Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour mars, 2011
Guerlain : Shalimar Parfum Initial
13/03/11
Depuis la sortie de ce nouveau Guerlain, on a pu lire à droite à gauche, que Shalimar Initial était une monstruosité, un outrage fait à la mémoire de Jacques Guerlain, un énième flanker… Bref, un ratage complet, un parfum pour jeunes abruties incapables de porter autre chose que du sirop de fruits. Mais comme elles ont tout de même un portefeuille, il faut bien trouver un moyen de les attirer !
Eh bien, permettez-moi de vous dire qu’il n’en est rien. Il arrive un moment où casser du sucre sur le dos d’une marque parce que l’on aime pas ses choix en matière de ressources humaines ou en matière de stratégie financière, ça devient trop facile. Le négativisme comme philosophie de vie, personnellement, je ne trouve pas ça hyper constructif.
Shalimar Initial, quelle que soit l’origine de sa création, est à l’arrivée un parfum comme on en attendait depuis très longtemps chez Guerlain. Un parfum complexe, riche et dense, aussi sophistiqué que l’original, et surtout très Guerlain. Je ne sais pas en combien de temps ce parfum a été développé, je n’ai pas la formule sous les yeux, et franchement, je m’en fiche. Ce qui m’importe vraiment, c’est l’effet, c’est l’univers, et l’émotion qu’il procure.
Le départ étonnamment poudré par l’iris nous propulse d’entrée de jeu dans un univers raffiné et très féminin. Douceur, intimité et lumière tamisée. Une bougie parfumée brûle sur une petite table dans un coin de la pièce, un volume pris de la bibliothèque est resté ouvert sur la méridienne, quelqu’un est sorti chercher le thé. On voudrait ne pas sortir de cette ambiance rassurante, mais bientôt il sera l’heure d’aller se préparer pour la soirée, de se parer de ses atours aguicheurs et séducteurs. C’est ce que suggère le fond du parfum, qui après un coeur de rose centifolia nimbée de poudre, s’ouvre sur un accord fève tonka – vanilline des plus savoureux et des plus enjôleurs. Cet accord évoluera au fil des heures pour donner une sensation biscuitée – sablée (avec une pointe de cannelle), très gourmande certes mais loin d’être liquoreuse ou sucrailleuse. D’autant que l’aspect sensuel et animal n’a pas été oublié. Il est moins marqué que dans Shalimar, mais bien présent : une douce sensation de fourrure et de volupté ronronne calmement sur la peau et s’exprime dans le sillage, tantôt par un murmure, tantôt par un clin d’oeil.
S’il est vrai que l’appellation Shalimar Initial est ennuyeuse, du fait que les jeunes générations risquent de le confondre avec l’original, ce parfum a, quoi que l’on puisse en dire, une réelle parenté avec le premier. J’ai découvert Shalimar Initial à l’aveugle, sans indication aucune et je lui ai trouvé très aisément une relation avec son aïeul. En prenant le temps de comparer côte à côte Shalimar EDT, Shalimar Extrait (en vintage, formulation années 80) et Shalimar Initial, je suis arrivée au constat que non seulement le lien existait, mais que c’était avec l’extrait qu’il était le plus évident. Certaines choses ont bien changé, et cela personne ne le nie, mais l’effet global reste le même. L’aspect gourmand a été modernisé (replacé à son époque, Shalimar avait un vrai aspect gourmand), la note animale a été légèrement adoucie pour donner plus de place aux fleurs et à l’iris. Bien que Thierry Wasser signe seul cette composition, Shalimar Initial donne vraiment la sensation d’un travail d’équipe, un travail qui m’est apparu soucieux et respectueux de l’héritage de la maison. Rondeur, volupté, sensualité, beauté et qualité des matières premières, guerlinade et esprit Guerlain, ce parfum est un vrai Guerlain, une bouffée d’air frais dans les sorties 2011 qui restent dans l’ensemble bien mornes.
Peut-être ce parfum n’est-il pas sorti au bon moment, peut-être que son goût d’opportunisme est trop marqué, peut-être qu’il sent trop « LVMH » ou que sa publicité donne trop la sensation de déjà-vu… Je n’en sais rien. Nous nous plaignons de voir les jeunes personnes se ruer sur les fruits rouges, les jus dégoulinants, vulgaires et tape-à-l’oeil (1 Million sort de ce corps !), mais quelles sont les autres opportunités proposées par les grandes marques ? Quels sont les parfums soutenus à grand renfort publicitaire aujourd’hui ? Ces jeunes, que l’on accuse de tout les maux (ils ont bon dos les jeunes !), ont-ils vraiment le choix ? En dépit du fait que pour moi Shalimar Initial ne fasse pas si jeune que cela, je suis heureuse de voir que l’on tente de cibler cette population avec un parfum de cette qualité, qui, s’il marche, méritera amplement son succès. Et je serais bien plus heureuse de croiser une jeune femme parfumée avec Shalimar Parfum Initial plutôt qu’avec L’air de Nina Ricci ou Parlez-moi d’Amour de Galliano ! Pas vous ?
Prenez le temps de comparer les deux parfums et de vous attarder avec un peu de recul sur Shalimar Initial, pour vous faire une réelle idée du travail de qualité qui a été fait sur ce lancement.
Cliquez ici pour lire l’avis de My Blue Hour.
A vos marques, prêts… Votez!
8/03/11
Les paris sont lancés les amis ! Vous avez du voir déjà un peu partout des annonces pour l’ouverture des votes à l’occasion du prix Les parfums 2011 organisé par la Fragrance Foundation France. Cette année est importante pour la FFF, elle symbolise le retour à l’indépendance et une volonté d’harmonisation avec les FiFi Awards en Amérique ainsi qu’avec toutes les autres Fragrance Foundations à travers le monde. La Fragrance Foundation France donne l’opportunité au grand public de voter pour les créations qu’il juge les plus réussies. Ce vote est pour moi réellement un moyen de faire passer un message aux professionnels du parfum, en appuyant et en soutenant les parfums les plus méritants, ceux qui ont le mieux répondu à nos attentes de consommateurs. Nous autres, passionnés et amoureux des parfums ne pouvons qu’approuver et soutenir cette démarche. Elle nous donne l’occasion de faire entendre notre voix dans ce marché du parfum parfois cacophonique et chaotique.
En effet, je ne saurais que trop vous encourager à aller voter, à faire entendre à nos chers professionnels ce que nous attendons de la parfumerie grand public, qui est au même titre que la parfumerie confidentielle, une partie de l’âme de cette industrie. Certains ont peut-être eu tendance à l’oublier, délaissant volontairement les sorties des grandes marques. Sans blâmer personne, car il y a certes de quoi se désoler parfois, je crois que c’est une erreur. Il est trop simple de se plaindre et de rouspéter lorsqu’on ne fait rien pour arranger les choses et encourager les grandes marques à sortir des produits de qualité. N’oubliez pas le microcrédit! Les préjugés, les jugements hâtifs et les œillères ne mènent généralement nulle part.
Sans vous redonner la liste complète des nominés (que vous trouverez sur le site de la Fragrance Foundation en allant voter), je vous donne mes favoris.
Prix du meilleur parfum féminin :
A mon sens Womanity et Love, Chloé méritent de gagner ce prix car ils ont tous deux proposé un accord avec une vraie personnalité, peut-être un peu plus innovante pour Womanity.
Prix du meilleur parfum masculin :
Bon, le chouchou sans surprise c’est Midnight in Paris ! Il est diablement sexy et androgyne, c’est un vrai parti pris en parfumerie grand public masculine !
Prix du plus beau flacon féminin :
Oriens bien sûr !!! Non, pardon, c’est pas vrai. J’aurais été tentée de dire Voyage, mais le souci, c’est qu’il est nominé à peu près dans toutes les catégories, ce que je trouve un peu dommage. Alors mon choix se tourne vers le Untitled de Maison Martin Margiella, parce que j’adore ce mélange de verre ou l’on voit le jus vert et de peinture blanche… Intrigant et vraiment réussi.
Prix du plus beau flacon masculin :
Je sèche un peu pour celui-là. Je serais tentée de choisir Midnight in Paris, mais pour moi il mérite de recevoir un prix pour sa fragrance, d’autant plus que beaucoup lui trouvent une ressemblance avec l’Eau des Merveilles d’Hermès (pour le flacon). En parlant d’Hermès, il y a toujours Voyage, mais même principe, il est nominé partout. Alors je dis… Ma langue au chat ?
Prix de la meilleure campagne publicitaire pour un parfum féminin :
Bon, là, on ne peut plus y échapper, mais il faut avouer que la campagne de Voyage impose vraiment le respect. Je serais tentée, pourquoi pas, de récompenser Love, Chloé dont j’ai trouvé la campagne très cohérente avec l’univers du parfum, et aussi très élégante.
Prix de la meilleure campagne publicitaire pour un parfum masculin :
Bon… Voyage, mais vraiment parce qu’il insiste.
Maintenant, c’est à vous de faire votre choix! Cliquez ici pour voter et faire entendre votre voix. Ce n’est pas une élection présidentielle, mais ça a son importance tout de même! Vous avez jusqu’au 25 mars !
Verdict le 5 mai 2011 !
Hermès : Un Jardin sur le Toit et réflexions sur le style de Jean-Claude Ellena
1/03/11
Du vert, des fruits, de la fraîcheur et du beau temps : en bref, tout ce qui nous manque en ce moment à Paris. Voilà ce que la maison Hermès s’apprête à nous proposer pour le mois d’avril avec son nouveau venu dans la collection des Jardins. La création de ce parfum, comme toutes les fragrances Hermès depuis une dizaine d’années a été menée de main de maître, à la fois par les équipes commerciale, marketing et technique.
Un Jardin sur le Toit nous emmène dans l’univers désormais familier d’Hermès, celui de l’élégance et du savoir-vivre. Tous les ans, la maison choisit un thème qui va rythmer et animer son année. En 2011, Hermès a choisi de célébrer les artisans, et notamment, Yasmina, le jardinier qui est chargé de s’occuper des jardins Hermès, dont celui de la terrasse du haut de l’immeuble du 24, Faubourg Saint-Honoré. Ce jardin a servi de point de départ à la création de Jean-Claude Ellena, un parfum vert, fleuri et fruité.
Pour bien faire, il faudrait parler de la communication qui, une fois de plus, est magnifique, des mots et des phrases qui ont servi à nous immerger dans ce parfum, dans son particularisme et son univers. Il faudrait parler des dessins de Philippe Dumas qui ont croqué l’essentiel et nous ont fait sourire. Il faudrait aussi parler de ce nom : Un Jardin sur le Toit, qui véhicule l’idée du carré de verdure nous offrant une pause, qui nous invite au rêve… Tout ceci a été, comme je l’ai évoqué plus haut, choisi avec soin, orchestré avec goût et assemblé avec maîtrise, un peu à l’image de la création elle-même. Le lancement est cohérent avec lui-même, est cohérent avec Hermès, est cohérent avec le parfumeur.
Un Jardin sur le Toit est en parfaite continuité avec les premiers opus, la fraîcheur est de mise, sauf que cette fois-ci, c’est une fraîcheur légèrement acide de fruits verts (pomme, poire) et d’agrumes qui s’est mariée à une rose et à un magnolia, le tout sur un lit de muscs blancs qui n’en finissent plus de rayonner de propreté. Je ne retrouve pas forcément l’évocation d’un jardin en ville, mais je vois l’herbe verte, le soleil et la citronnade qui m’attend sur la table blanche en fer forgé.
J’apprécie cet ensemble, cette justesse qui se révèle sur tous les plans de ce produit. J’apprécie, mais le coeur n’y est pas, le coeur n’y est plus. Pourtant,
quoi que l’on puisse en dire, ce parfum aura été composé par un technicien hors pair, à qui nous n’avons pas besoin d’apprendre son métier. Sa signature est présente, cette signature qui apporte tant de personnalité à ses parfums, et qui fait tant de bien aux créations Hermès. D’ailleurs, les parfums Hermès se sont aujourd’hui totalement identifiés à ce créateur charismatique (rien de plus normal en somme), à sa patte, son écriture, à son envie de lumière, de simplicité et de transparence. Les Hermessences sont des haïkus, les Colognes sont des instantanés olfactifs, les Jardins sont le territoire du parfumeur maison, les références classiques des romans.
Le choix entrepris par Hermès est un excellent choix, et semble d’ailleurs porter ses fruits. Mais cette recherche d’unité, et cette écriture si présente, si imposée du parfumeur en deviennent presque cannibalisantes et étouffantes. On ne sort pas de cet éternel recommencement : simplicité, limpidité, épuration, luminosité. « Et pour qu’il soit parisien, je l’ai arrosé de lumière » dira M. Ellena à propos de cette création. Moi, je n’en peux plus de cette transparence martelée à toutes berzingues, de cette saleté propre, de cette présence et absence de matière, de chair, de chaleur. L’une des forces du style de Jean-Claude Ellena est certainement de réussir à créer des oppositions cinglantes en terme d’effet (chaud – froid), mais aussi de matières (sale – propre, richesse des composants – simplicité des formules), qui semblent pourtant se marier harmonieusement dans un parfum. Seulement, je ne rêve plus, je ne pars plus à travers champs et à travers le monde avec ses créations. Je reste bloquée, assise sur ma chaise, à regarder des images sans âmes et désincarnées, comme à travers un écran froid. Je suis lassée d’avoir systématiquement la même sensation à chaque nouveauté, de ressentir cet ennui et cet enfermement dans un genre et une image.
C’est peut-être simplement une question de compréhension et de sensibilité. Je ne comprends peut-être pas ce que cherche à faire Monsieur Ellena dans ses parfums, et je ne suis peut-être tout simplement pas sensible à son style. Je devrais passer mon chemin et ne pas m’en faire une montagne. Mais dans ce cas, pourquoi suis-je autant touchée par Déclaration de Cartier, par L’Eau d’Ambre et Bois Farine chez l’Artisan Parfumeur, par l’Eau d’Hiver chez Frédéric Malle, mais aussi et bien sûr par Terre et Vétiver Tonka chez Hermès même ? !
Mes réflexions dépassent sûrement le cadre de ce billet et le cadre de l’analyse d’un Jardin sur le Toit, mais ce sont des questions que je me pose très régulièrement depuis plusieurs lancements chez Hermès ou même ailleurs. J’aimerai être surprise à nouveau, sentir autre chose, retrouver une certaine créativité, qui pour moi a disparu au profit d’une unité de ton oppressante.



