Un Jardin sur le Toit - Hermès

Du vert, des fruits, de la fraîcheur et du beau temps : en bref, tout ce qui nous manque en ce moment à Paris. Voilà ce que la maison Hermès s’apprête à nous proposer pour le mois d’avril avec son nouveau venu dans la collection des Jardins. La création de ce parfum, comme toutes les fragrances Hermès depuis une dizaine d’années a été menée de main de maître, à la fois par les équipes commerciale, marketing et technique.

Un Jardin sur le Toit nous emmène dans l’univers désormais familier d’Hermès, celui de l’élégance et du savoir-vivre. Tous les ans, la maison choisit un thème qui va rythmer et animer son année. En 2011, Hermès a choisi de célébrer les artisans, et notamment, Yasmina, le jardinier qui est chargé de s’occuper des jardins Hermès, dont celui de la terrasse du haut de l’immeuble du 24, Faubourg Saint-Honoré. Ce jardin a servi de point de départ à la création de Jean-Claude Ellena, un parfum vert, fleuri et fruité.

Pour bien faire, il faudrait parler de la communication qui, une fois de plus, est magnifique, des mots et des phrases qui ont servi à nous immerger dans ce parfum, dans son particularisme et son univers. Il faudrait parler des dessins de Philippe Dumas qui ont croqué l’essentiel et nous ont fait sourire. Il faudrait aussi parler de ce nom : Un Jardin sur le Toit, qui véhicule l’idée du carré de verdure nous offrant une pause, qui nous invite au rêve… Tout ceci a été, comme je l’ai évoqué plus haut, choisi avec soin, orchestré avec goût et assemblé avec maîtrise, un peu à l’image de la création elle-même. Le lancement est cohérent avec lui-même, est cohérent avec Hermès, est cohérent avec le parfumeur.

Un Jardin sur le Toit est en parfaite continuité avec les premiers opus, la fraîcheur est de mise, sauf que cette fois-ci, c’est une fraîcheur légèrement acide de fruits verts (pomme, poire) et d’agrumes qui s’est mariée à une rose et à un magnolia, le tout sur un lit de muscs blancs qui n’en finissent plus de rayonner de propreté. Je ne retrouve pas forcément l’évocation d’un jardin en ville, mais je vois l’herbe verte, le soleil et la citronnade qui m’attend sur la table blanche en fer forgé.

J’apprécie cet ensemble, cette justesse qui se révèle sur tous les plans de ce produit. J’apprécie, mais le coeur n’y est pas, le coeur n’y est plus. Pourtant,

Dessin de Philippe Dumas pour Hermès

quoi que l’on puisse en dire, ce parfum aura été composé par un technicien hors pair, à qui nous n’avons pas besoin d’apprendre son métier. Sa signature est présente, cette signature qui apporte tant de personnalité à ses parfums, et qui fait tant de bien aux créations Hermès. D’ailleurs, les parfums Hermès se sont aujourd’hui totalement identifiés à ce créateur charismatique (rien de plus normal en somme), à sa patte, son écriture, à son envie de lumière, de simplicité et de transparence. Les Hermessences sont des haïkus, les Colognes sont des instantanés olfactifs, les Jardins sont le territoire du parfumeur maison, les références classiques des romans.

Le choix entrepris par Hermès est un excellent choix, et semble d’ailleurs porter ses fruits. Mais cette recherche d’unité, et cette écriture si présente, si imposée du parfumeur en deviennent presque cannibalisantes et étouffantes. On ne sort pas de cet éternel recommencement : simplicité, limpidité, épuration, luminosité. « Et pour qu’il soit parisien, je l’ai arrosé de lumière » dira M. Ellena à propos de cette création.  Moi, je n’en peux plus de cette transparence martelée à toutes berzingues, de cette saleté propre, de cette présence et absence de matière, de chair, de chaleur. L’une des forces du style de Jean-Claude Ellena est certainement de réussir à créer des oppositions cinglantes en terme d’effet (chaud – froid), mais aussi de matières (sale – propre, richesse des composants – simplicité des formules), qui semblent pourtant se marier harmonieusement dans un parfum. Seulement, je ne rêve plus, je ne pars plus à travers champs et à travers le monde avec ses créations. Je reste bloquée, assise sur ma chaise, à regarder des images sans âmes et désincarnées, comme à travers un écran froid. Je suis lassée d’avoir systématiquement la même sensation à chaque nouveauté, de ressentir cet ennui et cet enfermement dans un genre et une image.

C’est peut-être simplement une question de compréhension et de sensibilité. Je ne comprends peut-être pas ce que cherche à faire Monsieur Ellena dans ses parfums, et je ne suis peut-être tout simplement pas sensible à son style. Je devrais passer mon chemin et ne pas m’en faire une montagne. Mais dans ce cas, pourquoi suis-je autant touchée par Déclaration de Cartier, par L’Eau d’Ambre et Bois Farine chez l’Artisan Parfumeur, par l’Eau d’Hiver chez Frédéric Malle, mais aussi et bien sûr par Terre et Vétiver Tonka chez Hermès même ? !

Mes réflexions dépassent sûrement le cadre de ce billet et le cadre de l’analyse d’un Jardin sur le Toit, mais ce sont des questions que je me pose très régulièrement depuis plusieurs lancements chez Hermès ou même ailleurs. J’aimerai être surprise à nouveau, sentir autre chose, retrouver une certaine créativité, qui pour moi a disparu au profit d’une unité de ton oppressante.