Poivre Bleu
Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Le blog du parfum où votre nez bavarde…
27/01/12
Pour ce premier épisode sur le vétiver, j’ai choisi de prendre une version soft… avant de tous vous assassiner demain ! Le Vétiver Tonka de Jean-Claude Ellena pour Hermès n’est en effet pas le vétiver le plus brut que le marché ait à offrir. Mais cette interprétation de la matière est fidèle à la patte du créateur, qui nous offre ici une image personnelle de ce bois.
Nous avions parlé dans le billet précédent de l’essence seule, une matière rude, aux accents terreux, une note frappante et cossue ! Le parfumeur-maison d’Hermès a visiblement voulu jouer avec ce bois sur un autre registre et en faire une sorte de « vétiver – doudou », une conception de ce matériau somme toute assez inhabituelle. On perçoit à nouveau comme régulièrement dans le style de Monsieur Ellena, un travail de recherche sur une matière que l’on déshabille, que l’on cisaille, que l’on dépouille et que l’on ne se contente pas d’utiliser telle quelle. Plutôt que de chercher à masquer ce qui le dérange, le parfumeur procède à l’inverse : il re-compose sa matière, à l’image de ce qu’il a dans la tête.
Et c’est d’ailleurs le sentiment que j’ai en portant cette Hermessence : celui d’un vétiver poli, ajusté, duquel on aura prélevé les notes « parasites » (ou perçues comme telles pour la composition recherchée) et qui bondit alors sur un registre bien différent de celui qu’on lui connait. Le registre gourmand.
L’envolée est fugace, il y a peu de notes volatiles, mais surtout une giclée presque immédiate de coumarine (cette note à odeur de foin, de colle blanche et légèrement amandée, découverte dans la fève tonka). On dérive rapidement sur le coeur, où la sensation pleine et généreuse de la note amandée se croise avec l’effet montant et sec du vétiver et des bois-ambrés, le tout recouvert d’une fine couche de notes gourmandes (coumarine, acétate de vétyvéryle, vertofix et ethyl-maltol sont les notes qui me viennent en tête). Il est bon de noter que le parfum ne dérive jamais vers une gourmandise sucrée, ce qui le rend d’ailleurs assez facile à porter, malgré la présence importante de la coumarine, qui en surdose a parfois des effets alourdissants et un peu étouffants. (Pour vous donner une idée d’un parfum surdosé de la sorte, allez donc plonger votre nez dans un flacon de Body Kouros (parfum que j’adore au demeurant).)
D’ailleurs, c’est probablement à cause de cette surdose, et malgré que Vétiver Tonka ait été conçu comme un mixte, que son final me fait
invariablement penser à un accord fougère assez traditionnel, avec un petit clin d’oeil à la mousse à raser (dû aussi en partie à la dose importante de muscs présents dans cet opus). Mais rassurez-vous,t l’empreinte reste résolument boisée. Ces notes douces et suaves s’accordent avec l’aspect un peu aride et montant des bois-ambrés, mais aussi avec la généreuse note de caramel (et peut-être une pointe de café…). On obtient à l’arrivée un parfum au vétiver crépitant, craquotant et croustillant sur le dessus, puis tendre, plein et riche à l’intérieur, à l’image d’un sablé aux amandes…
Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j’ai parfois (voire très souvent) du mal avec le style de Jean-Claude Ellena, que je trouve désincarné. J’ai cependant toujours affirmé pouvoir apprécier une création sans pouvoir moi-même la porter, en plus de quoi, il n’est pas impossible sur l’ensemble d’une oeuvre, que l’on puisse se retrouver ponctuellement dans quelques créations. Vétiver Tonka fait partie de la première série des Hermessences lancées en 2004, celle qui a signé le début de la collaboration entre le sellier et le parfumeur. Et je me prends à croire que la patte « chirurgicale » qui s’est illustrée dans certaines des récentes créations, n’était pas encore si présente à l’époque. Sans être moins intéressant que ceux qui l’ont suivi ou précédé, je prends ce vétiver comme une sorte de prototype, un essai génial et inattendu, qui nous touche par son approche de la perfection, tout en restant un poil en dessous de celle-ci…
25/01/12
Bon, ça faisait longtemps hein ? Oui, trop, je sais, comme à peu près chaque fois. Mais Thierry est d’accord avec moi, en ce moment ce n’est pas facile. Cela dit, j’ai décidé pour les prochains billets à venir d’écrire ceux qui attendent leur tour depuis plusieurs mois voire plusieurs années…
Et nous allons commencer avec cette série de billets sur le vétiver, parce que ça fait tout de même 10 000 ans qu’elle attend, en plus, Les Fans l’ont réclamée, et pour finir, c’est l’hiver, on a besoin de se sentir en sécurité avec des parfums qui tiennent la route. Et pour cela, rien de mieux que les boisés ! Le vétiver, ça vous parle non ? Il s’agit à n’en pas douter de l’une des matières les plus célèbres de la palette du parfumeur, et de l’un des bois les plus utilisés, avec le cèdre notamment. Comme beaucoup de bois, il s’est plus largement illustré dans la parfumerie masculine, car ses notes olfactives ont toujours été considérées comme plus viriles. On pourrait le décrire de manière générale comme une note plutôt rude où se mêlent des sensations de terre mouillée, sablonneuse, de mousse, de fumée, de beurre d’arachide, de fraîcheur verte et humide, mais aussi de pamplemousse. Le lien existant entre le vétiver et le pamplemousse a d’ailleurs largement été illustré ces dernières années avec bien sûr le Terre d’Hermès qui a probablement lancé la tendance, Infusion de Vétiver de Prada ou plus récemment la Mâle Terrible de Jean-Paul Gaultier.
Cependant les propriétés structurantes du vétiver sont connues depuis bien longtemps des parfumeurs, et il est présent dans beaucoup de féminins comme le N°5 de Chanel ou encore Calèche d’Hermès. L’arrivée de cette matière en dose « importante » dans un féminin a été instaurée par feu Le Baiser du Dragon de Cartier, un magnifique féminin boisé, fleuri, à la texture riche et mystérieuse. Mais malheureusement, ce petit bijou composé par Alberto Morillas n’a visiblement pas rencontré son public et est discontinué depuis l’année dernière.
J’ai souhaité lancer cette série parce que pour commencer j’adore les séries. En plus Megaupload vient de fermer, on est tous en manque, il faut bien trouver des moyens alternatifs de trouver du contenu gratuit, sympa et stimulant pour les neurones, parce que personnellement, je n’ai pas vraiment envie de me rabattre sur la télé.
Et en vrai, il faut dire que depuis que je m’intéresse au parfum, le vétiver a exercé sur moi une lente mais impérieuse attraction, à laquelle j’ai succombé par 2 fois (complètement ou en partie, les intéressés se reconnaîtront), en conseillant et offrant à 2 de mes amis les plus proches des parfums construits autour du vétiver (Nous aurons donc l’occasion d’en reparler). J’ai d’abord considéré, jeune padawan que j’étais, que cette matière était bien trop rustre pour que j’arrive un jour à la porter, mais sa richesse olfactive a eu raison de moi, et je me suis retrouvée à porter de l’essence seule, à même la peau, pour en observer l’évolution (l’examen est d’ailleurs bien plus intéressant sur peau pour cette matière), jusqu’à ce que j’essaye des parfums associés, une fois, deux fois, trois fois… Et je suis aujourd’hui sans nul doute à l’aube d’un achat, mais je doute encore de la référence qui me conviendra le mieux. Verdict à la fin de la saison !
Pour la préparation de ces billets, j’ai fouillé dans mes tiroirs et j’ai ressorti les 4 principales essences de vétiver utilisées en parfumerie, afin d’observer les nuances de qualités et les différences olfactives. Je me suis basée sur 4 essences des Laboratoires Monique Rémy (détenus par IFF) dont la réputation en terme de matières premières naturelles n’est plus à faire. 4 essences pour 4 origines différentes : Bourbon (Ile de la Réunion), Madagascar, Haïti et Java. Pour information, la production de l’Ile de la Réunion est aujourd’hui de plus en plus rare, et il semblerait que l’origine Madagascar tende à la supplanter.
En terme de richesse, et de »lourdeur » olfactive, ce sont bien les essences Bourbon et Madagascar qui se démarquent le mieux : les odeurs de terre sont très présentes, un aspect légèrement gras et arachide se développe en tête, avant de laisser place à des sensations moussues puis fumées. Le vétiver Haïti est mon préféré : il offre un très bel équilibre entre les notes de fumée, de terre, mais aussi d’agrumes. Il est ainsi plus frais, et légèrement plus vert que les autres. Enfin, le vétiver Java est celui dont la note est la plus légère (disons qu’il parle moins fort que les autres), mais aussi la plus fumée : il donne ainsi une sensation un peu noire de charbon de bois, bien qu’on lui retrouve une caractéristique terreuse. En conclusion, les 4 essences renvoient nettement une forte sensation de structure, presque de rigidité qui donnent à cette matière une image de solidité et tenacité.
Malgré tous ces qualificatifs bien masculins, le vétiver est clairement l’une des matières les plus riches en terme de sensations, l’une des plus facettées et l’une des plus émouvantes de la palette du parfumeur. J’espère qu’au fil des billets, nous aurons l’occasion de discuter de vos impressions et de vos ressentis, et qu’à la fin, je vous aurais convaincus de la nécessité pour tout bon perfumista de disposer d’un vétiver qui lui convient chez soi.
5/12/11
Pour vous faire partager nos coups de coeur de façon un peu plus originale que d’habitude, le Dr Jicky et moi-même, nous vous proposons une publication croisée pour cette collection plus originale que d’habitude elle aussi!
Je sais pas vous, mais perso, quand j’écris « Figue » sur un clavier d’ordinateur, et que je penche ma tête vers la gauche, je vois une sorte de boxeur qui fait du monocycle (en considérant le F comme la tête, le g comme les gants de boxe et le e comme la petite roue, si si je vous jure).
Et bizarrement, cette image correspond particulièrement bien à Womanity, transformé ici en « Chutney de Figues ». Coïncidence ? Je ne pense pas…
Car, je l’ai répété à divers endroits, mais avec sa série limité Le Goût du Parfum, Thierry Mugler vient de trouver un filon. Un vrai. Comme si le boxeur en monocycle avait trouvé l’équilibre sur un fil de funambule. Et pourtant c’était évident : le Goût ! Après le premier vrai gourmand, le premier vrai salé, obligatoirement, le maître du palais en flacon se devait d’être Mugler.
L’association entre la boxe et le monocycle décrit la magie même de Womanity Chutney de Figues : le parfum associe la violence, le combat et la force des points, ainsi que la grâce, l’élégance et la souplesse des jambes.
C’est pour cette raison qu’avec Miss Poivre Bleu, nous avons décidé de nous essayer à notre tour au sport tendance de cette fin d’année 2011 : la boxe en monocycle ! Adoptons la Figue attitude ! Les débuts sont difficiles, mais une fois le coup de main pris, le jeu en vaut la peine !
Alors que le paysage défile à une vitesse considérable, que nos jambes pédalent frénétiquement afin de garder un équilibre précaire, et que nos poings s’agitent en l’air comme pour atteindre une odeur qui nous échappe, Womanity Chutney de Figues nous dépasse aisément. Il n’en fallait pas plus pour nous motiver. Regard complice, tape synchro dans la main, « Eye of the Tiger » qui débute, et nos pieds qui pédalent pour rattraper la silhouette narquoise de Womanity Chutney de Figues (enfin… Narquoise, narquoise, certes, mais bigrement rapide aussi !).
Le départ a été réellement épicé, et a moins fait la part belle aux joies de l’océan, pas comme notre course avec le Womanity d’origine. Jeux de jambes, en un tour de mains, Womanity Chutney de Figues a réussi à nous faire oublier toutes les foutues nouveautés, qui en plus d’avoir encore les roulettes et les gants en mousse, préfèrent rester à la case Terre quand elles jouent à la marelle. Ces petits sucraillons, Womanity Chutney de Figues leur roule dessus (et nous, bonnes bourriques, on essaye juste de passer entre, mais finalement, le ménagement c’est pour les faibles).
Au cours de cette course effrénée, Womanity Chutney de Figues a laissé ça et là quelques indices quant à sa compréhension, et tout est limpide. Il ne faut pas se compliquer l’esprit à chercher une énième incarnation pour notre monocycliste toute de figue odorante. Elle se suffit à elle-même. Le Womanity ultime, c’est elle.
Hélas !!! [Trois fois Hélas], là où notre route se perpétue sur des kilomètres et des kilomètres, le petit sentier de Womanity Chutney de Figues s’arrêtera prochainement. Et c’est là que Nez Bavard et moi-même nous associons, et que de nos monocycles surgit un tandem ! Nous entreprenos ici la course associative pour la sauvegarde de Womanity Chutney de Figues dans la collection permanente, parce qu’abandonner une si belle création serait réellement dommage ! (et pareil pour Alien Caramel au Beurre Salé en passant !)
Rejoignez nous !
Et vive la boxe en monocycle !
26/11/11
Après cette semaine de mystères, de devinettes et de triturages de méninges en tout genre, les favoris de Poivre Bleu ont été révélés au grand jour hier soir, ici même! Et c’est Julien (qui signe souvent ici en tant que JulienFromDijon) qui remporte le set des 5 échantillons et qui aura le plaisir de nous accompagner pour un dîner de fête et de discussion parfumées le 18 décembre prochain!
Vous pouvez retrouver les articles des favoris correspondants en suivant les liens ci-dessous :
Alien de Thierry Mugler, Azzaro Couture 2008 d’Azzaro, Amaranthine de Penhaligon’s, Original Musk de Kiehl’s (le seul qui manquait à l’appel était donc Ambre Extrême de l’Artisan Parfumeur, mais il ne saurait plus tarder désormais!)
Merci encore à tous d’avoir participé, j’espère que le jeu vous aura plu!
19/11/11
J’ai 5 ans.
Enfin, plutôt, Poivre Bleu a 5 ans, mais c’est un peu pareil ! En effet, le 6 décembre prochain, le blog célébrera ses 5 années d’existence et Nez Bavard ses 5 ans d’écriture ! Un jour à marquer d’une pierre blanche pour sûr !
Les anniversaires sont toujours une bonne occasion de revenir sur ce que l’on a accompli, et c’est particulièrement vrai en ce qui concerne la vie d’un projet que l’on mène et qui nous tient à coeur. Après 5 ans d’évolutions, de progressions, d’apprentissages et de rencontres en tout genre, je constate avec amusement à quel point ce projet et tout ce qui gravite autour fait aujourd’hui partie de moi et me définit. Et au bout de tout ce temps, on finit par mieux se connaître et par mieux cerner ses goûts !
Ainsi, pour que cet anniversaire reste marqué dans votre mémoire (et dans la mienne), je vous propose de jouer aux devinettes et de participer au :
Grand jeu des favoris de Poivre Bleu !
Le principe est très simple : Pour les 5 ans du blog, je vous propose de deviner à l’aide des indices qui vous seront distribués, les 5 favoris de Poivre Bleu et de remporter un set de 5 échantillons des parfums en question !
L’organisation du jeu est la suivante :
- A partir du lundi 21 novembre 2011, vous êtes invités à suivre mon compte Twitter et ma page Facebook :
Je dévoilerai sur ces deux plateformes 4 indices par jour pour un seul et même parfum, et ce, durant 5 jours. Il sera question d’indices différents sur chaque site (en clair, vous avez plus de chances de trouver en suivant les deux !), soit 8 indices au total pour chaque parfum.
- Les commentaires du présent billet resteront fermés jusqu’au vendredi 25, et seront ouverts à 20 h (vous pouvez me joindre à l’adresse mail suivante : juliette<at>poivrebleu.com d’ici là, si besoin) :
A partir de là, le premier lecteur qui poste un commentaire avec les bons favoris remportera un set de 5 échantillons de 10 ml des parfums en question.
- Dernier avantage, le gagnant ou la gagnante sera convié(e) à participer au dîner d’anniversaire de Poivre Bleu, prévu le 18 décembre 2011 à Paris (où le set pourra être récupéré !), en compagnie de moi-même et d’une partie des perfumistas les plus actifs de la blogosphère !
A vous de jouer !
31/10/11
Commençons par une information de la plus haute importance : Je veux être Eva Mendes. C’est pas compliqué, débrouillez-vous, ce soir je vais me coucher, demain, quand je me lèverai, je serai Eva Mendes. La dernière fois, c’était à Jerry Hall que je voulais ressembler, mais bon, il faut vivre avec son temps n’est-ce pas ? Voilà, donc, partons du principe que ce point est acquis, maintenant on va peut-être pouvoir parler d’Angel Eau de Toilette.
Je ne reviendrai pas sur le thème du « C’est pas le bon parfumeur qu’on a choisi pour l’EDT », le débat a fait rage sur d’autres blogs que le mien. Je pense d’ailleurs que ce débat est stérile dans la mesure où tous les acteurs de l’industrie sont responsables du vide intersidéral qui continue de régner sur la « paternité » des formules en parfumerie.
En revanche, je m’exprimerai volontiers sur l’arrivée à point nommé de cette eau de toilette. Vous l’avez sûrement remarqué comme moi, mais aujourd’hui, lorsqu’un parfum est lancé en EDP, il faut attendre, disons, 1 à 2 ans maximum pour voir l’EDT suivre, comme une gentille petite soeur, qui effectuera son travail de remplissage de l’espace visuel et sonore (« Laissez-moi vous faire essayer la NOUVELLE Eau de Toilette de Bidule-Chose Madame! ») pour la marque, ayant l’excuse d’être une nouveauté. Le but étant de permettre aux clientes qui auraient découvert l’EDP mais n’auraient pas succombé, de retenter leur chance avec une version un peu différente, plus légère, généralement un peu plus propre et plus fraîche. J’ai personnellement plus de facilité à entendre ce discours lorsque les deux concentrations sont lancées en même temps. Mais dans ce monde gouverné par la nouveauté, on ne peut pas se permettre de rater une occasion de faire du bruit !
Sur le cas d’Angel néanmoins, il y a prescription. Attendre 19 ans pour sortir une nouvelle concentration (L’EDP est sortie en 1992), c’est tout de même autre chose. Cela dit, la manière dont la création de ce parfum a été abordée s’appuie sur une tendance sérieuse en parfumerie depuis 2 ans, et qui est celle de réinterpréter les classiques. Le but étant de faire redécouvrir aux fidèles et surtout aux jeunes générations ces classiques (avec le but sous-jacent de faire repartir l’ensemble de la ligne).
La démarche des parfums Thierry Mugler sur cet opus n’est donc pas d’une originalité renversante, mais elle est logique, vu la tendance. Et puis, peut-être ai-je été influencée lors de mes tests pour cet article, mais en ressentant la version EDP, j’ai eu la sensation qu’elle appartenait à une autre époque. Cette impression restera sûrement très personnelle, car quoi qu’on en dise, la référence qui vend le plus de flacons en France, et j’insiste sur le nombre de flacons, c’est bien Angel EDP (Oui, parce qu’en terme de CA, on le sait, c’est Dior avec son J’adore de malheur…).
Et alors, cette EDT, elle réinterprète bien ? Je vous répondrai qu’une de mes inquiétudes avec l’arrivée de ce lancement, était de voir l’originalité des parfums de la maison Mugler se perdre dans les marasmes de la facilité, et enfoncer la porte ouverte de la fraîcheur proprette et fruitée qu’on nous ressert encore et encore depuis… bah depuis J’adore justement ! Le résultat, c’est que cette EDT, concrètement, est moins originale que sa grande soeur… Mais, elle a le mérite de garder la signature Mugler dans ses veines, et surtout la signature et l’esprit d’Angel… ce qui n’a pas dû être évident à réussir non plus. La structure se retrouve dans la fraîcheur de la tête, le fruité du coeur et l’aspect plus riche et plus dense du fond. La différence, c’est que cette fois-ci, la luminosité est entrée dans la rondeur et a redéfini assez radicalement l’effet apporté par chaque matière (cette luminosité qui est une autre des grandes tendances de fond depuis 3 – 4 ans). Les agrumes et les fruits rouges prennent plus de place dans le corps du parfum, alors que la dimension chocolatée est carrément revue en sourdine, voire a quelque peu disparu. Elle s’exprime toujours grâce au patchouli, mais un patchouli frais, un peu liquide et translucide (sûrement le résultat d’une distillation fractionnée et l’utilisation d’isolats spécifiques). Un fond boisé moderne (bois ambré et légèrement sec) apporte le twist final à cette EDT lumineuse et scintillante. Et au passage, le flacon sublime parfaitement cette sensation. L’EDT est ainsi plus montante, plus fraîche, résolument plus actuelle, et donc peut-être un peu plus consensuelle.
Si Angel EDP évoquait les sucreries, le chocolat et le caramel, l’EDT me fait penser à ces bonbons acidulés qui piquent la langue et vous font saliver. Quoiqu’il en soit, moi je salive toujours dans l’attente d’un nouveau Mugler, et il faut bien le dire, peu, très peu de marques en parfumerie savent encore nous maintenir dans cette attente.
28/09/11
Les femmes, dans l’univers de Tom Ford, n’ont définitivement pas cet aspect doux et réconfortant qu’on leur prête parfois dans d’autres circonstances. Violet Blonde, le dernier lancement de la marque dans la collection « grand public » persiste et signe dans cette image d’une féminité ultra-sensuelle et un peu agressive, il faut bien le dire. Bien que la communication soit moins sombre et intrigante qu’avait pu l’être celle de Black Orchid, les codes restent les mêmes, visuellement mais surtout olfactivement.
C’est souvent un plaisir de découvrir un parfum de la marque, car question originalité, on est quand même rarement déçu, ce qui nous change un peu de la soupe ambiante que l’on retrouve à 95% le reste du temps.
Violet Blonde ne sent pas la violette (ou pas trop). Et il ne me fait pas non plus penser à une blonde. Mais sur ce dernier point, je dois
reconnaître que c’est parce que j’ai immédiatement pensé au personnage de Violet dans le film Bound des Frères Wachowski, sorti en 1996. Mais cette association, une fois le parfum sur la peau, ne m’a pas semblée inadaptée. L’esprit général du parfum reste bien celui d’une femme très attirante, sûre de ses charmes et relativement mystérieuse.
Le départ est frais, mais le parfumeur nous a quelque peu épargné l’habituelle entrée en matières agrumes pour travailler plutôt un départ fruité – poire, à peine lacté, qui n’est pas sans rappeler l’ouverture d’Aimez-Moi de Caron. Très vite, le caractère poudré du parfum se développe, en passant par un stade velouté (chair du fruit) avant de dériver vers un aspect un peu plus cosmétique mais sans l’effet « cocooning » qu’on accorde souvent à ces notes. Non, la féminité de ce parfum, bien qu’évidente, est plus dangereuse et venimeuse que cela. Et le stade suivant le confirme, puisque l’évolution du parfum se décale au fil du temps vers un aspect peau (note cuir et feuille de violette) et à peine épicé… par du cumin. L’épice en tant que telle n’est pas citée dans la pyramide officielle, mais la petite touche de transpiration caractéristique du cumin est bien là et elle se fond dans l’aspect poudré des graines d’ambrette (le même poudré que dans Urban Musk de la Private Blend) et dans la note animale du jasmin sambac. Le parfum se conclut sur un fond boisé – musqué de vétiver et de cèdre et laisse une impression dense et un peu intrigante.
Car au final, je n’aurai trouvé ni la violette, ni la blonde dans ce parfum. Les notes habituelles utilisées pour reconstituer la violette dans un parfum sont présentes (méthylionone et iris) mais n’ont pas l’aspect daté, lourd et écrasant qu’elles ont parfois. Et la blonde… eh bien je la cherche toujours en fait, mais je ne saurais pas vraiment dire pourquoi je ne la trouve pas.
Et vous, l’avez-vous trouvée?