Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour juillet, 2009
By Kilian : Back to Black
29/07/09
Back to Black / Aphrodisiac est la prochaine création à paraître de By Kilian. Celle-ci sera disponible en septembre dans les différents points de ventes habituels. Vous pourrez alors facilement faire porter le chapeau à La Rentrée pour faire avaler à votre porte-monnaie rabat-joie, que vous avez absolument besoin d’un nouveau parfum pour bien recommencer le travail…
Back to Black a donné du fil à retordre à Nez bavard. En effet, celui-ci est alternativement perçu comme un ambré-boisé ou comme un tabac, mais tout au long du parfum, les impressions et les références olfactives se bousculent, ce qui rend sa lecture plus ou moins ardue.
L’entrée en matière me fait purement et simplement penser à un verre de cognac. C’est dans ce départ que l’on sent le plus la filiation entre les parfums By Kilian et l’univers des spiritueux. C’est dense, liquoreux, chargé d’arômes fruités, boisés et ambrés qui promettent de se déployer fastueusement sur la peau. Passée la première giclée de liqueur fruitée qui me fait personnellement penser à de la prune, le parfum se recouvre rapidement d’une couche de poudre de chocolat Van Houten, un peu amère (pour le pouvoir aphrodisiaque peut-être…).
La touffeur chocolatée aurait presque des accents de cuir, et l’on sent dans le coeur de la fragrance une référence au Bornéo 1834 de Serge Lutens. Il y a chez By Kilian un accent beaucoup plus prononcé sur les fruits et sur une rondeur chocolatée qui est présente chez Bornéo mais dans un écriture plus sèche. Le patchouli a bien sûr plus de place dans la création de Serge Lutens, chez By Kilian il sert à renforcer une note sensuelle très suave et très riche. La comparaison vaut vraiment le détour, car ces 2 parfums semblent presque se compléter et développent conjointement une atmosphère dense et enveloppante, un peu poudrée. Mais là où Bornéo s’engage fermement dans une cave de bonheur patchoulité, la liqueur fruitée de Kilian s’étire et poursuit son chemin dans une image de petits raisins secs gonflés de rhum et d’épices. J’ai vaguement l’intuition d’une fleur (peut-être une lavande?), mais très légère, visible seulement à travers un filtre ou un brouillard de miel épais.
Dans les derniers stades, le parfum semble vouloir tirer vers l’univers du café sans vraiment y parvenir. La référence est présente ainsi que les facettes de l’odeur du café (chocolat, vanille, tabac), mais le personnage principal est absent. Les volutes finales s’accordent cependant assez bien autour de ce thème. La tasse de café-vanille n’est pas loin, posée à côté de la pochette de tabac à odeur de miel, pendant que des lèvres rouges mordent dans un carré de chocolat noir à la framboise (très nette sur ma peau). La tasse finie, il reste une couche de miel foncé (celui des fleurs de montagne), encore une fois riche et épais qui s’en va doucement mais sûrement vers un fond de miel ambré-fumé.
L’évolution est résolument séduisante, avec ce qu’il faut d’attendu et de surprenant. J’ai pour ma part beaucoup apprécié le travail réussi autour des notes sucrées qui ne sombrent jamais dans de la confiture over-lourde, alors qu’il aurait pu être dangereux de travailler à la fois les fruits (dont une framboise très réaliste), le chocolat et le miel… Et pourtant, ma peau a tendance à faire ressortir cet aspect dans les parfums.
A découvrir donc pour les amateurs de fruités intelligents aimant les univers changeants mais affirmés.
Serge Lutens : Fourreau Noir et Fille en Aiguilles
26/07/09
Ma première rencontre avec les 2 derniers opus de Serge Lutens fut assez expéditive, un amateur de parfum ayant eu la gentillesse de nous les faire essayer sur touches à moi ainsi qu’à d’autres bloggers.
Ma sensibilité personnelle tomba d’abord sous le charme (évidemment) de Fille en Aiguilles. Un délice d’arrogance et d’élégance. Des matières en surdose, du corps, de la profondeur, du Lutens signé. Bref, de quoi ravir Nez Bavard. Fourreau Noir à côté restait un peu discret et un peu trop propret sur le carton pour faire un véritable effet et me transporter ailleurs. Apprenant que c’est ce dernier qui allait sortir dans la collection des Salons du Palais-Royal, alors que Fille en Aiguilles, lui, sortirait pour la gamme export, je suis restée un peu perplexe.
Mais sur la peau, toujours, il faut essayer.
Fille en Aiguilles tient ses promesses jusqu’au bout. Une pinède entière se trouve sur vos poignets, vous entendez au loin le sac et le ressac de la mer… Il fait bientôt nuit,vous êtes assis autour d’un feu de bois, dans lequel vous jetez des aiguilles de pin et d’où s’élèvent des volutes d’encens délicat. C’est dans ce parfum que j’ai trouvé la plus belle reconstitution de l’odeur d’église, celle d’un mélange d’encens et de cire de bougie, celle qui imprègne les pierres, les bancs et la lumière. Avignon de Comme des Garçons offre lui aussi une belle représentation et ce fut ma première référence en matière d’odeur d’église, mais il se trouve au coeur même de l’encensoir, alors qu’ici on se trouve plus dans l’atmosphère et l’évocation. La douceur balsamique de la sève de pin s’étire sur votre peau, recouvrant l’encens et le vétiver. Un parfum qui vous demande toutes les heures ce que vous pouvez bien faire à Paris…
Fourreau Noir est une autre histoire. Celui-ci n’évoque plus un lieu mais bien une peau. On est d’ailleurs quasiment immédiatemment précipité dans l’accord de fond qui se contruit autour d’un musc poudré et blanc (le même que celui de Kiki dans Vero Profumo) et d’une fève tonka épaisse. Pas de spectaculaire ou de théâtral : la fragrance est douce, caressante, elle reste proche et intime à la peau. Elle développe un moment un stade qui fait penser au Mâle de Jean-Paul Gaultier : une touche de vanille, un musc poudré et une friction de lavande fraîche plus tard, on retrouve l’évocation d’une peau chaude et sensuelle. D’une grande douceur, il peut être surprenant de savoir que l’on ne pourra le trouver qu’aux Salons du Palais-Royal, étant donné qu’il est tout de même moins surprenant que le premier. Mais peut-être la diffusion (commerciale) a-t-elle voulu s’accorder à l’univers plutôt intimiste du parfum ?
2 nouveaux parfums à paraître en septembre donc, deux univers très différents à découvrir, dont l’un est peut-être plus dans la « tradition Lutens » que l’autre.
Perfume Video Review
11/07/09
On n’arrête pas le progrès ! Vous savez que le blog c’est ringard maintenant ? Le must, c’est de faire sa review en vidéo !
Aujourd’hui, en visionnant quelques vidéos intéressantes de parfumeurs sur YouTube, mon oeil est attiré à droite par un titre surprenant : Dzing! perfume review. Je me suis d’abord demandée ce que cela pouvait bien être, parce que je voyais mal comment il était possible de faire une critique de parfum en vidéo. Combien étroit était mon esprit ! En tapant : « perfume review » en recherche, on tombe sur une bonne quantité de vidéos dédiées à la critique de parfum. La plupart sont faites par des amateurs de parfums assis devant leurs ordinateurs et consistent à présenter le flacon, la description officielle (les notes olfactives) et la façon dont ils se sentent en portant la création. Les vidéos sont toutes en anglais.
C’est particulièrement amusant de voir les différentes mises en scène, de les voir réfléchir, relire leur notes, décrire avec beaucoup de soin les moments, les vêtements et les attitudes les plus seyantes avec le parfum analysé. Une utilisatrice se démarque très clairement du lot. Il s’agit de Katie Puckrik qui a aussi un blog. Elle est visiblement une ancienne animatrice de TV-shows (et radio) aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ce qui se remarque par le soin qu’elle apporte à ses vidéos qui font beaucoup plus professionnelles que les autres. Elle a actuellement 80 vidéos sur son profil YouTube et a une analyse assez large du marché (niche et mainstream). Ses vidéos sont assez courtes (2 minutes environ) et bien faites, mais je les trouve un peu trop lisses. Elles sont toutes ponctuées à la fin d’un : « Je suis Katie Puckrik, et je sens… », bon d’accord en anglais ça le fait mieux : « I’m Katie Puckrik, and I smell… »
Le phénomène de Perfume Video Review est visiblement assez récent puisque Katie Puckrik s’est inscrite en février 2008 sur YouTube, et que les autres vidéos que j’ai vues datent de cette année. Je ne sais pas si l’idée pourrait s’exporter en Europe et sur nos blogs, toujours est-il que comme d’habitude, nos amis américains ont encore une fois une longueur d’avance sur nous ! (Mais j’ai relevé le profil d’une jeune Ukrainienne vivant en Israël !)
Je vous ai fait une petite sélection des meilleures (en anglais).
Notez ici le « Patrick The Scent Savant » au début de la vidéo :
Ici c’est la jeune Ukrainienne, qui a, entre autre, analysé tous les parfums de Britney Spears…
Notez la différence, maintenant (en bien ou en mal, cela dépend si l’on recherche un aspect comique) :
En vrac et pour passer le temps…
9/07/09
Aaahh il est 01h01!
Qu’est ce que je fais encore debout, je ne le sais pas moi-même… J’ai des choses à vous dire. Je trotte sur internet depuis le début de l’après-midi, je lis, je trie, je charge de nouvelles photos sur Flickr… Je maudis (juste un peu) WordPress qui refuse catégoriquement de comprendre ce qu’on lui demande et à cause de qui je donne des boutons à des personnes bien patientes chez Balistik*Art. Promis, je ne vais pas vous raconter ma vie tout le billet durant.
J’ai juste essayé Essence de Narciso Rodriguez aujourd’hui, j’ai appliqué ma devise : « Nez Bavard, le meilleur microcréditeur des parfums ». Bon, et en fait ça fait 3 fois que je l’essaye, mais ça ne passe toujours pas. Je voulais qu’il me plaise pourtant ce parfum, j’avais trop aimé le premier pour ne pas aimer le second ! Eh bien, non, je lui trouve une entrée en matière trop savonneuse (aldhéhydes), une écriture trop électrique et j’ai constamment la sensation qu’il est en apesanteur sur ma peau. Ce qui en soit est plutôt intéressant du point de vue de la sensation, et assez moderne. Mais cela donne une impression épurée, très citadine (qui est d’ailleurs parfaitement recherchée), et très distante que je n’aime pas parce que je ne peux pas me l’approprier. Tant pis ! J’attendrai le prochain !
Sinon, avant de partir en vacances, je suis passée rue Quincampoix pour me faire plaisir et remettre le nez dans les plumes de la petite boutique Nez à Nez. Quelle ne fut pas ma surprise… Pfffiout ! Envolés ! Partis, comme des voleurs ! Rien, pas un mot, pas une explication, juste le rideau de fer tiré sur un espace vide, blanc, des seaux de peintures et les maigres vestiges d’une inscription au sol témoignant de l’ancien locataire. Triste je l’étais. Tout le monde n’aimait pas les parfums de ces deux créateurs pour le moins assez distants (voire un poil dédaigneux…), qui ouvraient un peu quand ils voulaient, mais moi j’aimais bien leurs créations. Parfois la beauté dépasse le maître… J’ai écrit à l’adresse internet donnée sur le site (non mis à jour) pour savoir ce qu’il en était, une charmante Failure Notice m’est revenue en plein les mirettes. Elégante façon de quitter sa clientèle ! Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus, et je pense qu’il ne faut plus les chercher. Tant pis ! Cette fois je n’attendrai pas le suivant !
Autre nouveauté intéressante, peut-être l’avez-vous remarqué, mais Amazon a ouvert son espace Parfums et Beauté d’achat en ligne : du neuf, de l’occasion, des prix compétitifs… La concurrence à Sephora gagne petit à petit du terrain dans la vente de parfums en ligne. Le catalogue est encore trop léger pour parler de concurrence sérieuse. En revanche, les prix ne sont effectivement pas les mêmes : pour un 100ml neuf Eternity de Calvin Klein, on débourse 70,5 euros chez Sephora alors que l’on tombe à 42,09 euros chez Amazon… Je ne sais pas s’il faut y voir du bon ou du mauvais, pour ma part je n’ai encore jamais acheté de parfum en ligne et Amazon ne s’est pas encore constitué une image sérieuse sur ce segment.
La suite dans le prochain épisode! (il est 01h40, je termine mon billet ! C’est un exploit de rapidité !)
Lune rousse, Shalimar extrait et microcrédit…
2/07/09
A vue de… nez, rien à voir entre tout ça. Mais ce n’est pas grave, c’est comme ça que vient l’inspiration. En cette journée estivale parisienne, qui fut aussi pour moi une journée de convalescence (aller attraper une angine blanche avec une chaleur pareille… les Solidays c’est bien, mais pas sous tous les plans), il a fallu se trouver une occupation intelligente et utile. Alors j’ai commencé à farfouiller dans les échantillons de parfums Guerlain gracieusement offerts par Madame Sylvaine Delacourte lors de la rencontre bloggers-amateurs du 22 juin dernier, et j’y ai pioché le plus attendu, le plus connu et le plus royal de tous : Shalimar (en extrait). Si cela vous a pris un jour de penser que Shalimar n’était pas pour vous, eh bien, vous n’aurez raison que le jour où vous aurez essayé l’extrait. On le dit depuis des années, mais pour connaître un parfum, généralement, rien ne se compare à l’extrait. Vous cherchez le dessein du créateur, la finesse d’une composition, vous voulez comprendre un classique ou le redécouvrir : il vous faut l’extrait. C’est la lune qui me l’a dit ce soir, ici-même, bronzée après une longue journée de soleil et lovée dans un ciel noir-cuivré encore vibrant de chaleur. Elle me regardait d’un oeil mystérieux à demi-fermé sur son beau visage ocre, et soufflant sur mon poignet de sa douce haleine d’été, elle m’a fait sentir. Et j’ai compris.
Le chat bleu aux pattes de vanille et aux yeux bergamote était là, ronronnant sur mon poignet. Parfois il se levait, s’étirait, baillait, laissant entrevoir ses dents d’iris et me frôlant de ses douces moustaches de patchouli. Une touche de transpiration, très légère mais vivante, finit de m’achever.
Pourquoi je travaille toujours la nuit ? L’inspiration et les grands moments de force et de volonté qui l’accompagnent bien souvent, tombent, chez moi, assez systématiquement aux alentours de 23 h si ce n’est pas minuit. Sérieusement, je me demande comment je vais faire plus tard au boulot, parce que les oiseaux de nuits dans notre monde moderne, ça ne court pas les rues. Bon, j’avoue pour ce soir, c’est aussi parce qu’il fallait bien que je laisse le temps à l’extrait de s’étendre et se détendre sur mon petit poignet. Quoiqu’il en soit, je ne suis pas déçue du résultat. Même si je savais depuis bien longtemps la beauté de Shalimar, je ne la connaissais pas vraiment. Elle est apparue ce soir, dans une vision très dense et dans cette atmosphère un peu énigmatique de lune rousse. Elle a rougi d’ailleurs, est devenue presque cramoisie, et ne cesse de me faire du charme depuis qu’elle sait qu’on parle d’elle…
On ne sait pas trop ce qui peut nous arriver lorsque l’on sent un parfum. Qui sait sentir est capable de remuer en lui des trésors d’imagination insoupçonnés. Finalement, peu importe que l’on ait vraiment saisi la vision nette du parfumeur (je doute que Jacques Guerlain ait imaginé un chat bleu en composant Shalimar), peut-être n’était-elle même pas nette pour lui-même… L’important est de s’approprier sa beauté. Elle se manifestera sous forme d’émotions, de sensations, de souvenirs souvent mais aussi de visions. Cependant, comprendre, ça prend du temps.
Même si j’avais peu de chance d’être déçue avec un classique tel que Shalimar, cette expérience m’a fait comprendre que chaque parfum a droit à son microcrédit. Vous connaissez le microcrédit ? Cette opération qui consiste à accorder des prêts de faible montant pour des petits projets à des artisans ou même à des particuliers comme à la mairie de Paris… Eh bien, pour les parfums c’est un peu la même chose. Un microcrédit de temps associé à une petite parcelle de peau est nécessaire pour chaque parfum, pour qu’il puisse révéler ou non, sa beauté. Je tente de procéder à ces opérations parfunancières depuis quelques jours et je dois dire que l’expérience est profitable pour le parfum et pour moi aussi. Tout le monde y gagne! La preuve que le microcrédit est vraiment un outil fantastique…