqu’à considérer que l’on pourrait être en présence d’un nouveau J’adore en puissance. Comme je le disais au début, ce parfum se devait d’être une réussite, et il fallait donc pour cela que le public le plus large puisse l’apprécier, en premier lieu les Américaines qui voudront se reconnaître dans ce parfum, mais aussi bien sûr les Européennes et pourquoi pas une clientèle plus nouvelle comme les Asiatiques. Ma comparaison n’est pas négative, Wanted n’est pas ennuyeux (espérons qu’il ne le devienne pas…), il a tout simplement l’envergure d’un classique.

Dernier détail, auquel je n’attache d’habitude pas d’importance, mais je trouve le flacon particulièrement réussi…

By Kilian : Back to Black

Back to Black / Aphrodisiac est la prochaine création à paraître de By Kilian. Celle-ci sera disponible en septembre dans les différents points de ventes habituels. Vous pourrez alors facilement faire porter le chapeau à La Rentrée pour faire avaler à votre porte-monnaie rabat-joie, que vous avez  absolument besoin d’un nouveau parfum pour bien recommencer le travail…

Back to Black a donné du fil à retordre à Nez bavard. En effet, celui-ci est alternativement perçu comme un ambré-boisé ou comme un tabac, mais tout au long du parfum, les impressions et les références olfactives se bousculent, ce qui rend sa lecture plus ou moins ardue.

flacon_Back to BlackL’entrée en matière me fait purement et simplement penser à un verre de cognac. C’est dans ce départ que l’on sent le plus la filiation entre les parfums By Kilian et l’univers des spiritueux. C’est dense, liquoreux, chargé d’arômes fruités, boisés et ambrés qui promettent de se déployer fastueusement sur la peau. Passée la première giclée de liqueur fruitée qui me fait personnellement penser à de la prune, le parfum se recouvre rapidement d’une couche de poudre de chocolat Van Houten, un peu amère (pour le pouvoir aphrodisiaque peut-être…).

La touffeur chocolatée aurait presque des accents de cuir, et l’on sent dans le coeur de la fragrance une référence au Bornéo 1834 de Serge Lutens. Il y a chez By Kilian un accent beaucoup plus prononcé sur les fruits et sur une rondeur chocolatée qui est présente chez Bornéo mais dans un écriture plus sèche. Le patchouli a bien sûr plus de place dans la création de Serge Lutens, chez By Kilian il sert à renforcer une note sensuelle très suave et très riche. La comparaison vaut vraiment le détour, car ces 2 parfums semblent presque se compléter et développent conjointement une atmosphère dense et enveloppante, un peu poudrée. Mais là où Bornéo s’engage fermement dans une cave de bonheur patchoulité, la liqueur fruitée de Kilian s’étire et poursuit son chemin dans une image de petits raisins secs gonflés de rhum et d’épices. J’ai vaguement l’intuition d’une fleur (peut-être une lavande?), mais très légère, visible seulement à travers un filtre ou un brouillard de miel épais.

Dans les derniers stades, le parfum semble vouloir tirer vers l’univers du café sans vraiment y parvenir. La référence est présente ainsi que les facettes de l’odeur du café (chocolat, vanille, tabac), mais le personnage principal est absent. Les volutes finales s’accordent cependant assez bien autour de ce thème. La tasse de café-vanille n’est pas loin, posée à côté de la pochette de tabac à odeur de miel, pendant que des lèvres rouges mordent dans un carré de chocolat noir à la framboise (très nette sur ma peau). La tasse finie, il reste une couche de miel foncé (celui des fleurs de montagne), encore une fois riche et épais qui s’en va doucement mais sûrement vers un fond de miel ambré-fumé.

L’évolution est résolument séduisante, avec ce qu’il faut d’attendu et de surprenant. J’ai pour ma part beaucoup apprécié le travail réussi autour des notes sucrées qui ne sombrent jamais dans de la confiture over-lourde, alors qu’il aurait pu être dangereux de travailler à la fois les fruits (dont une framboise très réaliste), le chocolat et le miel… Et pourtant, ma peau a tendance à faire ressortir cet aspect dans les parfums.

A découvrir donc pour les amateurs de fruités intelligents aimant les univers changeants mais affirmés.

Serge Lutens : Fourreau Noir et Fille en Aiguilles

Ma première rencontre avec les 2 derniers opus de Serge Lutens fut assez expéditive, un amateur de parfum ayant eu la gentillesse de nous les faire essayer sur touches à moi ainsi qu’à d’autres bloggers.

Fille En AiguillesMa sensibilité personnelle tomba d’abord sous le charme (évidemment) de Fille en Aiguilles. Un délice d’arrogance et d’élégance. Des matières en surdose, du corps, de la profondeur, du Lutens signé. Bref, de quoi ravir Nez Bavard. Fourreau Noir à côté restait un peu discret et un peu trop propret sur le carton pour faire un véritable effet et me transporter ailleurs. Apprenant que c’est ce dernier qui allait sortir dans la collection des Salons du Palais-Royal, alors que Fille en Aiguilles, lui, sortirait pour la gamme export, je suis restée un peu perplexe.

Mais sur la peau, toujours, il faut essayer.

Fille en Aiguilles tient ses promesses jusqu’au bout. Une pinède entière se trouve sur vos poignets, vous entendez au loin le sac et le ressac de la mer… Il fait bientôt nuit,vous êtes assis autour d’un feu de bois, dans lequel vous jetez des aiguilles de pin et d’où s’élèvent des volutes d’encens délicat. C’est dans ce parfum que j’ai trouvé la plus belle reconstitution de l’odeur d’église, celle d’un mélange d’encens et de cire de bougie, celle qui imprègne les pierres, les bancs et la lumière. Avignon de Comme des Garçons offre lui aussi une belle représentation et ce fut ma première référence en matière d’odeur d’église, mais  il se trouve au coeur même de l’encensoir, alors qu’ici on se trouve plus dans l’atmosphère et l’évocation. La douceur balsamique de la sève de pin s’étire sur votre peau, recouvrant l’encens et le vétiver. Un parfum qui vous demande toutes les heures ce que vous pouvez bien faire à Paris…

Fourreau Noir est une autre histoire. Celui-ci n’évoque plus un lieu mais bien une peau. On est d’ailleurs quasiment immédiatemment précipité dans l’accord de fond qui se contruit autour d’un musc poudré et blanc (le même que celui de Kiki dans Vero Profumo) et d’une fève tonka épaisse. Pas de spectaculaire ou de théâtral : la fragrance est douce, caressante, elle reste proche et intime à la peau. Elle développe un moment un stade qui fait penser au Mâle de Jean-Paul Gaultier : une touche de vanille, un musc poudré et une friction de lavande fraîche  plus tard, on retrouve l’évocation d’une peau chaude et sensuelle. D’une grande douceur, il peut être surprenant de savoir que l’on ne pourra le trouver qu’aux Salons du Palais-Royal, étant donné qu’il est tout de même moins surprenant que le premier. Mais peut-être la diffusion (commerciale) a-t-elle voulu s’accorder à l’univers plutôt intimiste du parfum ?

2 nouveaux parfums à paraître en septembre donc, deux univers très différents à découvrir, dont l’un est peut-être plus dans la “tradition Lutens” que l’autre.

Perfume Video Review

On n’arrête pas le progrès ! Vous savez que le blog c’est ringard maintenant ? Le must, c’est de faire sa review en vidéo !

Aujourd’hui, en visionnant quelques vidéos intéressantes de parfumeurs sur YouTube, mon oeil est attiré à droite par un titre surprenant : Dzing! perfume review. Je me suis d’abord demandée ce que cela pouvait bien être, parce que je voyais mal comment il était possible de faire une critique de parfum en vidéo. Combien étroit était mon esprit ! En tapant : “perfume review” en recherche, on tombe sur une bonne quantité de vidéos dédiées à la critique de parfum. La plupart sont faites par des amateurs de parfums assis devant leurs ordinateurs et consistent à présenter le flacon, la description officielle (les notes olfactives) et la façon dont ils se sentent en portant la création. Les vidéos sont toutes en anglais.

C’est particulièrement amusant de voir les différentes mises en scène, de les voir réfléchir, relire leur notes, décrire avec beaucoup de soin les moments, les vêtements et les attitudes les plus seyantes avec le parfum analysé. Une utilisatrice se démarque très clairement du lot. Il s’agit de Katie Puckrik qui a aussi un blog. Elle est visiblement une ancienne animatrice de TV-shows (et radio) aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ce qui se remarque par le soin qu’elle apporte à ses vidéos qui font beaucoup plus professionnelles que les autres. Elle a actuellement 80 vidéos sur son profil YouTube et a une analyse assez large du marché (niche et mainstream). Ses vidéos sont assez courtes (2 minutes environ) et bien faites, mais je les trouve un peu trop lisses. Elles sont toutes ponctuées à la fin d’un :  “Je suis Katie Puckrik, et je sens…”, bon d’accord en anglais ça le fait mieux : “I’m Katie Puckrik, and I smell…”

Le phénomène de Perfume Video Review est visiblement assez récent puisque Katie Puckrik s’est inscrite en février 2008 sur YouTube, et que les autres vidéos que j’ai vues datent de cette année. Je ne sais pas si l’idée pourrait s’exporter en Europe et sur nos blogs, toujours est-il que comme d’habitude, nos amis américains ont encore une fois une longueur d’avance sur nous ! (Mais j’ai relevé le profil d’une jeune Ukrainienne vivant en Israël !)

Je vous ai fait une petite sélection des meilleures (en anglais). La plus drôle n’était pas exportable malheureusement, mais il faut tout de même aller voir ICI (ça vaut vraiment le coup).

Notez ici le “Patrick The Scent Savant” au début de la vidéo :

Ici c’est la jeune Ukrainienne, qui a, entre autre, analysé tous les parfums de Britney Spears…

Notez la différence, maintenant  (en bien ou en mal, cela dépend si l’on recherche un aspect comique) :

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