Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour janvier, 2009
Caron : Aimez-moi
31/01/09
Hier, accompagnée d’une charmante acolyte droguée aux parfums comme moi, j’ai passé une après-midi frénétique à pschitter tout ce qui pouvait s’apparenter à un flacon de parfum. Souvent lorsque je sors pour aller sentir les nouveautés ou que je fais une ballade parfumée, je ne reviens pas forcément satisfaite, puisque sentir beaucoup de choses dans un laps de temps court n’est pas la meilleure façon d’approfondir chaque création. Mais il arrive (heureusement) parfois que certains alors sortent encore mieux du lot.
Je connaissais déjà Aimez-Moi depuis un petit moment avant de le re-sentir hier ; il m’intriguait, mais je n’avais jamais pris le temps de l’approfondir. Je savais juste que je le trouvais vraiment différent et même un peu bizarre. Comme souvent en pensant à Caron, je m’attendais à redécouvrir un parfum datant de plusieurs dizaines d’années voire un bon demi-siècle et j’ai presque été déçue lorsque j’ai appris qu’il datait de 1996. Ce parfum donne une impression de modernité assez saisissante, mais correspond tellement bien au patrimoine de Caron que je n’aurais pas été surprise qu’il soit plus vieux (il n’en aurait été que plus respectable). Il semblerait cependant qu’Aimez-moi se soit inspiré du plus ancien, N’Aimez Que Moi datant lui de 1916.
Composé par Dominique Ropion (auteur entre autres, de Kenzo Jungle L’Eléphant sorti lui aussi en 1996 et de Alien de Thierry Mugler), Aimez-Moi démarre sur une tête vraiment spéciale. A côté de la description officielle, je sens une sorte de jus de poire mentholé et laiteux. J’ai eu du mal à identifier cette forte impression de lait (que j’avais eue dès les premières fois) qui se poursuit longuement dans l’évolution du parfum et qui est créée finalement par une association héliotrope – violette – iris. J’avais l’habitude de sentir l’héliotrope lourde, un peu grasse (Héliotrope de L.T. Pivert) et surtout beaucoup plus poudrée (Eternity de Calvin Klein ou encore L’Heure Bleue de Guerlain). Elle est ici bien plus légère et fraîche (un aspect liquide) que dans d’autres compositions où elle est plus souvent employée pour apporter une note poudrée ou amandée assez compacte. Je ne l’avais d’abord pas décelée, car ici, le côté poudre d’amande est associé à la menthe en tête puis à un bouquet de fleurs en coeur : jasmin, rose, magnolia, violette, et enfin à un iris (racine) en fond. On a donc une héliotrope différente des autres, elle se fait plus liquide que crémeuse, plus douce que vraiment poudrée.
La violette m’a donné la même impression. J’ai l’habitude de dire que je n’aime pas la violette, car je lui trouve un côté affreusement daté quoique je fasse, c’est d’ailleurs pour cette raison que je n’apprécie pas Insolence de Guerlain. Il se trouve que dans Aimez-Moi, la violette n’a pas, elle non plus, ses attributs poudrés habituels : elle s’apparente plus ici à une violette cueillie au petit matin et qui porte encore sa rosée. Finalement, rien n’est conventionnel dans ce parfum, et c’est ce qui le rend tellement intéressant. L’héliotrope est fluide, la violette est fraîche, l’iris est travaillé sur le côté racine (et non poudré), le jasmin et la rose sont présents mais ne développent pas le côté fleuri capiteux d’un Joy de Patou. Le fond en aura fini de me convaincre. Le baume Tolu qui est ici utilisé développe une rondeur et une douceur vanillée proche du benjoin et de l’ambre mais de manière beaucoup plus subtile. Il apporte la petite touche sucrée du parfum, comme un sirop.
Chaque facette de chaque matière a été travaillée de façon à ce que la matière en question soit reconnue tout en s’appliquant à créer une sensation fraîche (qui ne veut pas dire légère ou volatile). Il reste que finalement, le côté poudré existe puisque les ingrédients utilisés ont naturellement cet aspect, mais il n’est pas exploité dans Aimez-Moi. Cela s’apparente presque à du détournement de matière première, parce que tous les éléments cités sont reconnaissables mais font démentir tous les lieux communs qui existent à leur sujet. C’est à mon avis ce qui le rend si moderne et si étonnant. C’est la première fois que je crois déceler la volonté ou l’idée qu’a voulu développer un parfumeur dans une création. Il pourrait parfaitement convenir à une jeune fille, mais il n’a rien non plus de spécialement jeune ou guilleret, c’est simplement un parfum unique. Il s’apparente pour moi à la catégorie des parfums addictifs, mais pas du tout dans le sens des parfums puissants souvent régressifs comme le Dior Addict ou le Lolita Lempicka. Il est addictif parce qu’on a envie de le porter, on a envie de sentir (comme) Aimez-Moi, plus que d’avoir besoin de sa dose pour être rassurée et calmée. A la fin de la journée, on le sent très bien, mais il sent la peau. Une peau un peu sucrée et laiteuse qui ne demande qu’a être embrassée.
La redécouverte de ce parfum m’a rappellé, à moi et à la personne qui m’accompagnait hier, à quel point le patrimoine de la maison Caron était essentiel pour la parfumerie française et la parfumerie en général. Malgré les reformulations dont on a beaucoup parlé sur les blogs, les parfums Caron restent des parfums qu’il faut connaître, car ils ont marqué leur époque et ont, au même titre que Guerlain, écrit une page de l’Histoire de la Parfumerie. Malheureusement, la marque semble empâtée dans un univers figé qui ne sait comment évoluer et quel chemin prendre pour changer et se mettre au goût du jour. L’idée n’est pas de se mettre à sortir des flankers et des nouveaux jus à tour de bras comme on le voit un peu chez Guerlain désormais, mais plutôt d’assurer à cette marque un avenir. Leur clientèle ne se renouvelle apparemment pas vraiment, et ce n’est pas étonnant, vu l’esthétique baroque des boutiques et l’aspect rétro-qui-a-mal-vieilli des packagings. En attendant de voir les choses évoluer dans un sens ou dans l’autre, je ne peux que vous encourager, chers lecteurs, à prendre le temps de découvrir leur gamme de parfums riche en classiques et surprises inattendues.
Notes : Bergamote, Anis étoilé, Menthe, Cardamome, Violette, Magnolia, Jasmin, Rose, Iris, Héliotrope, Baume Tolu, Vanille.
Photos par Arthur Fellig dit Weegee. Prise par infra-rouge au Palace Theater en 1943.
Taggée pour la nouvelle année!
25/01/09
Résolution, résolution quand tu nous tiens… Noisette m’a attrapée dans sa coque, alors je vais répondre à sa question : « Alors Nez Bavard??? C’est quoi tes bonnes (mauvaises, rigolotes, inutiles, ecombrantes, irréalisables…) résolutions pour 2009? Raconte! »
Bah euuuh, en fait, je n’y avais pas vraiment réfléchi jusqu’à aujourd’hui, mais bon, on est le 25 janvier, donc je peux encore m’y mettre. Plus que des résolutions, je vais dire ce que j’aimerai pour cette année:
- Faire ce que j’avais dis que je ferai l’année dernière (ça commence bien…)
- Réussir dans mes études et avoir mon concours (oui, parce que je passe un concours cette année)
- Faire aboutir mon projet de perfectionnement olfactif pour enfin retrouver le goût de l’analyse des parfums
- Et par là même, recommencer à écrire… (oui je sais, je le dis tout le temps)
- Me remettre à l’allemand (parce que j’adore les allemands et l’Allemagne)
- Faire de l’escalade en falaise cet été
Voilà, en gros, ce que j’aimerai pour 2009. Comme chaque année, j’aimerai qu’elle soit différente de toutes les autres (et c’est sûr qu’elle le sera), mais particulièrement cette année, les enjeux sont importants pour moi. Alors, Dieu ou La Chance ou La Fortune ou Ma bonne étoile, si tu m’entends, s’il te plait penche-toi un peu sur mon cas, et aide-moi à faire tout ça…
Et en bonne bloggeuse que je suis, je passe le relais à Nathalie et Véronique des Ateliers du Parfum, à Sixtine d’Ambre Gris, à Méchant Loup d’Olfactorum, à Denyse de Grain de Musc et à Furoshiki de Furoshiki Blog (et aussi à Jeanne d’Auparfum, si elle trouve le temps et la place de parler de ses bonnes résolutions sur le forum).
Réflexions et spectre olfactif de la journée
18/01/09
Ce matin en me réveillant, j’ai traîné dans mon lit, pour humer avec plaisir le parfum rassurant de mon oreiller… Je me suis décidée à faire une petite expérience, j’ai relevé tout au long de la journée l’ensemble des odeurs que j’ai croisées. Décidée à faire ma petite virée hebdomadaire chez Sephora, j’ai retrouvé en m’habillant, l’odeur de White Musc qui restait sur un de mes pulls et l’odeur de Tubéreuse de l’Artisan Parfumeur sur mon écharpe.
En sortant, j’ai trouvé l’odeur du froid, du vent et celle, bien particulière, de l’air lorsqu’il a plu et que le soleil est ressorti. Petits pas… Je suis ensuite montée dans le 28, et suis rentrée quelques secondes dans le sillage d’une dame, sans reconnaître son parfum. Mais j’ai souri. Parce que le 28 était la ligne de bus que j’avais l’habitude de prendre lorsque que je me rendais au Printemps pour travailler. Je la prenais d’un terminus à l’autre alors j’y ai pris mes petites habitudes, et comme j’ai toujours aimé penser en déplacement, cela m’a rappelé les heures que j’ai passées dans ce bus à refaire le monde (de la parfumerie). Sur le trajet, une jeune maman aux mains sèches a sorti un stick Dermophil nourrissant pour les mains, qui avait une drôle d’odeur assez puissante du type Carmex, mais ici je n’ai pas reconnu de camphre.
A ce moment là, il m’est apparu utile de commencer à noter ce que j’avais senti jusqu’ici, et en ouvrant mon agenda, les effleuves du papier d’Arménie (nouvelle version) que j’y ai collé sont sorties. Puis, me penchant pour écrire, j’ai reconnu cette odeur bizarre que prennent les cheveux en ville quand il y a beaucoup de vent, c’est assez indéfinissable mais très particulier : froid et métallique. Mon stick dermophil à la vanille a soulagé mes lèvres mais m’a rappellé avec le plus grand bonheur une année de colonie de vacances ou j’avais acheté à 10 ans, ma première bouteille de parfum bon marché à 12 Fr. Un excellent parfum, élaboré autour de la note abricot-vanille que toutes les petites filles de 10 ans ont acheté un jour… Je me suis surtout souvenue de cet été, de la chaleur, de mes sandales et de l’odeur de la poussière sur les chemins en terre. Et me suis dis qu’il me tardait qu’il recommence à faire chaud…
Arrivée chez Sephora, j’ai été surprise de ne pas être irrémédiablement agressée par l’habituelle cacophonie d’odeurs qui règne dans ce magasin, peut-être ont-ils amélioré la ventilation. Rien de très nouveau sous le soleil à part un Guess dont j’ai déja oublié le nom et deux nouveaux splashs chez Marc Jacobs, Fig et Gardénia, plutôt réussis avec une préférence pour Gardénia. J’ai essayé Sel de Vétiver (The Different Company) et White Patchouli (Tom Ford) qui m’intéresse, mais me rappelle sans cesse le plastique de mes protège-cahiers en primaire… Je ne sais pas si c’était vraiment l’effet voulu mais j’aime bien ce côté différent et un peu dérangeant. Moins bon que Black Orchid, mais c’est vrai que c’est difficile de passer après une diva.
Mon impression générale en ce moment, est que j’ai beaucoup plus tendance à me faire plaisir du côté des parfums pour hommes que chez ceux pour femmes. J’ai l’impression que les grandes marques tournent toujours autour des même thèmes de fleuris… ambrés… je suis un peu lassée. Même s’il reste des nouveautés à étudier en parfumerie féminine ; chez les hommes (bien que le parfum n’ait pas de sexe), j’ai la sensation qu’il y a plus de liberté et plus de chemin à parcourir… C’est vrai, quand va-t-on voir des fleurs chez les hommes? Et moins de fleurs chez les femmes? Cette idée m’a rappellé une remarque que m’avait faite le vendeur de JAR lorsqu’il a présenté Jardénia : « Pour le créateur, cette fleur est presque salée… » et on voit Marc Jacobs sortir un splash avec la même fleur, mixte comme de coutume. C’est donc bien que les fleurs ne sont pas forcément synonymes de féminité et de formes plantureuses. Tout est une question de travail de matière et de la sensation olfactive que l’on veut rendre. On se souviendra sans doute, comme on l’a beaucoup lu, qu’au moyen orient, les hommes se parfument avec de l’essence de rose… Des références existent déjà dans les deux cas (sans parler des parfums de niche) mais je rêve de plus de diversité, de changement aussi. Les choses ne sont pas simples et il faut savoir ouvrir les portes au bon moment, mais je crois que le public est prêt, que les codes changent, à en croire l’engouement que connaissent et vont connaître les marques de niche. Et il me semble que la communauté parfum qui s’est créée sur internet sera là pour en témoigner… Qu’en pensez vous?
Photo par Poivre Bleu