Aujourd’hui en cette charmante première journée printanière, je me suis aventurée Rue des Archives à Paris, pour aller découvrir les parfums d’Etat Libre d’Orange. Le parfum est mort! Vive le parfum! Voici ce qui est proclamé sur les vitres d’une boutique à l’intérieur sombre, au mobilier noir, conçue comme une sorte de salon où se tiennent des réunions artistiques pour intellectuels dans le vent.

Avant de parler des parfums, je dois dépeindre un petit peu mon état d’esprit avant d’entrer dans la boutique. J’ai entendu parler d’Etat Libre d’Orange par internet notamment et dans un article d’un journal gratuit distribué dans le métro. Je me suis rendue sur leur site internet : cette société se déclare comme un territoire affranchi de tous tabous et contraintes marketing, pour laisser libre cours à l’invention : du libertinage olfactif. On y découvre une déclaration d’Indépendance d’un nouveau genre, où il est question de création pure, de réhabilitation du parfum comme outil de séduction, de retour aux sources du parfum, à son animalité ou encore sa charge érotique. De ce fait, les créateurs se disent libres de créer un parfum libéré de toutes contraintes, mais surtout libre de dépasser les codes et le formatage d’une industrie guidée par le profit. Les deux principales choses que j’ai relevées sont : un champ lexical qui tourne presque exclusivement autour des thèmes de la liberté et et du sexe, et une imagerie du sexe et du corps humain essentiellement. C’est une approche qui se veut artistique et choquante, bien qu’on nous assure qu’on ne cherche pas à « choquer pour choquer ». Plusieurs impressions me sont venues à la lecture du site, mais j’ai voulu me faire ma propre idée de l’ensemble en allant sentir les parfums.

J’ai commencé par Vraie Blonde, pour finir par Eloge du Traître. Sur les treize parfums que j’ai sentis, plusieurs m’ont plu, tels Antihéros, Je suis un homme, Don’t get me wrong babe I don’t swallow ou Putain des Palaces. Je n’étais rien venu chercher, et je suis repartie comme je suis arrivée, sans rien. Comme je l’ai dit dans le billet sur Songes d’Annick Goutal, je n’accorde pas beaucoup d’importance à ce qui souvent est en trop. Le packaging d’Etat Libre d’Orange est simple, mais l’ambiance qui est véhiculée dans la boutique et sur le site discrédite totalement les parfums présentés. Sécrétions Magnifiques est le pire parfum qui m’ait été donné à sentir, je m’étonne même qu’il ait pu être conçu comme tel. Il n’y a là aucune révolution olfactive pour moi, en tout cas pas comme j’ai pu en connaître depuis que je m’interesse au parfum. Etat Libre d’Orange est l’exemple typique d’un concept provocateur hurlant, qui tente de faire avaler à la clientèle que son travail est novateur, et que les dirigeants en ont assez du marketing et du marché : c’est un joli petit cheval de Troie. Etat Libre d’Orange a (bizarrement et totalement par hasard) choisi d’orienter son concept autour du thème qui fait le plus vendre et qui préocupe le plus les gens depuis la nuit des temps : le sexe. Quand je suis sortie de la boutique, j’avais l’impression que porter ces parfums, c’était porter son sexe devant soi comme un écriteau. Porter les parfums d’ELO serait prouver que l’on est libéré/e? Affranchi/e des tabous? Enfin en phase avec sa sexualité? Depuis les temps les plus anciens, le parfum a toujours été considéré et utilisé comme un outil de séduction, dans sa conception la plus large : plaire, envoûter, acceuillir, taquiner, impressionner, exciter, mettre à l’aise… Il touche au sens le plus animal de tous, l’odorat. Ces choses sont connues depuis longtemps, ELO ne m’a rien appris que je ne sache déjà. C’est donc pour moi la preuve que tout l’attirail d’imagerie et de termes mis en place n’est qu’une grande et belle machine marketing : exactement ce qu’elle dit ne pas être… Vous pouvez lire le billet de Colombina de Perfume Smellin’ Things sur Etat Libre d’Orange, son avis est très intéressant et révélateur de « l’imposture » Etat Libre d’Orange. Nous sommes assez d’accord.