(Stop) Parlons peu mais parlons bien. Je parlerai ici des moments importants de cette année qui ont joué un rôle dans mon évolution et des questions que je me suis posées au fil des mois.

(Play) Suite logique de L’Atelier du Parfum, j’ai investi les boutiques de L’Artisan Parfumeur comme ma maison. J’ai eu plus ou moins la sensation que c’était l’endroit où je pourrais tout apprendre. Si bien que pendant un temps, je n’ai pas été passionnée de parfum, mais passionnée de L’Artisan. Je me sentais dans la caverne d’Ali Baba quand je me rendais en boutique (la Grande surtout, l’ambiance y est plus particulière qu’ailleurs, notamment à cause du vieux parquet). Imaginez-vous : un petit nez tout frais, qui découvre la parfumerie de niche… Pour lui, L’Artisan, c’est du jamais-senti! J’avais sous mon nez des parfums qui sentaient d’abord avant de sentir bon, dans le sens où je découvrais réellement des accords nouveaux, que dis-je, des matières nouvelles dans les parfums. Cette étape fut très formatrice, parce que j’ai vraiment « ouvert » mon nez à des choses différentes de ce que j’avais connu. Je pense notamment à des parfums comme Voleur de Roses, Dzing! ou Dzongkha. L’Artisan Parfumeur avait encore un univers très particulier lorsque je m’y suis attachée, et je pouvais pénétrer en douceur le petit monde exclusif de la niche : une maison simple, ludique, distribuant des parfums chargés d’émotions et le revendiquant avec raison. C’est ce qui m’a plu et m’a fait rêver. Rétrospectivement, je crois que je n’aurais pas pu trouver mieux pour me familiariser avec l’univers de la niche.

(Forward) Rapidement, l’envie et le besoin d’aller plus loin et de mieux comprendre se sont fait sentir. Je voulais être formée, je ne voulais pas rester dans le flou et j’ai trouvé des premières réponses chez Cinquième Sens.

(Play) La formation Cinquième Sens m’a remplie. Bien plus poussée que L’Atelier du Parfum, j’ai senti plus de matières premières et j’ai pu débuter une sorte de défrichage olfactif : reconnaître des notes caractéristiques, comprendre la classification… A la suite de la Journée Découverte, j’étais sûre de vouloir aller plus loin. Mais comment? Et pourquoi? Il était assez clair pour moi que je ne souhaitais pas exercer des fonctions commerciales dans ce milieu, mais je me demandais surtout comment j’allais pouvoir accéder à des formations spécifiques sans avoir fait de chimie et étant engagée dans des études de gestion. Cinquième Sens est en effet une solution, et bien que la passion n’ait pas de prix, il faut avouer que les tarifs ne sont pas toujours encourageants pour un budget modeste. Sans trouver de solution pour le moment, j’ai vite compris que rester simple visiteuse et glaneuse d’odeurs ne suffirait pas, je voulais être actrice. Alors, naturellement, je me suis tournée vers L’Artisan Parfumeur. Et à ma plus grande joie, il m’a été offert mon premier travail en parfumerie.

(Pause) A ce moment là, cette maison correspondait à l’idéal que j’avais de la parfumerie : j’imaginais les nez créer des parfums pour eux, libres de toute contrainte, exprimant leurs émotions, laissant libre cours à leur génie, utilisant les senteurs telles des couleurs pour créer une oeuvre d’art. La vérité n’est peut-être pas si éloignée, mais sûrement en plus pragmatique et moins épique. Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à récemment, cette maison travaillait par évocations, lançait un thème, une idée et laissait ensuite le parfumeur faire à son envie avec un budget pas trop restreint.

(Forward) J’ai passé 5 mois chez L’Artisan Parfumeur. J’ai fait des rencontres. J’ai appris beaucoup sur moi-même, sur mon envie de communiquer aux visiteurs une passion, un ressenti, une façon de vivre le parfum. Pourquoi il était important et pourquoi il était irremplaçable. Ce fut pendant ces mois aussi où je me suis intéressée à d’autres choses, comme Etat Libre d’Orange, Montale, Nez à Nez…

(Pause) J’ai rêvé, beaucoup, puis tout d’un coup je suis revenue assez durement à la réalité. Qu’en était-il vraiment du rêve et de l’amour de la beauté? La parfumerie que j’aimais et telle qu’on la désirait, existait-elle vraiment? Qui étaient les parfumeurs, des artistes comme je le croyais, ou des pantins qui exécutaient la commande du Dieu Tout-Puissant : Le Marketing, dont la seule religion était l’argent? On m’aurait donc menti? Tout ceci est alors devenu une vaste mascarade où la sensibilité et l’amour des parfums n’avaient pas leur place, j’ai presque voulu tout laisser tomber. Personne ne voudrait aider une jeune imbécile qui croyait encore que les parfums ça se créait avec le coeur! Même L’Artisan m’avait menti, à grand renfort d’objectifs chiffrés, je me rendais compte que cette marque que j’avais tant admirée en avait fini depuis longtemps avec son esprit ludique et sa défense des plaisirs simples.

(Play) Mais alors j’ai fait d’autres rencontres, parfois sur internet (ici), j’ai discuté et j’ai compris que je n’étais pas seule et qu’il ne tenais qu’à moi de faire vivre ou revivre la parfumerie que j’aimais. Parce que, au final, je n’ai pas arrêté d’aimer me parfumer, ou de sentir.

(Stop) Les choses ont beaucoup changé en un an. Ma perception, mes écrits, mon nez aussi. Mon premier amour, L’Artisan est parti, bien qu’on me dira qu’il a simplement évolué. Mais j’ai vu disparaître beaucoup de petits produits « insignifiants » pour certains, mais qui pour les amoureux du parfums faisaient partie d’un mode de vie : les porte-clés parfumés, les sachets pour le linge, les coussinets à pendre aux portes ou dans des penderies… La simplicité souriante est maintenant troquée contre un luxe qui sonne finalement faux : flacons aux formes agressives, bouchons lourds et dorés, verre noir et produits qui deviennent trop chers. La maison continue de cultiver son image un peu décalée, mais pour moi l’essentiel est perdu. L’équilibre entre sincérité dans les créations et réussite financière a disparu, on pense avec les dollars de Cradle Holdings maintenant. J’admire toujours beaucoup leurs parfums, et je sais ce que je dois à cette marque qui ne se prenait pas trop au sérieux à ses débuts. A un autre niveau on pourrait la comparer à Guerlain qui restera toujours un mythe de la parfumerie à juste titre, mais qui ne met plus vraiment du rêve dans ses flacons.
Enfin, il faut tout de même que je rende à César ce qui appartient à César. Pour celles et ceux qui seraient curieux de connaitre l’origine du nom : Poivre Bleu, et bien voici l’histoire : le « Poivre » c’est parce que le premier parfum que j’ai acheté chez L’Artisan était le Poivre Piquant (et oui, pas le Passage d’Enfer paradoxalement!), et « Bleu » parce que c’est ma couleur préférée…

(Play)

NB : Je m’excuse pour le retard dans les billets promis, mais le calendrier n’est pas toujours avec nous!