Nez Bavard est en ce moment largement plongé dans ses bouquins… Et les expériences parfumées de ces derniers temps sont très, comment dire : livresques. Ce qui me donne une occasion de vous parler de ma perception de l’odeur du papier.

On pourrait croire que le papier ça sent… le papier! Certes, mais pas seulement, selon l’époque, la composition, la conservation, le papier prend une odeur particulière, comme une sorte de signature qui fait ensuite partie intégrante du plaisir de la lecture. L’odeur de certains livres que j’ai lus m’a tellement marquée que lorsque j’ouvre le livre à nouveau, je suis transportée 3, 4, voire 8 ans en arrière.

Je serais tentée de dire, qu’un livre, c’est comme un bon vin : ça s’améliore en prenant de l’âge. J’entends par là deux aspects différents. Prenez un livre que vous avez lu à une époque A. Le livre, à cette époque A, ne vous a pas secoué, voire même ne vous a pas plu. Reprenez le même livre à une époque B postérieure, et relisez-le. Vous serez peut-être surpris de l’impression qu’il vous laissera lorsque vous aurez tourné la dernière page… Ceci est valable selon le « cru » du livre, je doute qu’un Barbara Cartland et ses effluves de guimauve puisse provoquer de tels retournements… Encore qu’avec l’âge, la dimension burlesque et comique peut prendre une ampleur non négligeable. Et de toute façon, tous les goûts sont dans la nature, évitons les jugements de valeurs… Pour ma part, je vous parlerai plutôt de La Petite Fadette de George Sand que j’ai parfaitement détesté quand je l’ai lu la première fois, puis que j’ai adoré la seconde et encore plus la troisième, sans parler de la quatrième (je reconnais que c’est un cas particulier, je n’ai pas l’habitude de relire un livre 4 fois).
La deuxième raison pour laquelle je compare un livre à un bon vin, c’est pour son odeur. Il me semble en effet, qu’en prenant de l’âge, l’odeur d’un livre se bonifie et prend du caractère. L’avantage ici, est qu’ouvrir un livre n’est pas très onéreux et relativement aisé à refaire, alors qu’ouvrir une bouteille de Château Lafite de 1928 risque d’être à la fois fatal à vos finances mais aussi à la bouteille en question. Toujours est-il que, de mon point de vue, et selon ma propre expérience, j’ai avec plaisir retrouvé des livres que je n’avais pas ouverts depuis longtemps, qui s’étaient imprégnés de l’odeur d’une maison, d’une pièce, et qui me rappellaient un endroit ou une époque. Je reconnais que la diversité des odeurs de livres est loin d’égaler la diversité des arômes des vins. Mais il y a tout un tas d’émotions associées à l’odeur des livres, notamment parce qu’elles sont liées au plaisir de la lecture et à l’histoire ou au thème du volume.
On a les odeurs euphorisantes de papier neuf, celle du roman encore jamais ouvert, encore jamais lu, qui promet un tas d’aventures. Il y a l’odeur acide caractéristique des livres au papier fait de pâte de bois du XIXe siècle qui me laissent une impression de sérieux (ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien) ; il y a l’odeur un peu plastique (papier glacé) et rébarbative du livre de maths de terminale qui vous fait suer ; il y a l’odeur humide et renfermée du livre errant, celui laissé à l’abandon depuis des années dans des cartons à la cave ; il y a aussi l’odeur poussiéreuse, piquante et légèrement ambrée des livres anciens, qui vous donne la sensation de tenir un trésor dans les mains. L’odeur du livre imprime avec le dernier mot, la dernière impression : elle vous réjouit, vous fâche ou vous laisse dubitatif.

Sur ce, il se fait tard, il est l’heure pour moi d’aller me glisser sous ma couette, et de lire quelques lignes et buvant ma tisane à la verveine verte fluo.