Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour juillet, 2008
Poivre Bleu prend ses quartiers d’été
23/07/08
Il est l’heure de prendre un peu de repos pour Nez Bavard. Je vous laisse à vos flacons et échantillons, je serai de retour en août pour la suite de nos aventures. D’ici là, passez tous d’excellentes vacances!
Investigations en terres masculines V
18/07/08
Jean-Paul Gaultier : Le Mâle
Pourquoi parler d’un parfum si largement connu et plébiscité par la gent masculine, me direz-vous ? Et bien, parce que je l’ai redécouvert sur moi et que j’ai apprécié la sensation de nouveauté qui s’en dégageait. Oh rien de vraiment renversant, mais assez pour me convaincre que les femmes devraient l’essayer aussi (bien qu’elles le fassent déjà).
Créé en 1995 par Francis Kurkdjian, Le Mâle a été très rapidement un immense succès et figure désormais tous les ans dans les 10 meilleures ventes de parfums (masculins) en Europe. Après quelques années de totale-Mâle-attitude, on le sent un peut moins dans la rue désormais. Avant de réellement l’essayer, j’en avais une idée assez vague, je me souvenais seulement d’un parfum suave avec un côté frais rappellant la mousse à raser. De ce côté, le contrat a été bien rempli, puisque Jean-Paul Gaultier souhaitait un parfum qui évoque les échopes des barbiers. Je le trouvais dérangeant les premiers temps, parce que dans ce parfum se confrontent deux univers qui a priori n’ont pas grand chose en commun. D’un côté, on retrouve les classiques fougères des années 80, avec leur overdose de virilité poilue et musclée ; de l’autre côté, une avalanche de vanille, de fève tonka (héliotropine), se distingue très tôt, peu de temps après la giclée de menthe poivrée en tête.
Ce parfum me fait penser à un produit bi-phase (comme certains démaquillants) qu’il faut secouer fort pour obtenir une préparation étrangement trouble et dense. Lavande, menthe, cèdre et bergamote forment un bloc ; fleur d’oranger, cannelle, fève tonka et vanille viennent s’y frotter. La fragrance pourrait avoir un léger côté criard, mais le résultat est tout de même bien orchestré et finira par vous laisser perplexe. On a alors un aspect masculin-féminin du même acabit, deux forces contraires qui s’affrontent mais, qui, lorsqu’on les pousse un peu, s’accommodent très bien l’une de l’autre. Peut-être ce parfum a-t-il été une habile façon de réconcilier ces deux côtés présents chez les hommes, et maintenant chez les femmes… ?
Voilà qui clot la série de billets sur les parfums masculins portés par les femmes. La liste est encore loin d’être finie et il y aura sûrement des reéditions. Nez Bavard tentera l’exercice inverse le plus tôt possible, mais cela va forcément dépendre des cobayes et des témoignages recueillis dans ses prochaines missions.
Investigations en terres masculines IV
17/07/08
Annick Goutal : Duel
Un parfum d’été souffle entre vos doigts et décoiffe vos cheveux. Vous marchez sur un chemin de terre, vos pieds sont gris de poussière et toutes les touffes de plantes autour de vous sont sèches et blondes. Vous voilà maintenant allongé dans les herbes hautes, à regarder les nuages passer. Non, vous ne rêvez pas, vous portez Duel.
Duel est une surprise inattendue. N’affectionnant pas particulièrement les créations chez Annick Goutal, je ne pressentais rien de folichon à la découverte de ce parfum. Et bien j’avais tort ! (Comme souvent, mais pas trop quand même). Duel semble très classique au premier abord, un départ hespéridé puissant, quelques pointes de néroli qui font rapidement penser à une Cologne. Mais c’était compter sans le concours du petitgrain, du maté, du foin (et de son amie la coumarine), et des muscs relevés par un léger accord cuir. En effet, lorsque le parfum est devenu intéressant, j’ai d’abord senti un accord de thé, qui me faisait penser à du Earl Grey. Mais quelque chose me dérangeait. Le thé s’est révelé être l’accord de maté, une boisson traditionnelle d’Amérique du Sud préparée avec le Yerba Maté ayant des vertus excitantes comme le café. L’odeur est légèrement amère et rappelle celle du thé et du foin. Rarement utilisé en parfumerie (ou peu évident), je l’avais déjà rencontré dans Comme des Garçons 2, emmitouflé dans des volutes d’encens. Ici, le côté thé fraîchement infusé de la plante est beaucoup plus en avant et il entretient la sensation fraîche du départ, faisant durer la bergamote.
Mais, comme souvent, c’est le fond qui achève de vous conquérir. L’accord foin sort de sa grange et vous donne l’impression de grimper sur les ballots de foin empilés dans les champs. On se dévergonde un instant avec une bonne dose de musc et l’animalité du cuir, mais tout en restant très distingué grâce à la présence de l’iris qui apporte sa beauté brute. Duel porte en lui la dualité annoncé par le titre, un homme, une femme, peu importe finalement…
Disponible dans toutes les boutiques Annick Goutal et grands magasins, 100ml 72€
Investigations en terres masculines III
16/07/08
Les parfums de Rosine : Rose d’Homme
Voici la preuve flagrante que les fleurs aussi vont très bien aux hommes, ce qui fait que les femmes auront encore moins de scrupules à s’approprier Rose d’Homme. Car aussi surprenant que cela puisse paraître (pour un masculin), on ne peut pas passer à côté de la rose présente dans ce parfum parce que c’est elle qui charpente toute la construction.
Opulente, épaisse et parfumée, elle est apparente dès le départ dans un bain citronné. Fraîche dans les premiers temps car accompagnée des effluves humides du patchouli, elle deviendra au fur et à mesure de l’évolution de plus en plus sèche avec quelques sursauts de rondeur. C’est la lavande qui entame la marche, et qui lui donne un air classique. Mais entre ses pétales denses, je devine une présence poivrée et épicée, une pointe de cannelle et peut-être une trace de clou de girofle. Mais voici le coeur, un coeur qui hésite entre les aspects fusants du vétiver et la force enivrante de la rose et du jasmin qui apparaît maintenant, mais pour trop peu de temps malheureusement. Le cuir enveloppe le tout, un beau cuir « pleine fleur » (c’est le cas de le dire) souple et distingué. Le sillage est puissant et très présent sur la peau.
Le fond est une sorte de pain d’épice à la confiture de rose, l’avalanche de sucre en moins. Et puis, d’un seul coup, le cuir se fait plus rêche, le sec et le crémeux du vétiver, du patchouli et de la vanille se mêlent, donnant à la rose, si puissante quelques instants plus tôt, un air plus discret et réservé. Le fond oscille maintenant entre la vanille, les épices, le cuir et bien sûr les bois.
L’originalité de ce parfum réside dans la surdose de rose, qui le rend très agréable à sentir sur peau d’homme, et peu commun en ce sens. Pour autant, il n’a rien d’ennuyeux sur peau de femme car à ce moment, c’est la présence affirmée du cuir et des bois qui apporte la surprise et lui donne une autre dimension.
Disponible dans la boutique du Palais Royal, 105 Galerie de Valois, 75001 Paris. 50ml et 100ml, 70 et 90€
Investigations en terre masculines II
15/07/08
L’Artisan Parfumeur : Fou d’Absinthe (encore L’Artisan!?? Oui, oui… encore)
Fou d’Absinthe créé en 2006 par Olivia Giacobetti (fidèle à la maison) marqua l’arrivée chez l’Artisan de la première Eau de Parfum pour un « masculin » présenté comme tel. A la description des notes, on s’attend à des notes assez fraîches et aromatiques, un charmant cocktail pour les séducteurs. Résultat, nombreuses sont les femmes qui portent et achètent pour elles-mêmes le Fou d’Absinthe.
Ce parfum porte bien son nom, car comme le breuvage, ses accents de départ sont presque saoulants, comme peut l’être une eau-de-vie. Cela vous réchauffe tel un verre de liqueur et vous désaltère comme un verre de pastis. « Fou d’Absinthe pour vous servir Madame! »
Les premières gorgées sont comme une accélération brutale et puis l’instant d’après, lorsque l’on reprend ses esprits, arrivent les senteurs fraîches des plantes : absinthe (et son amertume), laurier, anis, menthe. Ces plantes bien que très rafraîchissantes, semblent s’enflammer sur la peau et diffuser une odeur sourde de fumée qui s’échappe d’un feu (pour aller nourrir les dieux). Pendant que se consume le feu, les parfums des bois de patchouli et de cèdre fusent eux aussi. Mais plus que tout, c’est la douceur de la sève de pin, le piquant, le sec de ses aiguilles et la blancheur de son bois qui vous transportent dans une forêt où chacun de vos pas réveille une odeur merveilleuse. L’aspect mentholé et anisé du parfum est légèrement sucré, comme un sucre parfumé d’une goutte d’eau de mélisse, mais seulement pendant une petite heure. Le contraste chaud-froid ne disparait jamais, et pour peu que la brise se lève, en fermant les yeux, on se croirait à la campagne dans les Landes. Enfin, pour que le fond soit des plus fins, les épices (poivre, muscade, clou de girofle) sortent et apportent la touche finale à ce breuvage.
Fou d’Absinthe s’apprécie effectivement comme un alcool fin, parfumé et délicat, et bien que son évolution soit plus lente sur la peau qu’en bouche, il a réellement cet aspect puissant et dense du spiritueux. J’en profite tout de même pour vous rappeller que l’abus d’alcool est dangeureux pour la santé. La pose moralisatrice étant passée, je peux vous dire que par les temps d’été, si vous n’avez pas la chance de partir, porter ce parfum sera un puissant outil évocateur pour vous permettre un peu d’évasion en moins de 30 secondes.
Disponible dans toutes les boutiques Artisan Parfumeur et grands magasins, 50 et 100ml, 70 et 100€
Investigations en terres masculines I
14/07/08
Nous le savons bien, le sexe en matière de parfum n’existe pas vraiment. Il ne correspond à aucune réalité olfactive, malheureusement, même lorsque l’on est averti, le réflexe d’aller piocher dans la rangée du sexe opposé n’est pas forcément automatique. C’est pourquoi Nez Bavard s’est vu confier une petite mission par les Services Secrets Parfumés. Etablir une liste de parfums dits « masculins » qui pourraient être portés par les femmes. Selon le succès de sa mission, il se prêtera à l’exercice inverse. Nez Bavard a donc repris avec grand plaisir ses investigations, voici cette semaine l’exposé de son rapport.
Chanel : Egoïste
Comme beaucoup de femmes avant moi, Egoïste est le premier masculin que j’ai eu envie de porter. Chanel a délibérement cherché à donner un aspect androgyne à ce parfum. D’ailleurs la publicité de 1990 nous le montre, avec toutes ces femmes maudissant le rustre mâle qui garde pour lui cette fragrance sensuelle et délicieuse. Cela dit, personne n’est obligé de dire à Jules qu’on lui a piqué son parfum parce qu’il sent vraiment bon, et qu’en plus il nous va particulièrement bien. Soyons clair, ce parfum est parfait sur peau de femme comme sur peau d’homme. Nous ne sommes pas encore dans la dérive alimentaire et le power sugar qui suivra quelques années plus tard, mais il développe avec douceur et finesse un aspect sucré qui picote gentiment le bout de la langue.
Le départ pétillant (mandarine) devient rapidement aromatique épicé avec la coriandre et surtout l’entrée en scène quasi immédiate de la cannelle. Celle-ci, très justement dosée, n’a rien d’écoeurant mais est assez puissante pour faire presque passer inaperçues les notes fleuries de rose et d’oeillet. Il se développe bien un aspect poivré-aromatique : il me semble presque deviner une pointe de lavande qui restera présente très longtemps sur la peau alors que la fragrance prend une tournure de plus en plus chaude, plus sèche et dans le même temps plus miellée : le santal, la cannelle, la vanille et l’ambrette se partagent la scène, avec une petite supériorité de la cannelle et de la vanille sur ma peau. Le fond s’éternise pour notre plus grand plaisir. Egoïste est bien un Chanel, difficile à décrire, dense plutôt mystérieux et agréable à porter. Il ne se dévoile qu’à peine, mais on sent, sous ses airs de séducteur sage, une sensualité et un charme sans limite…
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L’Artisan Parfumeur : Dzongkha
10/07/08
Entre Dzongkha et Nez Bavard la passion est née… Le ravissement est total, le charme opère et atteint avec une incroyable justess
e tous les recoins de l’âme qui succombe. Qui d’autre que Dzongkha vous parle aussi bien, vous fait rêver d’aventure chaque minute, vous montre que vous êtes unique et vous assure que vous vivez une histoire différente de toutes les autres avec lui ? Oui, c’est vrai, peut-être qu’il aura fallu un peu de temps pour vous connaître et vous comprendre… Mais une fois que la vérité saute aux yeux, la foudre tombe, la passion se déchaîne dans votre ventre et tout ce que vous vivez devient plus coloré, la seule chose dont vous rêvez désormais est de rester nuits et jours aux côtés de votre bien-aimé.
Voici les mots qui me viennent pour décrire ce chef d’oeuvre de L’Artisan Parfumeur. Dzongkha désigne le dialecte tibétain qui est la langue officielle au Bouthan, petit pays posé en haut des montagnes himalayennes entre la Chine et l’Inde. Composé par Bertrand Duchaufour à l’occasion d’un voyage effectué dans ce pays, il est le 3e opus de la séries des « Odeur volée par un parfumeur en voyage ». Bien que ce parfum retrace une ambiance que je ne connais pas, et parle d’un pays que je n’ai jamais visité, il me semble que je raconte une histoire personnelle avec cette fragrance, plus qu’avec d’autres. C’est vrai avec tous les parfums, le porteur est l’ingrédient final qui donne vie à la composition. Mais rarement le langage d’un parfum a été aussi clair à mon esprit. Il parle du corps avec ses accents puissants de cuir, de l’esprit avec l’encens, de la nature avec ses touches boisées et épicées qui semble imbiber votre chair comme si votre corps étaient fait de tous ces éléments.
Le départ surprend par l’aspect aiguisé de ses premières notes, une cardamome fraîche et piquante, rattrapée l’instant suivant par les volutes de thé noir fumé et d’encens. Et puis cette chaleur, cette chaleur sèche qui ne cesse de vous envelopper tantôt boisée (cèdre, vétiver) tantôt cuirée, tantôt épicée… Cette chaleur est légèrement radoucie par la présence de l’iris, qui jette un léger voile entre l’âtre brûlant du coeur de Dzongkha et votre nez. Cependant, ne nous méprenons pas, Dzongkha n’a absolument rien d’un parfum lourd, épuisant et difficile à porter. Le temps doux le sublime dans tous ses aspects mais il n’est pas à proscrire par temps chaud car ses notes bien qu’enveloppantes n’ont rien d’étouffant et d’opaque. La sensation qu’il procure lorsqu’on le porte est très particulière si bien qu’on y revient toujours assez régulièrement.
Disponible en grands magasins et boutiques l’Artisan Parfumeur, 50ml et 100ml (65 et 90€)