Allez ! Nez Bavard reprend enfin du service pour vous parler de parfum et non plus de transfert de domaine et tout le tintouin…

Depuis la rentrée, pas mal de choses ont changé pour moi, et j’ai enfin pu mettre les pieds chez un acteur de l’industrie et voir se dessiner un avenir professionnel dans ce milieu. Rien n’est encore fait me direz-vous, mais j’avance petit à petit, et surtout j’apprends. Apprendre est certainement la chose dont j’avais le plus besoin depuis 2 ans, et j’avais presque oublié à quel point c’était grisant… Bref, puisqu’il faut parler avenir et que le mien n’est pas encore tout à fait tracé, je me suis intéressée à celui de la parfumerie, qui, d’après plusieurs signes récoltés depuis un moment ici et là, semble prendre un chemin intéressant.

Thierry Wasser - Parfumeur

Vous vous souvenez tous de l’article paru dans Le Monde en début d’année (le 13 janvier 2010, l’article n’est plus disponible en ligne) dans lequel s’exprimait Thierry Wasser au sujet des reformulations, nous disant que si le durcissement des standards de l’IFRA poursuivait son ascension, certains parfums seraient amenés à disparaître purement et simplement du catalogue… Dans le même article, Sylvie Polette (vice-présidente marketing Parfums Jean-Paul Gaultier) disait : « Bruxelles va tuer une partie du métier, on n’arrive pas à tout reconstruire à l’identique. Cela va pousser la recherche, mais c’est vécu comme une réelle contrainte. »

Il est très heureux que ce discours prenne de l’ampleur, surtout lorsque l’on continue à lire un tout autre type de déclaration, tenu par les membres de l’IFRA : « Les parfumeurs peuvent-ils ajuster leurs formules sans les dénaturer [les parfums] ? Oui, car ils sont très talentueux et y arrivent parfaitement. » nous dit Jean-Pierre Houri (avec des arguments en béton armé n’est-ce-pas ?), paru dans un article du journal Expression Cosmétique du mois de juillet-août intitulé Le plaisir du parfum sans les risques. Or, Jacques Cavallier (Parfumeur chez Firmenich) a confirmé lui-même que cela n’était pas tâche facile dans un numéro de Cosmétique Mag paru en mai dernier : « Remplacer sans dénaturer la création originale n’est pas simple. Lorsque je reformule, j’essaie plutôt d’améliorer la formule pour lui donner un plus ». Loin de moi l’envie de relancer la polémique autour de ce sujet, car c’est auprès des professionnels de l’industrie que le chemin doit se faire. Et il semblerait que cela soit déjà le cas. Les déclarations parues dans Le Monde nous le prouvent, mais aussi celles de Xavier Renard (vice-président et DG région Europe parfumerie fine et Hygiène-Beauté d’IFF), dans une interview accordée au magazine Cosmétique Mag dans le numéro du mois d’octobre. Celui-ci souhaite instaurer « un dialogue plus constructif », mais ne s’oppose pas au besoin de règlementation. A propos du durcissement de la règlementation, il faut voir ici, sûrement, un juste retour de bâton. L’industrie de la parfumerie n’a probablement pas su adopter, durant de longues années, une politique de transparence suffisante concernant ses activités et subit aujourd’hui de plein fouet le regain des exigences de sécurité qui s’instaurent dans tous les domaines et auxquelles notre société est davantage sensible. « A nous de faire notre propre communication » explique Simon Harrop (BRAND Sense Agency). L’industrie veut à présent gérer son image et communiquer sur son respect des normes, même si cela doit se faire au détriment de ses trésors, semble-t-il. (Lire à ce sujet l’article IFRA 45 : La saga continue, sur Auparfum)

En effet, ce sont les matières premières naturelles qui sont le plus durement touchées par les standards de l’IFRA, or tous les parfumeurs et

Ciste Labdanum

professionnels s’accordent à le dire : il n’y pas mieux en puissance olfactive que le modèle d’origine, de plus, des produits de qualité qui durent dans le temps sont les vrais atouts d’un parfum. Ces matières participent en grande partie à la personnalité d’une fragrance, et lorsque l’on sait à quel point il est aujourd’hui difficile de fidéliser un client, cet élément est à prendre en considération plus que jamais. Bien sûr, il ne suffit pas de mettre bout à bout les plus belles essences à disposition pour faire un beau parfum. Le rythme des lancements de ces dernières années nous le confirme. En revanche, cela peut y participer grandement, lorsque l’on se donne la peine.

Car, oui, il y a beaucoup trop de lancements : « [Il faut] imaginer de meilleurs produits qui auront davantage de chance de durer. Notre business model actuel est fragile. Peu de parfums s’installent sur le marché. On peut difficilement penser qu’avec 800 à 900 jus par an, tous soient bons. » déclare Xavier Renard. Et ses propos sont confirmés par les chiffres : Aux USA, sur 700 lancements, 90 % sont un échec dans l’année : « Quel gaspillage !! »  s’exclame Simon Harrop, et de plus, 12 % des consommateurs n’achètent plus et sont devenus très exigeants car saturés de nouveautés. Il y a donc bien une majorité de « mauvais parfums » sur le marché, car trop impersonnels et inutiles. Les marques ont peut-être eu tendance à oublier que c’est la fragrance qui motive l’achat et le réachat, et que la communication (qui représente 83 % des budgets pour un parfum) ne remplace pas l’inventivité. Globalement, les meilleures publicités entraînent rapidement de bons résultats, mais ceux-ci s’écroulent lorsque l’ensemble manque de cohérence. Pourtant, les maisons savent nous offrir de belles créations, et ce sont celles-ci qui s’installent sur la durée : Flowerbomb de Viktor & Rolf et Alien de Thierry Mugler ont poursuivi leur croissance ces dernières années alors que le marché reculait. Il y a clairement quelque chose à comprendre.

La suite de cet article mardi à 8h00 !