Incense Oud - By Kilian

Promis, j’ai essayé d’être indulgente. J’ai pratiqué le microcrédit, j’ai porté ce nouveau Kilian plusieurs jours de suite pour apprendre à le connaître et à le comprendre. Et il en ressort le triste constat que maintenant, dans la niche aussi, on s’ennuie. L’année dernière la tendance était à la tubéreuse, cette année sera « oudienne ». Certes, chez Kilian, le bois de oud est mis en avant depuis un petit moment avec le premier Arabian Nights Pure Oud sorti en 2009 ( Cruel Intentions l’utilisait déjà en 2007, peut-être de façon moins évidente), puis le Rose Oud en 2010. En 2011, vous aurez le plaisir de découvrir un nouveau Arabian Nights (lancement prévu pour mars) qui va nous parler de cette nouvelle coqueluche de la parfumerie : le bois de oud.

Incense Oud est donc une création qui parle de la fusion de ce bois plus cher que l’or et de l’encens. Pourtant, je n’ai que la sensation d’un parfum partiel, fragmentaire et inachevé. Rien de bien fusionnel. Ses différentes facettes ne se lient pas et ne se lisent pas de façon fluide. Il ressemble à une trompette tordue sur la peau, les volutes d’encens ne décollent pas et ne se dépêtrent pas de ces épices et bois incohérents : tout ceci est trop plein de fausses notes.

Mais le plus embêtant en fait, c’est que le oud, dans ce parfum, je le cherche toujours. Bertrand Duchaufour nous avait fait sentir à moi-même et mes confrères du bois de oud (17 000 € le kilo de souvenir), en nous disant que bien souvent, aujourd’hui, on utilise des reproductions synthétiques de bois de oud (au demeurant parfois très bien faites), vu le prix de l’ingrédient. Et ce oud donc, je le retrouve presque mieux dans le récent Portrait of A Lady de Dominique Ropion pour Frédéric Malle, qui omet pourtant de communiquer sur ce bois, de manière sûrement volontaire d’ailleurs, ne voulant pas participer à la ruée actuellement en marche. Il y a dans le nouveau Kilian une « impression oud », mais la dimension texturée, animale, profonde et percutante du bois n’est pas là, ni même l’aspect un peu « chèvre » et gomme brûlée de la reproduction. Il est présent sans doute mais de façon trop ténue pour un parfum qui porte pourtant le nom d’Incense Oud.

Et c’est dommage, parce que les belles matières ne sont pas absentes, et on sent bien, dans ce parfum, la richesse de ses composants : l’encens picote le nez et les yeux comme pour de vrai, les baies roses offrent une jolie envolée en tête, le santal (ou un dérivé) et la myrrhe assouplissent le fond avec leurs nuances lactées et boisées, mais aussi les muscs et les notes ambrées (vanille, benjoin, baumes). Mais l’ensemble est décousu, retombe de façon saccadée et s’achève sur la rose de l’année dernière, celle de Rose Oud en un peu moins framboise.

Il est fort probable que ce parfum trouve son public, comme il est fort probable que je n’ai pas réussi à saisir la finesse de cette création. Mais je déplore une situation que ce parfum semble confirmer : la niche perd de son intérêt à suivre, elle aussi, les tendances, à rentrer dans le moule de l’argent facile. Ne soyons pas défaitiste,  me direz-vous ! Un parfumeur avec qui j’ai eu le plaisir de discuter aujourd’hui m’a expliqué qu’il était fort probable que l’on soit arrivé à un nouveau tournant dans la conception des parfums, et que le regain d’intérêt pour la niche depuis quelques années (qui prend depuis peu les mauvaises habitudes des parfums mainstream), ne restera pas éternellement sans une réponse de la part des grandes marques : un retour à l’audace, à la qualité et à la prise de risque finira bien par arriver, m’a-t-il dit. Le tout est de savoir quand.