Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour juin, 2008
Les Dix meilleurs de Poivre Bleu / Poivre Bleu’s Top Ten
27/06/08
Inspiré par l’initiative lancée par Ambre Gris, elle-même encouragée par Patty de Perfume Posse, Nez Bavard a décidé de se soumettre au dur excercice du classement de ses dix parfums préférés. Après moult réflexions, moi et moi-même avons abouti à ce premier classement :
1- Cuir Beluga, Guerlain L’Art et la Matière
2- Eau Noire, Christian Dior
3- Passage d’Enfer, L’Artisan Parfumeur
4- Voleur de Roses, L’Artisan Parfumeur
5- N°22, Chanel Les Exclusifs
6- Bornéo 1834, Serge Lutens Les Salons du Palais Royal
7- Kiki, Vero Profumo par Vero Kern
8- Rose d’Homme, Les Parfums de Rosine
9- For Her, Narciso Rodriguez
10- Vétiver Tonka, Hermès Les Hermessences
J’ai maintenant un petit jeu à vous suggérer. Ce classement a été établi en fonction de mes connaissances actuelles en parfums, c’est à dire en fonction de ceux que j’ai sentis et retenus. Mais je suis loin d’avoir tout découvert. Je vous propose de me laisser en commentaire le nom des parfums qui devraient selon vous être sentis (ou re-sentis) de toute urgence par Nez Bavard, et qui seraient susceptibles (pourquoi pas?) de rentrer dans le prochain classement de Poivre Bleu. Les meilleurs sentis après investigations seront analysés dans un billet!
Chanel : Coco Mademoiselle
23/06/08
Aujourd’hui était la journée parfaite du parfum T-shirt. Une belle journée à peine voilée, une légère brise qui file sur vos j
ambes, une paire de sandales et votre T-shirt blanc. Le tout parfumé avec Coco Mademoiselle. Conçu en 2001 par Jaques Polge, il a marqué le début d’un nouveau type de construction olfactive : les nouveaux chypre. En effet, contraints par la règlementation européenne de restreindre, voire d’annuler l’utilisation de mousse de chêne dans les compositions de chyprés, les parfumeurs ont dû s’adapter pour retrouver la sensation de matière fraîche et fusante puis dense et terreuse du parfum chypré. Je suppose qu’un substitut synthétique a pu être trouvé, ou bien plus simplement, que l’accord bergamote-rose-vétiver-patchouli a pris le pas sur le classique bergamote-rose-mousse de chêne-patchouli. Ce nouveau type de construction a été repris par la suite, notamment chez Narciso Rodriguez for Her, Agent Provocateur, Liaisons Dangeureuses de By Kilian, mais aussi chez Chanel avec Chance qui suivra 2 ans plus tard. Chance est d’ailleurs à mon goût plus abouti que son aîné, dont les accents sont plus doux et moins anguleux.
L’abandon de la mousse de chêne (nous en sommes tous désolés) donne un peu moins de profondeur aux créations chyprées. Cependant, cette contrainte a aussi permis d’alléger la composition et de la rendre plus lumineuse comme c’est le cas ici. Combiné à une puissante dose de musc blanc, le parfum est présent mais dans un aspect suave et arrondi. Coco Mademoiselle est l’illustration parfaite du parfum que l’on aime mettre après la douche, celui qui vous donne la sensation de rester propre tout en vous habillant. La publicité récente avec Keira Knightley illustre assez mal ce que je ressens lorsque je le mets. En effet, comme beaucoup de créations Chanel, Coco Mademoiselle n’est pas là pour être effacé et faire son timide, mais je lui trouve une simplicité et une fraîcheur douce qui ne s’accordent pas avec les attributs de soirée. Toujours est-il que l’on s’y sent bien dans ce parfum, comme dans son T-shirt.
Peut-être faut-il lui reprocher d’être un peu trop porté par les jeunes filles de bonne famille, des beaux quartiers, qui portent au bout de leur bras des sacs trop chers pour le commun des mortels et qui se parfument (s’il vous plaît) avec un Chanel, tout ce qu’il y a de plus respectable en somme. Mais le confort est à ce prix… Son succès est, quoiqu’il en soit, incontestable. Je ne sais pas s’il n’avait vocation au départ qu’a être un flanker de Coco, si tel est le cas, c’est certainement le flanker le plus rentable qui ait été lancé ces dernières années tant la gamme de produits dérivés s’est étendue. C’est un parfum dont la modernité a du bon, et qui me fait espérer encore de belles choses pour la parfumerie grand public.
Une note pour Poivre Bleu
13/06/08
Faut-il toujours avoir raison? Faut-il toujours faire rigoureusement attention à ce que l’on dit? Un peu de fraîcheur et de maladresse est-il si condamnable lorsque l’on parle de parfum? La question est posée. J’ai eu aujourd’hui le grand honneur et le plaisir de rencontrer Olivier Cresp, qui a participé à la confection du tout dernier Lancôme, prévu pour le mois de septembre. Nous reparlerons de la discussion que moi-même et Sixtine d’ Ambre Gris, avons eue avec lui.
Mais sa rencontre et ma lecture quotidienne des blogs ont soulevé chez moi des questions. Je manque de formation, je le sais. Et j’en souffre. Je
voudrais faire mieux, faire plus juste, ne pas me tromper, ne jamais me tromper. Parce qu’il n’est rien de pire pour moi, que de répéter des bêtises. Et je suis, autant que faire se peut, attentive à ce que j’écris. Je tiens à cela, parce que je tiens à ce que mes avis soient construits et aient une valeur aux yeux de celles et ceux qui les lisent. J’ai peu d’outils entre mes mains, mais ils sont là. Chacun a les siens, ce qui fait que 2 opinions sur un même parfum seront toujours différentes, c’est cela qui rend la critique riche, intéressante et constructive. Certains détails techniques ne sont connus que des parfumeurs eux-mêmes, ou des professionnels de la parfumerie. Les blogs doivent-ils répondre à une exigence d’exactitude? Est-ce bien leur rôle?
Mon avis est que non. Bien que je nourrisse tous les jours le désir de progresser et d’affiner mes avis, je ne souhaite pas devenir une sorte d’examinateur au jugement arbitraire qui ne serait plus capable de voir au delà des apparences. Je ne veux pas juger les idées, les interprétations, les impressions d’autrui. Je veux pouvoir confronter les sensations, les avis, les critiques, puiser dans les connaissances de l’un, de l’autre, pour aboutir à un tout plus riche que les parties prises individuellement. N’est-ce pas cela aussi blogger?
Journée contradictoire que celle que je viens de passer. Je suis un peu déçue ce soir, de voir que parfois, la maturité n’est pas forcément là où on l’attend, et que l’âge et les connaissances n’y font malheureusement rien. Mais Monsieur Cresp m’a fait le plaisir de parler de lui, de son métier, de donner ses impressions sur la parfumerie, et m’a montré qu’on pouvait parler à plus petit et moins aguerri que soit avec plaisir et conviction.
Voilà une petite analyse de moi-même, du chemin parcouru, et du chemin qui reste à parcourir.
Photo : Greta Garbo
Narciso Rodriguez : For Him
6/06/08
Je ne sais pas par quel type de procédés magiques le talentueux Francis Kurkdjian a su recréer un musc aussi criant de sensualité, toujours est-il que Narciso Rodriguez est un monstre en la matière. Après le succès du féminin, le couturier a appliqué la bonne
recette du « On prend les même et on recommence« . En 2007, Francis Kurkdjian refait une interprétation autour du musc égyptien cher au créateur.
Je ne sais pas trop ce que le terme « musc égyptien » recouvre. Cependant, lorsque l’on cherche les éléments qui peuvent rapprocher le masculin du féminin, on perçoit de façon assez nette le caractère assumé de la note sensuelle voire sexuelle du musc qui sert de pilier à la construction des deux fragrances. Le musc présent dans les deux compositions mêle un véritable aspect sécrétions (le côté sale et animal) à une certaine rondeur et douceur qui compense l’impression débraillée…
Il me semble cependant que le masculin est plus aventurier dans ce domaine. Le départ en bouquet aromatique annonce une construction assez classique de fougère, mais laisse rapidement la place à la feuille de violette et son aspect cuir râpé qui fait penser au nubuck. A ce moment de l’évolution, il me rappelle Tom Ford For Men avec une facette plus fraîche. La suite devient plus contrastée. L’offensive séductrice et aguicheuse dévoile une légère odeur de transpiration métallique, contenue par une note de fleur blanche, mais qui restera présente jusqu’à la fin. Le coeur s’aiguise et s’arrondit, le musc sort ses plus beaux habits accompagné très discrètement par l’ambre. Sur le fond, le patchouli nous entraine comme lui seul sait le faire dans son lit de terre humide et fraîche, et continue de tanguer avec ce musc coquin décidément infatiguable. On terminera par ce long stade boisé-musqué-frais, qui s’étire sur la peau chaude apportant le contraste. On se souvient aussi du fond de patchouli dans For Her, mais qui était beaucoup plus moelleux et miellé.
Narciso Rodriguez For Him a les atouts d’un beau classique masculin, mais avec une vraie part de nouveauté inattendue et de risque. Bien que pour moi il charrie une grande dose de sensualité, jamais ce parfum ne tombe dans l’excès. Il reste fin et classe et surtout assez frais, ce qui le rend proprement irrésistible. A tel point que j’éprouve un plaisir non dissimulé à le porter et le sentir se dévoiler sur ma peau au fil des heures.