Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour avril, 2008
Paris, 01h18…
27/04/08
La nuit est maintenant tombée sur les toits de la ville. Nez Bavard est de sortie sur son vélo. Lentement, par cette nuit douce et parfumée, il pédale à travers les rues et ruelles et sent avec bonheur l’air qui lui file sur le visage. Ce soir est le premier soir de l’année où l’odeur de Paris est perceptible. Nez Bavard l’avait attendue cette odeur, ce parfum unique de la ville chère à son coeur. Enfin, le voilà. Il aura fait assez chaud aujourd’hui pour que la belle veuille bien découvrir son cou, lâcher ses cheveux, et laisser s’échapper au gré des courants d’air, un peu de son parfum fait de ses toits, de ses rues, de ses pierres…
Car Madame est timide et pudique, en hiver, tout se passe dans son ventre, dans ses veines, la chaleur circule, transporte d’une artère à une autre, sa force et sa vitalité. Mais dehors, sur sa peau, rien ne transparaît, son parfum reste caché sous des écharpes brumeuses, sous des bonnets, il fait bien trop froid ! Pas moyen de déceler son odeur enchanteresse. Puis vient le printemps et avec lui, les premières journées de soleil, qui chauffe les toits, fait verdir les pelouses et fleurir les parcs. A la nuit tombée, c’est l’heure de guetter, lorsque la circulation se fait lente et que le calme est revenu : Paris s’assied et laisse passer entre ses doigts et glisser sur ses bras, le vent. L’air se charge des essences métalliques des toits en zincs, minérales des rues, des pierres des bâtiments et des pavés, organiques de la terre et du sable des parcs. Puis enfin, animales de tous les êtres vivants qui peuplent cette cité, aromatiques des plantes aux fenêtres des balcons et dans les jardins, humides et vertes de la Seine, gourmandes des restaurants et des cafés… Une multitude de petits points odorants viennent composer cet effluve unique et miraculeux.
C’est le meilleur antidépresseur qui soit. Irrémédiablement lorsque l’arôme est perçu (et reconnu), le sourire vient, les soucis s’envolent, et font place à une incroyable sensation de tranquillité. Ne plus penser à rien, juste sentir l’air vous remplir les poumons et le parfum apaiser votre esprit.
Nez Bavard a eu ce plaisir un soir de la semaine passée, à vélo, lorsqu’il rentrait chez lui. Il y a de nombreuses façons de percevoir l’odeur de Paris, Nez Bavard connait cette odeur depuis son plus jeune âge, et est convaincu que cette ville a une identité olfactive unique.
Je crois que l’odeur qui m’a le plus marquée, et celle que je reconnais le mieux dans le mélange d’arômes qui compose le tout, est l’odeur des toits en zinc. Celle que l’on sent quand la douceur de la nuit revient, et qui se révèle encore plus lorsqu’un orage d’été passe sur la ville.
Et vous, quelle est l’odeur que vous préférez dans votre ville ?
Et vendredi, Nez Bavard vous tire son patchouli
18/04/08
Et voici venu le vendredi. Vendredi qui sera le dernier jour de la semaine sous le signe du Patchouli. Et pour cette occasion, Nez Bavard a choisi l’un des patchouli les plus charmeurs et les plus distingués du marché : Patchouly par Etro.
Etro est une maison de couture italienne que l’on pourrait comparer à Hermès en France. Leurs parfums sont parmi les plus raffinés et les plus abordables en parfumerie de niche. Les « soliflores » sont particulièrement réussis et aboutis je trouve, autant dans le choix exigeant des matières que dans la construction et l’interprétation. Dont leur patchouli bien sûr. Un patchouli complet du début à fin qui reste étonnamment frais jusqu’au bout, pour mon plus grand plaisir puisque c’est justement le côté humide et frais qui me plaît le plus dans le patchouli.
C’est une fragrance assez rustique et balsamique. Le cyprès près de lui dans le fond est ce qui donne à la fragrance sa fraîcheur sur la durée, l’ambre et la vanille l’arrondissent de façon très fine, on sent toujours la petite pointe piquante et sèche qui se démarque. Je le trouve très proche du patchouli seul, mais ces petites touches de vanille, d’ambre et de musc, lui donnent une proximité avec la peau, des plus délicates et des plus réalistes. Pas de travail trop compliqué sur ce parfum, juste un patchouli magnifique (Java) qui s’étire au fil des heures et nous entoure de confort et de sensualité. Il n’est pas tellement besoin de le décrire plus que nécessaire, tout ce que je peux dire, c’est que le Patchouly d’Etro est l’un des parfums au patchouli les plus convainquants que j’ai sentis depuis que je travaille sur cette matière. Il reste fidèle à l’original, si je puis dire, et permet, avec un dosage réussi, de le faire ressortir sous son meilleur profil.
Ainsi s’achève cette semaine dédiée au patchouli. Il en faudrait bien d’autres pour pouvoir vraiment faire le tour de cette magnifique matière (je sais, je me répète), mais Nez Bavard devait bien faire une sélection ! A ce sujet, j’aimerais avoir votre avis : quels sont vos patchouli préférés ? Quels sont ceux qui vous servent de référence et qui doivent être connus de l’amateur de patchouli ? Pour finir, j’aimerais savoir si le principe de cette semaine vous a plu et si vous aimeriez voir le principe se renouveler ? N’hésitez pas à répondre et à donner votre avis !
Jeudi, c’est presque patchouli
17/04/08
Oui, parce qu’aujourd’hui nous parlerons de Patchouli, mais Nez Bavard s’est autorisé une petite entorse à la règle soliflorale… Pourquoi ne pas aborder une composition plus complexe sur le thème de cette semaine? Parce qu’il est intéressant de voir comment on peut aborder les différentes facettes de ce coquin charmeur, mais il est aussi important de voir comment il peut s’insérer dans une construction.
Antaeus de Chanel. Tout un programme ! Un vrai masculin puissant et viril des années 80 (1981 précisément) avec sa belle charrette d’aromates et de photos d’hommes musclés. Bon, je vous épargnerai la légende grecque qui nous dit qu’Antaeus est le fils de Gaïa (La Terre) et de Poséïdon, que c’est donc un dieu avec tous ses attributs. Un peu comme notre parfum en fait : myrte, lavande, sauge sclarée, thym… Tous des aromates que les Grecs faisaient brûler et dont les émanations parfumées nourrissaient les dieux de l’Olympe. Mais cet Antaeus a plus d’un tour dans son flacon, c’est aussi un vrai cuiré-boisé, qui doit super bien s’entendre avec Kouros d’Yves Saint Laurent (les 2 contiennent du patchouli d’ailleurs). Sortis la même année, ces 2 parfums sont typiques de l’ambiance olfactive masculine de l’époque, mais je trouve qu’Antaeus a mieux vieilli.
Le bouquet aromatique de départ est très classique, vif et rafraîchissant et bien sûr très typé. Suivra un long stade oscillant entre les aromates et un cuir qui se fait de plus en plus présent, légèrement brutal. Mais enfin, le voilà qui pointe du nez, avec nonchalance et assurance, Patchouli entre en scène. Il est dans ce parfum une sorte d’invité d’honneur, il est présent parce qu’il est utile pour assurer une charge érotique au parfum tout en calmant le côté un peu enragé du castoreum. Posé sur des coussins de ciste et de mousse de chêne, il donne au fond de ce parfum une présence irrésistible. C’est le moment le plus abouti du parfum, on sent tous les composants dans leur juste proportion, tout le monde est à sa place, les bords sont arrondis. Le tout est rassurant et chaleureux avec une petite touche séductrice.
Malgré son aspect légèrement « vieux beau » des années 80, Antaeus mérite d’être senti à nouveau (et surtout essayé car c’est vraiment le fond qui est le plus flatteur). Le patchouli est dans cette fragrance vraiment mis en valeur, il participe au fond au même titre que la mousse de chêne qui renforce l’accent vert et terreux, et donne avec le ciste labdanum la part féminine du parfum.
Jamais Patchouli ne lasse.
Mercredi… c’est patchouli!
16/04/08
« Comment? Vous ici? Encore! Mais enfin Patchouli, quand allez-vous nous laisser un peu de répit? «
Au menu de ce mercredi 16 avril : On prend les mêmes et on recommence. Ou presque. En entrée, Nez Bavard vous propose du fenouil, accompagné de Patchouli bien sûr et de muscs blancs. Le plat du jour se compose d’osmanthus, d’iris, de patchouli encore et de muscs. Enfin en dessert : vétiver, santal, patchouli toujours et muscs aussi. Le restaurant s’appelle Patchouli Patch et le chef n’est autre que l’Artisan Parfumeur… Nous célèbrerons ici l’époque glorieuse de l’Artisan Parfumeur, qui en 2002 nous avait offert avec ce parfum un vrai beau patchouli dense et moderne. Vous vous souvenez peut-être de Voleur de Roses de la même maison, un autre patchouli absolument magnifique datant de 1993 mais complètement différent qui me fait mourir de plaisir chaque fois que je le sens. Mais revenons à nos moutons. Patchouli Patch est, comme je le disais, un soliflore réussi sur ce thème mais plus original qu’il n’y paraît.
Cette fois-ci encore, on a bien le côté humide, mais sous un aspect un peu plus surprenant que d’habitude.
Habituée à une senteur « tapis de feuilles mortes », j’ai ici l’impression de sentir l’odeur de l’argile qui se mouille quand la pluie commence à tomber, du chemin blanc surchauffé qui exhale aux premières gouttes d’eau une odeur magnifique de poussière humide… La feuille est dans un élément et une interprétation peu courants, mais on reconnait très bien la note et on la distingue du reste, ce qui n’était pas le cas avec l’essai d’hier. J’admire beaucoup ici le travail de qualité sur la matière, à la fois audacieux et juste. On retrouve une petite histoire de la parfumerie patchoulitée dans cet opus : une identité hippie en sourdine avec un aspect encens – fumée dense ; un stade gourmand avec un accord rond et une petite touche chocolat noir ; et enfin une image moderne du patchouli qui se fait poussiéreux (presque poudré), grisonnant, s’alliant avec une sensation plus aérienne et transparente (les muscs sûrement).
Tout le long de l’évolution, on a un patchouli qui s’affirme et qui se maintient à un haut niveau (la bonne qualité de la matière ne fait nul doute). Un petit bémol cependant, le stade humide si particulier ici, est un peu court, et dérive vite sur un rendu plus chaud et plus sec. Mais le plaisir reste grand tout de même. Ce parfum surprend agréablement celui qui le porte, même pour ceux qui sont des familiers de la note. Ici encore, on peut sentir combien notre ami Patchouli parle avec des accents de toutes sortes, si bien que parfois il est difficile de le comprendre. Mais on ne lui dira rien parce qu’on l’aime beaucoup…
Mardi, c’est patchouli
15/04/08
Hier, vous vous êtes peut-être demandé ce que Nez Bavard voulait insinuer en disant que les parfums au patchouli se concevaient comme des fragrances vulgaires. Et bien il voulait insinuer que parfois notre ami Patchouli traîne avec de vils personnages peu recommandables… Des gens comme Calvin Klein et ses acolytes : la vanille, l’ambre, le musc (des quartiers mal famés bien sûr), qui nous font des Euphoria à vous assassiner l’appétit le plus coriace qui soit.
Enfin, bon, pourquoi je dis tous ça, et bien parce qu’aujourd’hui nous allons parler d’une référence, d’un monstre, d’un mythe, d’une légende patchouli (oui, oui, j’en rajoute), je veux bien sûr parler du Patchouli de Réminiscence. Le rapport avec l’introduction? J’y viens…

Ne nous méprenons pas, ce parfum occupe une place importante dans la liste des fragrances patchoulitées, cependant, autour de lui, une époque mais surtout un univers olfactif se sont cristallisés. Créé en 1970 par Francis Camail, le Patchouli de Réminiscence est rapidement devenu une référence en réponse à l’engouement et à la fascination populaire pour les senteurs venues d’Extrême-Orient à cette époque. Mais le patchouli en a fait les frais, à tel point que pendant un moment, le terme désignait à lui seul un parfum bon marché de mauvaise qualité, souvent synonyme de vulgarité. Pour ne rien rajouter au folklore déjà véhiculé par ce parfum, la maison le qualifie aujourd’hui de « L’âme de Réminiscence ». Et malheureusement, le folklore est fidèlement perpétué par l’odeur.
Non pas que la fragrance soit désagréable, mais elle a tous les atouts d’un parfum vendu sur le marché : le rendu sur la peau est bas de gamme et les matières utilisées n’ont pas grand chose de convaincant pour redresser la barre. Le départ est puissant, un peu confit et tournant autour de notes ambrées, vanillées. Le stade suivant évoque tout à fait l’ambiance hippie, squat, bougie, peace, love, aime ton voisin, encens et compagnie : une sorte de mélange camphré, boisé et légèrement fumé. Le fond n’aura plus rien à voir avec la tête : très sec, on sent surtout le cèdre qui domine et une très petite touche ambrée. Je me suis demandé tout au long où se trouvait vraiment le patchouli dans cette création. Entouré de différentes choses plus présentes que lui, il est timide dans ce parfum (ce qui est carrément un crime de lèse-majesté) et fait, il faut bien le dire, un peu cheap. Je ne dirais pas que ce parfum est raté… Mais il est à mon sens un peu hors sujet (en terme d’odeur), et pas vraiment de qualité.
Les massacres en règle du patchouli n’ont pas tous appartenu à la vague hippie. La mode du patchouli est revenue il y a quelques années pour le pire et le meilleur, et le champion toutes catégories dans ce domaine fut Monseigneur Angel, avec pas moins de 30% d’essence pure de patchouli dans la composition. Même s’il faut reconnaître à Thierry Mugler une audace et un formidable coup de maître à l’époque de son lancement, on est quand même bien loin de la beauté et de la force de cette matière. Mais en cherchant bien, on peut à nouveau redécouvrir et apprécier notre ami Patchouli lorsqu’on le traite avec respect. A suivre…
Lundi, c’est patchouli
14/04/08
Aujourd’hui nous sommes lundi, et le lundi, rime avec patchouli. Comme le mardi d’ailleurs, mais aussi le mercredi et le jeudi et même le vendredi! Tout ça pour vous dire que vous allez en avoir pour la semaine du patchouli, parce que Nez Bavard a repris ses investigations parfumées et serait ravi de vous faire partager ses découvertes… Rien de bien rocambolesque, mais comme le patchouli revient à la mode, je voulais faire un petit tour sur ce qui s’est fait et ce qui se fait aujourd’hui autour du patchouli. Le but ici a été de sélectionner des parfums soliflores (qui portent mal leur nom dans notre cas), dont la note est au centre du parfum, pour tenter de répertorier les différentes façons de travailler cette matière.

Commençons par la douce et belle musique d’ouverture de Bornéo 1834 de Serge Lutens. On conçoit souvent les fragrances construites avec du patchouli comme assez lourdes, je dirais presque vulgaires. Car, certes, le patchouli dégage une sensualité qui n’échappe à personne, mais en sélectionnant avec soin les participants, on se rend compte que cette note est bien plus fine que cela. Je trouve que l’interprétation de Serge Lutens en collaboration avec Christopher Sheldrake est à la fois très actuelle, et très fine. Par actuelle, j’entends que Bornéo 1834 est construit sur une note patchouli-cacao centrale, qui se veut plus ou moins en continuité d’une tendance à travailler cette matière de façon gourmande. Ici, bien que l’on soit en présence d’une vraie douceur culinaire, tout est fait pour que cet aspect ne remplace pas le caractère humide et terreux qui est si propre au patchouli.
Ce parfum s’étire entre la chaleur du bois, du cacao, du labdanum en fond et la fraîcheur humide de la feuille de patchouli qui rappelle un peu l’humus. En cela, je le trouve très équilibré, mais avant tout ce qui m’a marqué ici, c’est sa grande douceur et la formidable sensation de confort tranquille qu’il provoque. Je le trouverai presque discret, et en cela intime, ce qui au final n’est pas plus mal. En réponse à certaines autres créations de Serge Lutens beaucoup plus présentes et capiteuses, celui-ci est plus simple et plus tendre. Il n’est pas pour autant un parfum à réserver pour l’hiver, ses effluves sont présentes mais légères un peu comme une brise.
Bornéo 1834 et Muscs Khoublaï Khan sont les deux fragrances les plus désirables pour Nez Bavard chez Serge Lutens. Voir ici un article intéressant sur le créateur.
Bienvenue chez JAR
5/04/08
Par où commencer? Tout ceci est légèrement intimidant en vérité. Cela n’a rien à voir avec l’expérience que j’ai eue à la boutique de Jar Parfums, 14 rue Castiglione dans le 1er arrondissement de Paris, mais plutôt avec la façon dont je vais essayer de vous présenter cette maison et les quelques moments que j’ai passés à sentir ses parfums.
Pour la forme, je fais un petit résumé. Derrière JAR Parfums se cache Joël
Arthur Rosenthal, rendu célèbre dans le milieu de la joaillerie pour ses créations originales, particulièrement fines et travaillées et qui ne sont accessibles qu’à quelques privilégié(e)s dans le monde. Originaire de New York, il vit à Paris depuis une quarantaine d’années. Tant dans les bijoux que dans les parfums, Monsieur Rosenthal se démarque par sa discrétion et sa volonté de ne garder que de petites structures. Il n’existe actuellement que deux points de vente pour ses parfums dans le monde, l’un à Paris, l’autre à New York chez Bergdorf Goodman. Je me suis rendue à la boutique avec une amie qui souhaitait que je découvre ces créations, où elle avait connu « l’un de ses plus grand chocs olfactifs » m’avait-elle dit.
La boutique, vue de l’extérieur, est très discrète, si on ne s’approche pas, elle semble fermée. Pour moi, l’ambiance était parfaite. On entre dans une toute petite boutique (pas plus de 9m² selon mon estimation), recouverte du sol au plafond par un velours vieux mauve, sièges et mobilier accordés. La décoration est très sobre : 3 glaces sur chacun des murs, un lustre et 2 appliques de chaque côté des glaces. Au centre de la pièce, une table, sur laquelle sont posées 6 boîtes en verre contenant une peau de chamois imbibée de parfum. Le son est feutré, apaisant, on est entre la chaleur d’une bibliothèque et le raffiné d’un petit salon où prendre le thé. Accueillies par un grand jeune homme, nous nous asseyons pour découvrir les parfums. La présence d’un guide s’est très naturellement imposée dans ces conditions, là où généralement on a la sensation de déranger, de mettre une sorte de désordre dans un petit espace intime. Mais le spectateur (car on peut l’appeler ainsi) n’est là que pour sentir. Tous les gestes sont effectués par le démonstateur, qui nous guide : il ouvre une boite, tient le couvercle près de notre nez quelques instants puis referme, et cela 6 fois. Entre temps, on a le temps de réagir, de donner une première impression.
Il faut savoir que chez JAR, aucune information n’est donnée sur les parfums (hormis sur la concentration, les noms et les flacons), pas un seul nom de composant ne sortira de la bouche du maître des lieux. Le nom de chaque parfum est donné après l’avoir senti. Dans la mesure du possible, aucune influence extérieure ne vient troubler la sensation olfactive. Jardénia est celui qui se dévoile le plus, mais comme je n’ai aucun souvenir de gardénia, cela ne m’a pas tellement aidée. Ensuite s’engage la discussion, on ressent, on entend les noms, puis on essaye. Quelques gouttes d’extrait de parfum déposées le long du bras puis réparties par un léger massage à l’aide du goulot du flacon. La concentration en extrait est incomparable à toutes les autres. Même habitué à sentir en eau de toilette ou de parfum, le nez ne peut que saluer l’extrême délicatesse et supériorité de l’extrait sur la peau, qui se fond immédiatement à la personne qui le porte.
Le premier senti sera : Ferme tes Yeux. Je pensais ne pas être surprise et pourtant je le fus. Comme avec tous ceux qui suivirent, je me suis aperçue avec plaisir que la nouveauté était au rendez-vous. Plus agréable encore, je ne pense pas me tromper en disant que les matériaux utilisés sont en majorité naturels, que la construction s’inspire des vieux parfums, et que malgré cela, on est face à des parfums totalement différents qui ne ressemblent (à ma connaissance) à rien de ce qui se fait. Comme je l’expliquais dans le billet précédent, la nouveauté tient plus à l’impression qu’un sentiment unique (une ambiance, un moment, une émotion…) se trouve dans le flacon, qu’à une hypothétique nouvelle formule ou matière jamais-sentie. Voilà ce qui crée le vrai plaisir et la vraie sensation olfactive, car non seulement le sentiment ou l’histoire du parfum est singulier mais de plus la perception de chacun va être totalement singulière. C’est ce qui est criant chez JAR, et c’est à mon avis pour cela que l’on prend autant de précautions pour ne laisser la place qu’à la perception olfactive. Je n’ai de souvenirs précis que de Ferme Tes Yeux, Jardénia et Bolt of Lightning, ayant essayé ces deux derniers sur ma peau. Tous les 3 très différents, je pourrais passer encore des lignes à les décrire, mais je vais tenter d’être brève. Ferme Tes Yeux se rapproche de quelque chose de sombre, de terreux, avec une pointe animale. Jardénia retranscrit visiblement l’odeur du gardénia, mais sans le côté belle fleur opulente… On a, là aussi, un aspect assez sombre, mais plus humide, un peu comme des fleurs fanées. Bolt of Lightning a une ouverture très verte (galbanum? vétiver?) qui évolue vers un fond moins saisissant mais toujours frais et souple.
Les parfums sont exclusivement créés pas Joël Arthur Rosenthal de façon totalement libre, sans aucune contrainte, sans obligations, ni buts. Le démonstrateur nous a expliqué que le monde des odeurs occupait une place très importante dans la vie de son patron et que cette activité n’était qu’une activité de pur plaisir, la vente ne faisant pas vraiment partie des préoccupations de cet homme. Technique marketing ? J’en doute. J’ai lu sur un autre blog consacré au parfum, un commentaire d’une femme disant qu’elle ne voulait pas participer à cette stratégie marketing, trouvant particulièrement insultant que le créateur considère comme très secondaire son besoin de connaître les composants… J’ai ri à la lecture de cette phrase. Car elle résume assez bien l’incompréhension qui règne autour de cette petite marque et de toutes les démarches de ce type. Le fait que l’on ne puisse pas aborder ces parfums avec des moyens rationnels oblige celui qui sent à ne s’appuyer que sur des sensations très instinctives, ce qui visiblement dérange encore beaucoup de personnes. JAR Parfums, une marque bien trop prétentieuse et snob pour beaucoup (même parmi les amoureux du parfum)… mais qui présente et vend ses parfums comme les oeuvres qu’elles sont. Les prix sont prohibitifs ? Pour beaucoup de bourses oui. Rien ne vous empêche d’aller les sentir pour le plaisir.
L’ennui vous me direz, c’est que lorsque l’on a goûté au caviar, l’envie de retourner au surimi est toute relative, voire inexistante…
Lire un article intéressant sur JAR ici (en anglais).
De 285€ à 530€ les 30ml en Extrait de parfum.