Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour novembre, 2007
Rewind… Play…
25/11/07
(Stop) Parlons peu mais parlons bien. Je parlerai ici des moments importants de cette année qui ont joué un rôle dans mon évolution et des questions que je me suis posées au fil des mois.
(Play) Suite logique de L’Atelier du Parfum, j’ai investi les boutiques de L’Artisan Parfumeur comme ma maison. J’ai eu plus ou moins la sensation que c’était l’endroit où je pourrais tout apprendre. Si bien que pendant un temps, je n’ai pas été passionnée de parfum, mais passionnée de L’Artisan. Je me sentais dans la caverne d’Ali Baba quand je me rendais en boutique (la Grande surtout, l’ambiance y est plus particulière qu’ailleurs, notamment à cause du vieux parquet). Imaginez-vous : un petit nez tout frais, qui découvre la parfumerie de niche… Pour lui, L’Artisan, c’est du jamais-senti! J’avais sous mon nez des parfums qui sentaient d’abord avant de sentir bon, dans le sens où je découvrais réellement des accords nouveaux, que dis-je, des matières nouvelles dans les parfums. Cette étape fut très formatrice, parce que j’ai vraiment « ouvert » mon nez à des choses différentes de ce que j’avais connu. Je pense notamment à des parfums comme Voleur de Roses, Dzing! ou Dzongkha. L’Artisan Parfumeur avait encore un univers très particulier lorsque je m’y suis attachée, et je pouvais pénétrer en douceur le petit monde exclusif de la niche : une maison simple, ludique, distribuant des parfums chargés d’émotions et le revendiquant avec raison. C’est ce qui m’a plu et m’a fait rêver. Rétrospectivement, je crois que je n’aurais pas pu trouver mieux pour me familiariser avec l’univers de la niche.
(Forward) Rapidement, l’envie et le besoin d’aller plus loin et de mieux comprendre se sont fait sentir. Je voulais être formée, je ne voulais pas rester dans le flou et j’ai trouvé des premières réponses chez Cinquième Sens.
(Play) La formation Cinquième Sens m’a remplie. Bien plus poussée que L’Atelier du Parfum, j’ai senti plus de matières premières et j’ai pu débuter une sorte de défrichage olfactif : reconnaître des notes caractéristiques, comprendre la classification… A la suite de la Journée Découverte, j’étais sûre de vouloir aller plus loin. Mais comment? Et pourquoi? Il était assez clair pour moi que je ne souhaitais pas exercer des fonctions commerciales dans ce milieu, mais je me demandais surtout comment j’allais pouvoir accéder à des formations spécifiques sans avoir fait de chimie et étant engagée dans des études de gestion. Cinquième Sens est en effet une solution, et bien que la passion n’ait pas de prix, il faut avouer que les tarifs ne sont pas toujours encourageants pour un budget modeste. Sans trouver de solution pour le moment, j’ai vite compris que rester simple visiteuse et glaneuse d’odeurs ne suffirait pas, je voulais être actrice. Alors, naturellement, je me suis tournée vers L’Artisan Parfumeur. Et à ma plus grande joie, il m’a été offert mon premier travail en parfumerie.
(Pause) A ce moment là, cette maison correspondait à l’idéal que j’avais de la parfumerie : j’imaginais les nez créer des parfums pour eux, libres de toute contrainte, exprimant leurs émotions, laissant libre cours à leur génie, utilisant les senteurs telles des couleurs pour créer une oeuvre d’art. La vérité n’est peut-être pas si éloignée, mais sûrement en plus pragmatique et moins épique. Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à récemment, cette maison travaillait par évocations, lançait un thème, une idée et laissait ensuite le parfumeur faire à son envie avec un budget pas trop restreint.
(Forward) J’ai passé 5 mois chez L’Artisan Parfumeur. J’ai fait des rencontres. J’ai appris beaucoup sur moi-même, sur mon envie de communiquer aux visiteurs une passion, un ressenti, une façon de vivre le parfum. Pourquoi il était important et pourquoi il était irremplaçable. Ce fut pendant ces mois aussi où je me suis intéressée à d’autres choses, comme Etat Libre d’Orange, Montale, Nez à Nez…
(Pause) J’ai rêvé, beaucoup, puis tout d’un coup je suis revenue assez durement à la réalité. Qu’en était-il vraiment du rêve et de l’amour de la beauté? La parfumerie que j’aimais et telle qu’on la désirait, existait-elle vraiment? Qui étaient les parfumeurs, des artistes comme je le croyais, ou des pantins qui exécutaient la commande du Dieu Tout-Puissant : Le Marketing, dont la seule religion était l’argent? On m’aurait donc menti? Tout ceci est alors devenu une vaste mascarade où la sensibilité et l’amour des parfums n’avaient pas leur place, j’ai presque voulu tout laisser tomber. Personne ne voudrait aider une jeune imbécile qui croyait encore que les parfums ça se créait avec le coeur! Même L’Artisan m’avait menti, à grand renfort d’objectifs chiffrés, je me rendais compte que cette marque que j’avais tant admirée en avait fini depuis longtemps avec son esprit ludique et sa défense des plaisirs simples.
(Play) Mais alors j’ai fait d’autres rencontres, parfois sur internet (ici), j’ai discuté et j’ai compris que je n’étais pas seule et qu’il ne tenais qu’à moi de faire vivre ou revivre la parfumerie que j’aimais. Parce que, au final, je n’ai pas arrêté d’aimer me parfumer, ou de sentir.
(Stop) Les choses ont beaucoup changé en un an. Ma perception, mes écrits, mon nez aussi. Mon premier amour, L’Artisan est parti, bien qu’on me dira qu’il a simplement évolué. Mais j’ai vu disparaître beaucoup de petits produits « insignifiants » pour certains, mais qui pour les amoureux du parfums faisaient partie d’un mode de vie : les porte-clés parfumés, les sachets pour le linge, les coussinets à pendre aux portes ou dans des penderies… La simplicité souriante est maintenant troquée contre un luxe qui sonne finalement faux : flacons aux formes agressives, bouchons lourds et dorés, verre noir et produits qui deviennent trop chers. La maison continue de cultiver son image un peu décalée, mais pour moi l’essentiel est perdu. L’équilibre entre sincérité dans les créations et réussite financière a disparu, on pense avec les dollars de Cradle Holdings maintenant. J’admire toujours beaucoup leurs parfums, et je sais ce que je dois à cette marque qui ne se prenait pas trop au sérieux à ses débuts. A un autre niveau on pourrait la comparer à Guerlain qui restera toujours un mythe de la parfumerie à juste titre, mais qui ne met plus vraiment du rêve dans ses flacons.
Enfin, il faut tout de même que je rende à César ce qui appartient à César. Pour celles et ceux qui seraient curieux de connaitre l’origine du nom : Poivre Bleu, et bien voici l’histoire : le « Poivre » c’est parce que le premier parfum que j’ai acheté chez L’Artisan était le Poivre Piquant (et oui, pas le Passage d’Enfer paradoxalement!), et « Bleu » parce que c’est ma couleur préférée…
(Play) …
NB : Je m’excuse pour le retard dans les billets promis, mais le calendrier n’est pas toujours avec nous!
L’Artisan Parfumeur : Passage d’Enfer
20/11/07
Il était temps! Je l’aurai attendu ce jour où, enfin, je me suis décidée à prendre la plume pour parler de l’une de mes plus grandes révélations : Passage d’Enfer. Un parfum découvert en une occasion particulière, à un moment particulier et qui fut lourd de conséquences par la suite (mais en bien). Alors avec un nom pareil, on ne peut plus croire au hasard. Même si ça fait bien longtemps que je n’y crois plus.
Pour la petite histoire, Le Passage d’Enfer est une voie du 14e arrondissement à Paris (qui doit son nom à l’ancienne dénomination du boulevard Raspail : le boulevard d’Enfer), où se situait l’ancien siège social de L’Artisan Parfumeur. Le parfum fut créé à la fin de l’année 1999 pour célébrer le passage à l’an 2000. Le nom a naturellement inspiré le choix du thème de ce parfum : l’encens. Olivia Giacobetti, qui a beaucoup travaillé avec L’Artisan Parfumeur, en a fait un parfum mystique, sacré et religieux dans l’odeur et dans les faits (pour moi). Rose, encens, bois d’aloès, cèdre, lys, santal, benjoin, muscs.
Le mot encens fut emprunté au latin ecclésiastique : incensum, désignant une matière brûlée en sacrifice. Chez les Romains ont l’appellait thymiama, à rapprocher de deux racines grecques, thuos qui évoque l’idée de parfum et d’offrande, et thuien qui se rattache à la notion de sacrifice. L’origine du mot nous montre bien à quel point l’utilisation de l’encens est liée aux pratiques religieuses. Il est utilisé depuis la plus haute antiquité dans les cérémonies pour ses fumées dont les dieux, dit-on, étaient friands. De même son usage fut longtemps réservé à ces pratiques, car il était considéré comme sacré. Un passage de L’Exode (XXX : 34-37) est intéressant à noter. L’Eternel dit à Moïse
» Le parfum que tu fais là, vous n’en ferez pas pour vous-même de même composition. Il sera saint pour toi, réservé à Yahvé.
Quiconque fera le même pour en humer l’odeur sera retranché de son peuple. »
L’encens est une résine obtenue à partir d’incisions pratiquées sur l’écorce d’un arbre appellé Boswellia, originaire d’Oman.
Il est aujourd’hui cultivé au Yémen, en Somalie et en Inde.
Pour ma petite histoire à moi, j’ai découvert ce parfum à l’occasion de L’Atelier du Parfum, chez L’Artisan Parfumeur, auquel j’ai participé le 18 novembre 2006. Un atelier qui s’est déroulé dans le plus pur esprit de la maison, ludique, simple et agréable. Esprit qui semble prendre un tournant dangereux dont je parlerai une autre fois. Cette matinée a été le point de départ d’une série d’événements marquants dont la création de Poivre Bleu fait partie.
Ce matin-là à 10h, j’étais une jeune fille candide, qui n’avait guère senti d’autres choses que du Dior, du Lancôme ou du Yves Saint Laurent. A 10h30, je sentais des matières brutes à l’aveugle et me rendais compte (avec plus ou moins de surprise) que les parfums n’étaient pas faits que d’agrumes, de fleurs et d’herbes, mais aussi des odeurs bizarres de poivre, de patchouli, de civette (pouah!), d’encens ou encore de mousse de chêne (quelle drôle d’idée!). A 11h on faisait une pause autour d’un thé, et je contenais mon émerveillement de peur de paraître naïve. Mais déjà mon nez devenait fou de tout ce qu’il sentait, que de changement en une heure! Nous avons ensuite repris sniffage et discussions pendant encore une heure et demie. A 12h30, nous redescendions dans la boutique pour flâner autour des créations de L’Artisan. C’est là que le tournant s’est effectué. J’ai senti avec intérêt et curiosité des parfums que j’aurais, deux jours plus tôt, qualifiés de « puants » : Dzongkha, Voleur de Roses, Poivre Piquant et … Passage d’Enfer. En m’approchant de celui-là, la formatrice me dit (hasard ou pas) : « Tiens! Celui-ci vous irait bien! » Et alors, elle a parfumé mon pull, ma veste et le dos de mes mains avec. Un autre aurait tout aussi bien pu faire l’affaire, mais non, c’est Passage d’Enfer qui s’est chargé de graver dans ma mémoire cette matinée avec son ambiance magique et ses émotions grisantes, et je ne peux m’empêcher de me dire que le nom du parfum et son odeur de sacré ont quelque chose à voir avec la transition qui s’est opérée à ce moment là.
A 13h, je suis sortie bouleversée, excitée, je marchais trop vite, les yeux ouverts trop grands, rue de l’Amiral Coligny, par cette journée magnifique et froide. J’avais l’impression qu’un pas de plus et je m’envolais, je pensais à 10 000 choses en même temps. Vite! Il fallait rentrer, ressentir à nouveau, repartir, redécouvrir, surtout ne plus jamais s’arrêter. Et sur le chemin du retour, entre Louvre-Rivoli et La Porte d’Orléans, j’étais entourée dans le voile gris, translucide et clair de Passage d’Enfer. Je sentais frénétiquement le dos de ma main en pensant : « C’est terrible… Terrible! »
Depuis, sentir et mettre ce parfum me replongent chaque fois dans cette ambiance et ces émotions si particulières où j’ai la sensation que tout est possible. C’est devenu mon petit rituel sacré à moi, chargée de son odeur lumineuse et pénétrante d’encens posée sur ses coussins de muscs.
Outre le fait que pour moi, ce parfum est chargé d’une symbolique très particulière, c’est l’une des plus belles créations de l’Artisan Parfumeur, magnifiquement orchestrée par Olivia Giacobetti, qui exprime à la fois l’audace, la simplicité et la charge émotionnelle de cette maison.
Disponible dans toutes les boutiques Artisan Parfumeur, 100ml/85€ 50ml/60€
Sources : Wikipedia, artisanparfumeur.com, OsmoZ, FlickR
Vero Profumo : Kiki
7/11/07
Sur le site internet de Vero Kern, la créatrice des parfums Vero Profumo, on peut lire : « Les odeurs échappent à l’emprise rationnelle, à la langue. » En lisant cette phrase, j’ai immédiatement fait une association qui m’a semblé résumer assez bien la perception du monde des odeurs : une odeur est un sentiment. Elle ne se perçoit qu’à travers le sentiment auquel on la rattache, s’impose à nous de la même façon qu’un sentiment prend sa place dans notre coeur et y plante sa tente. Je vis les parfums de cette façon, et je pense que c’est ce qu’a souhaité exprimer Vero Kern lorsqu’elle a écrit cette phrase.
La perception des parfums Vero Profumo se fait dans cette optique, Rubj, Onda et Kiki sont des parfums addictifs ou répulsifs, les sentiments qu’ils provoquent sont immédiats et incontrôlables. Ces compositions ne sont disponibles qu’en extrait de parfum, et pour une véritable appréciation ne s’essaient qu’à même la peau. L’avantage des concentrations en extrait de parfum est que la composition est
mise immédiatement à nu, les défauts ou à l’inverse les qualités sont repérées dès le premier sniffage. Ici, on tire son chapeau pour la qualité des matières premières qui transparaît de suite. Le parfum qui a produit véritablement un effet coup de foudre sur moi est Kiki. Je salivais déjà, avant même d’avoir essayé le jus, à la lecture des notes : une lavande poudrée, musquée, fruitée construite autour d’un accord caramel / patchouli / oppoponax / fruits exotiques.
L’essai a été concluant, je me suis laissée fondre dans ces coussins de lavande musquée puissamment enveloppants et en même temps étonnamment pétillants. Je n’ai su que par la suite que ce parfum me convenait doublement puisque la créatrice l’a conçu en hommage à la ville de Paris, où je suis née et que je ne me lasse pas de traverser en long et en large. L’envol de Kiki me fait penser à une pastille effervescente, ce sont les fruits exotiques qui arrivent en fanfare pour commencer à la fois frais et piquants. Puis vient le meilleur moment, où la lavande, pièce maîtresse de la composition, entre en scène et se laisse observer jusqu’à la fin sous tous les angles. Tournoyant sur la peau, on la perçoit tantôt acide, tantôt cotonneuse, tantôt fardée (poudrée). Elle est assez stylisée dans ce parfum, car bien qu’on la reconnaisse, elle n’a rien de classique. J’avais eu peur que le fond ne se termine sur une note écoeurante de caramel, car ma peau a une fâcheuse tendance à faire sucrer les parfums : il n’en fut rien. Le fond se termine sur un musc propre et sec, intensifié par la présence de la lavande (une odeur de propre pour une grande partie de la population).
Sur les 3 parfums de Vero Profumo, c’est celui qui est le plus confortable et le plus facile à porter, Rubj et Onda étant un peu trop forts les premiers moments. En effet, la concentration en extrait fait que le parfum est bien présent, même pour le porteur. Rubj est un fleuri : fleur d’oranger, jasmin et notes fruitées qui, à mon nez bizarrement, est vraiment ressorti sous la forme d’une tubéreuse. N’ayant pas une affection inconditionnelle pour la tubéreuse, c’est celui que j’ai le moins aimé. Onda lui est très rustique, un cuiré-boisé puissant armé de vétiver et d’épices, qu’il faut savoir laisser évoluer sur la peau car il est âcre au départ. Mais il prend par la suite une tournure animale osée et assumée qui le rend atypique.
Pour plus de renseignement sur Vero Profumo contacter Vero Kern à : profumo<at>veroprofumo.com
ou : Grebelackerstrasse 7
CH-8057 Zürich
SWITZERLAND