Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour janvier, 2008
Montale : White Aoud
30/01/08
La maison Montale, située 16, Place Vendôme pour la boutique parisienne est une sorte de caverne d’Ali Baba des senteurs d’Orient. Ses créations sont pour leur grande majorité inspirées d’Arabie et d’Orient. Jasmin, Encens, Ambre, Roses… ainsi qu’une très belle collection dédiée au bois d’aoud (oud, Aquilara Malaccensis). Le principe odorant provient en réalité d’un champignon qui attaque généralement l’arbre et qui produit une résine. Cette matière n’est pas encore beaucoup utilisée en parfumerie, mais on en trouve une belle illustration dans M7 d’Yves Saint Laurent.
Les parfums Montale peuvent paraître rebutants de prime abord. Il faut en effet s’accrocher un peu les premiers temps, car
l’effluve parfumé qui émane de la boutique se répand jusque dans la rue et, par jour de vent, il est possible de le sentir une dizaine de mètres avant ! Je n’ai pas eu de mal à m’acclimater à cette atmosphère, je crois que j’ai tout de suite aimé cette ambiance parfumée un peu débordante et légèrement excessive. Tout est parfum dans cette boutique, c’est comme rentrer dans du parfum et être alors complètement enveloppé… Il faut savoir que les parfums Montale ne sont vendus qu’en concentration Eau de Parfum à 25%, autant dire que vous n’avez que des extraits de parfums tels qu’on les connaît en parfumerie grand public aujourd’hui. La sensation est donc très riche, dense et sirupeuse. L’évolution sur la peau n’en est que plus belle et confirme le soin qui est apporté au choix des matières premières.
Pour aborder le petit monde de Montale (qui comprend déjà plus d’une cinquantaine de références), vous pouvez commencer par White Aoud dont la douceur cotonneuse est presque physique, et qui ne choquera pas les narines délicates, mais il faudra prendre le temps de l’apprivoiser ! Le départ est puissant, et pour ma part me déplaît, même si l’on sent venir la suite dès les premières minutes. On commence par un accord de rose épicé un peu chargé, qui fait penser à une femme sophistiquée ayant mis trop de parfum. Heureusement, déjà après 10 minutes, le parfum s’allonge et se dilue sur la peau pour devenir très lumineux et déployer d’abondants rayons blancs et chaleureux. L’ensemble est très légèrement crémeux, grâce au santal, à l’ambre et la vanille, qui apportent la rondeur nécessaire pour avoir l’impression d’un parfum fondu avec la peau. Mais sans jamais tomber dans la lourdeur ou un côté trop épais, car l’on distingue le patchouli, l’aoud et le vétiver qui donnent plus de présence et de corps à la fragrance.
De loin, White Aoud est l’un des parfums les plus confortables que je connaisse, tant il mélange les sensations de rondeur, douceur, propreté et luminosité.
Miller Harris : Cuir d’Oranger
23/01/08
Si je vous dis Laura Ashley, à quoi pensez-vous? A de beaux imprimés fleuris, couleur pastel et romantiques. Bravo, vous avez gagné !
Maintenant, si je vous demande le parfum que porte la jeune femme qui se trouve dans sa chambre dans une province anglaise, assise sur son fauteuil près de la fenêtre, lisant un roman? Un parfum de chez Miller Harris ! Encore gagné ! Mais vous êtes incroyable ! Et son ami ? Bon, bon, cela suffit, on a bien compris…
Ce petit questionnaire avait pour but de vous donner une idée, chers lecteurs, du sentiment qui s’est créé en moi lorsque j’ai découvert les parfums Miller Harris aujourd’hui. Un sentiment assez proche de celui que j’avais éprouvé en découvrant Creed, un mélange de ravissement puéril et d’ennui profond. C’est beau, c’est chic, c’est frais, mais tellement lisse… J’ai appris à apprécier les parfums Creed depuis la première fois, peut-être en sera-t-il de même pour ceux de Miller Harris, mais disons que pour le moment il n’y a pas eu de déclic. Jolies fleurs, beaux bois, pétillants agrumes. Mais jamais de surdose, de maniement périlleux ou de taches de couleurs. Alors on fait vite le tour, et on part voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte.
Enfin, enfin, il faut tout de même saluer la qualité lorsqu’elle est là, l’exécution de ces parfums est tout à fait maîtrisée et les matières choisies offrent une belle profondeur aux fragrances. Notamment chez Cuir d’Oranger, le seul que j’ai essayé sur ma peau. Mon affection pour les cuirés s’est confirmée avec cette senteur à la fois joviale et brute. Le mariage fleurs d’oranger et cuir (bouleau-ciste) offre un contraste sec-moelleux intéressant sur la peau, sans que jamais le cuir ne devienne trop sec. Le chic et la préciosité anglaise émanent de ce parfum qui me laisse l’idée de quelque chose de classique et traditionnel. Il est d’ailleurs présenté ainsi sur le site de Miller Harris. Il fait partie de la dernière collection créée par Lyn Harris : Nouvelle Edition, qui comprend 8 parfums, que l’on peut désormais sentir au Bon Marché.
Je vais sûrement devoir recommencer, réessayer parce que je pense que ces créations ont encore des ressources, et que parfois en parfum, la première impression n’est pas toujours la bonne. Vous ne croyez pas ?
Parfums : Critiques ou pas?
15/01/08
L’idée de ce billet m’est venue il y a un moment déjà, depuis que j’ai remarqué, comme beaucoup d’entre vous, que la critique (de qualité) en parfumerie est totalement inexistante. Lorsque j’ai créé Poivre Bleu, mon objectif principal était d’exposer mes pensées, mes avis et mon évolution au sein de ce milieu. Les mois passant, il est devenu assez naturel pour moi de prendre parti ou de râler lorsque cela me semblait justifié. Il s’agit surtout pour moi d’un plaisir, celui de donner sa perception, de parler de ses goûts, de ses références, de ses idées… mais aussi d’un besoin, celui de donner une vision personnelle, différente de celle des publicités et aussi d’un besoin d’échange et de confrontation entre amateurs d’un même univers.
Après la lecture de 2 articles très intéressants publiés sur deux blogs que je fréquente régulièrement : Les Ateliers du Parfum et le blog d’Octavian Coifan : 1000 Fragrances, j’ai voulu parler de ce sujet si sensible qu’est la critique. Et en ce qui nous concerne, la critique de parfum. Ces deux articles n’ont pas le même sujet, mais ils ont mis en lumière le brouillard épais dans lequel on nage dans ce milieu. Dans La curiosité : un vilain défaut? , Nathalie nous parle du manque de communication et des codes poussiéreux qui y règnent, surtout pour ceux qui souhaitent y rentrer. A son tour, Octavian dans How to lie with fragrances , nous expose les subterfuges et les non-dits qu’utilisent les industriels du parfum pour faire de la désinformation et du mensonge.
Ces articles mettent en lumière, à mon sens (même si ce n’était peut-être pas voulu par les auteurs), le besoin d’analyses, d’échanges et de critiques dont aurait besoin la parfumerie pour évoluer. Pour ma part, ce constat vient du fait que je ressens la parfumerie comme un art. Créer un parfum, c’est utiliser les moyens mis à disposition pour créer une oeuvre et donner une idée du beau, chercher à toucher la sensibilité de chacun. L’oeuvre d’art est donc une production de l’esprit dans le domaine de l’esthétique. Si on retient cette conception, la nomenclature proposée par Jean-Claude Ellena dans Le Parfum, Que sais-je? n°1888 , est tout à fait pertinente. Les parfums se définissent « par une forme, c’est à dire la façon dont le parfum est perçu » : il y a les formes classiques, baroques, narratives, figuratives, abstraites, minimalistes… A partir du moment où l’on définit, on a une base sur laquelle on peut s’appuyer pour juger et donc pour critiquer. Où sont donc ces bases en parfumerie? Finalement, sur quoi juge-t-on un parfum?
J’ai le sentiment (est-ce le vôtre?), que la parfumerie ne s’assume pas à ce niveau (celui de l’Art) ou qu’elle est retenue à un niveau moindre pour les intêrets des plus puissants et des plus riches. Elle n’est pas tirée par le haut, car son histoire s’entremêle de plus en plus avec les considérations commerciales des grands groupes qui la contrôlent. Son évolution actuelle me fait penser à celle du cinéma qui, lui, a été reconnu comme art, bien que la parfumerie soit plus vieille de plusieurs siècles. L’exploitation de la parfumerie à des fins commerciales est, il me semble, tout à fait concevable, c’est le cas de la musique ou du cinéma. Son élévation au rang d’art ne pourrait que lui être bénéfique, lui permettrait de définir ses contours, de se structurer et pourrait par la même occasion faire apparaître une reconnaissance véritable des professionnels de la parfumerie.
Le fait est qu’aujourd’hui, de plus en plus d’amateurs éprouvent un sentiment de frustration par rapport à leur passion. Il y a ceux qui savent (les professionnels) et les autres, qui n’ont pas les moyens et les connaissances pour juger et pour critiquer. Pourtant, cette forme d’expression existe déjà depuis un moment, même si elle est encore très jeune, la prolifération de Perfume-Blogs la matérialise. Je ne préjuge pas des buts individuels de chacun des passionnés qui ont un jour décidé d’ouvrir un blog, mais comme je le disais au début du billet, l’existence des sites internet sur le parfum (et notamment des blogs) vient du fait que la communication sur ce sujet est totalement conventionnelle, calculée, contrôlée et ne fait absolument pas l’objet d’une analyse critique… Alors que l’envie de comprendre, d’apprécier et de discuter est bien réelle. Je trouve ces envies, et les différentes formes de critiques qui en résultent, légitimes, car on ne peut en vouloir aux gens de pallier l’inexistence de références communes en matière de parfum par des tentatives personnelles. Le savoir n’est pas réservé aux professionnels, la curiosité et la volonté d’apprendre permettent au fil du temps de s’éduquer, affiner ses analyses, cultiver et améliorer son nez. Je pense ici aux 3 ouvrages de René Berger sur la Découverte de la Peinture : il y a d’abord L’art de voir (sentir?), puis L’art de comprendre et enfin L’art d’apprécier. Le cheminement pour arriver à la critique de qualité est long, néanmoins, je pense qu’à tous les stades, l’expression (des goûts, des impressions, des ressentis…) est importante et qu’elle ne remet pas en cause les compétences et le travail des parfumeurs. On voit d’ailleurs avec l’arrivée de site internet comme Auparfum.com que la donne change puisque les professionnels eux-mêmes ont envie et besoin de voir la situation évoluer.
Il s’agit bien évidemment dans ce billet de mon opinion personelle, tout le monde (même les passionnés) ne partage pas forcément mon point de vue et ne perçoit pas la prolifération de blogs sur le parfum comme une bonne chose. Si vous avez des impressions à nous faire partager, n’hésitez pas!
Bonne Année!
5/01/08
Alors voilà, 2007, c’est fini. Mais 2008, c’est parti!
Je vous souhaite ainsi à tous, chères lectrices et chers lecteurs, une excellente année 2008, bonheur, rires, flacons de parfums et elixirs merveilleux pour vous et votre entourage.
Mieux que des bonnes résolutions, Nez Bavard a décidé de fixer de nouveaux objectifs pour Poivre Bleu. Avec l’aide de ses ministres, Nez Bavard entend réformer avec dynamisme son blog pour que l’information et la discussion parfum soient toujours plus ludiques et diversifiées. La page glossaire prendra un coup de jeune, et de nouvelles rubriques devraient apparaître dans le courant de l’année. Le gouvernement de Poivre Bleu a déjà entamé la confection d’un flacon de réflexion à ce sujet, les conclusions olfactives seront rendues très prochainement à Nez Bavard.
Enfin, vous m’aurez compris, cette année sera remplie et j’espère que vous la passerez avec moi!