Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour mai, 2011
Brève de Flacon : Le retour du troc !
21/05/11
Amateurs de parfums, j’ai une bonne nouvelle pour vous : le troc de parfums, ça marche, c’est bien et vous avez désormais une place spéciale pour échanger vos titres parfumés!
La Bourse des Parfums est ouverte du Lundi au Dimanche, de 00h00 à Minuit ICI. Le principe est simple, vous annoncez sur le mur du groupe les parfums qui vous intéressent, ainsi que ceux que vous êtes prêts à céder en échange.
Créé par Géraldine et Yani, deux célèbres habitués des sites et blogs dédiés au parfum, vous avez enfin la possibilité de vous faire plaisir sans y laisser un bras…
Bon troc !
Partie 2 : Azzaro, Le Parfum Couture / 2008
4/05/11
Je ne sais pas pour quelle raison le premier Azzaro fut discontinué. Pourtant excellent, il ne proposait peut-être pas quelque chose d’assez différent à l’époque, ce qui aurait justifié son maintien. Ou peut-être que son style est tout simplement tombé en désuétude. En le comparant avec sa réédition Azzaro Couture sortie en 2008 et orchestrée par Aurélien Guichard, cela m’est apparu évident.
Le défaut lorsque l’on travaille sur les parfums et d’autant plus sur les matières, c’est que l’on aborde les créations d’une manière très différente qu’en simple amateur. Les compositions ne sont pas forcément explorées pour être portées, et on a tendance à s’extraire de l’équation, pour admirer l’œuvre, sans la considérer comme un produit. Si Azzaro 1975 n’a rien de dépassé ou de foncièrement vieux pour moi, il est emblématique du style chypré classique. Or, ce style (comme d’autres) a vieilli au nez du grand public. La structure et la construction des chypres classiques a, de nos jours, une rémanence, un sillage et une personnalité que les nez non entraînés ont du mal à appréhender. La mousse de chêne, prise isolément n’a rien a voir avec cela, mais sa présence dans ces parfums faisait sans aucun doute partie intégrante de cette personnalité. Les restrictions qui sont survenues depuis ont certainement fini d’achever le genre, bien que quelques incorruptibles persistent et signent (Soir de Lune de Sisley). Faute de pouvoir faire une transition adaptée ou de pouvoir sensibiliser le public, il a fallu s’adapter et créer la nouvelle forme, désormais célèbre du chypre : celle de Coco Mademoiselle, Narciso Rodriguez For Her, ou encore Miss Dior Chérie (revue et corrigée depuis).
Azzaro 2008 me donne une sensation un peu différente. Comme s’il avait pris du recul par rapport à tout ça, et voulu s’extraire du débat sans fin sur la mousse de chêne (bien que pour moi le débat est simple : je vote pour le retour de la mousse de chêne), Aurélien Guichard a repris la trame d’Azzaro et en a fait un hybride entre classique et moderne. Pour signifier peut-être, qu’il n’y avait pas nécessairement à pleurer sur le passé sans pour autant l’oublier et le reléguer au rang d’antiquité. Car non, les parfums chyprés ne sont pas des parfums de mamies. Azzaro 2008 est un vrai beau chypre, tel qu’il peut être composé aujourd’hui, tenant compte de la sensibilité et des goûts actuels qui ont évolué.
Le parfum démarre sur une tête très fruitée, juteuse, palpable, mais plutôt acidulée verte, que lactée et sirupeuse. Le côté pétillant, frais et entraînant de cette envolée apporte pour moi une vraie qualité contrairement à ce que l’on pourrait croire et montre qu’il est effectivement possible de faire de très belles choses avec les fruits en parfumerie, lorsque l’on ne les jimichooyse pas. Les fruits resteront présents durant toute l’évolution du parfum, les notes pêche et framboise prenant le relais en cœur, poursuivant sur des muscs blancs aux tonalités fruitées et sur la mousse de chêne bien sûr, qui entre toutes ses facettes, apporte la petit touche « pruneau » indispensable. Cette tête fruitée accompagne la dimension résolument plus aérienne, plus moderne et lumineuse des parfums d’aujourd’hui, et qui caractérise cette version, surtout lorsqu’on la déchiffre à côté de l’original. La marque revendique 5 absolus présents dans la formule (mimosa, rose centifolia, galbanum, iris et ambrette), et il est vrai que certains des effets de chaque matière se retrouvent dans ce parfum, lui apportant au passage une texture et une sensation de qualité indéniable. Cependant, ces belles notes naturelles donnent une sensation plus encadrée que dans le précédent : le dosage plus précis donne finalement plus de place à chacune, pour qu’elles s’expriment avec toute leur ampleur, alors que les notes d’Azzaro 1975 sont plus sombres, comme si elles étaient au coude à coude.
En fond s’épanouit la rose, une rose tout juste poudrée, très soyeuse, très peau qui me ravit et me fait fondre de plaisir. Sa note veloutée de peau fraîche soutient la thèse du pouvoir sensuel des chypres et signe cet Azzaro de toute sa beauté et son élégance. Un mot qui résume parfaitement ces deux parfums au charme unique.
Partie 1 : Azzaro, Le Parfum Couture / 1975
2/05/11
Le problème lorsque l’on écrit pas assez régulièrement sur son blog (C’est mal. Je serai fouettée.), c’est que les idées d’articles se superposent, que tout se mélange et qu’après, il faut faire des choix. Le brouillon de cet article doit être en jachère depuis environ 7 mois, puisque c’est à cette période que j’ai eu l’opportunité de connaître Azzaro le premier parfum de Loris Azzaro, sorti en 1975. Vu le grand âge de ce brouillon, j’ai décidé de m’attaquer à ce gros morceau qu’est la comparaison entre la version originale d’un parfum et sa réédition. Cela me permettra, en plus, de développer mes pensées sur le genre chypré. Je vous propose donc, dans cette première partie, la revue d’Azzaro 1975 et mercredi en deuxième partie, la comparaison avec Azzaro 2008.
Ce parfum s’appelait visiblement Azzaro tout court à l’origine, mais avait pour slogan : Le Parfum Couture. Je suppose que c’est de cette expression que lui est venu le nom qu’on lui attribua par la suite : Azzaro Couture, le même qui fut repris en 2008 pour sa réédition.
Premier parfum du couturier Loris Azzaro, il se serait inspiré de Mitsouko de Guerlain, auquel il aura emprunté la base chyprée – fruitée. Lorsque j’ai senti Mitsouko les premières fois, un seul mot, une seule impression me venait à l’esprit : Pruneau. Je ne comprenais pas comment un parfum qui évoquait le pruneau pouvait être un chef-d’œuvre. Bien sûr, comme prévu, je ne compris que bien plus tard la beauté de ce parfum, dont je finis par aimer intensément cet effet, donc. Azzaro 1975 partage avec Mitsouko cette particularité, une sensation qui vient pour moi de l’alliance entre la mousse de chêne et la lactone C14, couramment utilisée pour son odeur de pêche – abricot. Bien sûr, la trame de l’un et de l’autre ne se résume pas à l’accord de ces deux matières, d’autant plus qu’ils partagent aussi un fond boisé vétiver (beaucoup plus présent dans les versions plus anciennes de Mitsouko). Mais Azzaro 1975 s’affranchit de son aîné à différents niveaux.
S’il est vrai qu’il reprend la trame de fond du chypre – fruité de Guerlain, il emprunte aussi au velouté épicé de Femme de Rochas et à la verdeur galbanum de Miss Dior. La pyramide annonce des aldéhydes et du gardénia en tête, j’avoue que pour ma part, j’ai eu du mal à y déceler autre chose qu’une ouverture galbanum – bergamote, accompagnée déjà d’une corbeille de fruits secs. Comme dans tous les vieux chypres, une sensation d’enveloppement, de fourrure se déploie rapidement et donne au parfum son effet vêtement, si précieux et si élégant. La fraîcheur de la rose est présente relativement longtemps sur la touche, mais elle s’éteint assez vite sur ma peau, pour laisser place sans plus tarder à son aspect plus capiteux, relevé par le jasmin, une touche de girofle (eugénol) et peut-être un peu de cumin… L’aspect délicieux et velouté d’Azzaro 1975 se révèle après environ une heure d’évolution : une impression de pain frais, moelleux, qui rappelle la peau, apparaît. Elle devient alors excessivement attirante, on aimerait la manger, littéralement.
C’est la particularité de ces vieux chypres : ils transportent avec eux une dimension hautement sensuelle, mais qui s’exprime très différemment d’un oriental, à la volupté peut-être plus évidente, ou en tout cas plus voyante. Un chypre est un mystère, une forêt noire, dense et touffue dans laquelle on aime se perdre. Poussant les épines, trébuchant sur les grosses racines, recherchant la lumière à travers les feuilles, on se demande : L’orée est-elle encore loin ? Dois-je revenir sur mes pas ? Je m’y perds… Et puis, un peu plus loin, on trouve de la lumière, de la chaleur, un élément familier. Le parfum exprime à cet endroit plus clairement ce qu’il attend : vous attirer et vous pousser à déguster cette peau de pêche, souple et chaude. Azzaro 1975 pour moi c’est ça. Mais comme ses confrères, il dégage une classe tellement imposante que l’on n’ose pas imaginer à quel point il peut être profond et sensuel. Il produit cet effet d’attraction irrésistible, incontrôlable que l’on a du mal à expliquer, mais qui est là et qui fait que l’on y revient.
Pour moi, un chypre, c’est ça : une tension, une addiction qui vous empêche, pour une raison obscure, de vous en séparer. Je ne vous surprendrai pas en disant que pour moi, la mousse de chêne a de grandes chances d’y être pour quelque chose, et que sa raréfaction dans les chypres d’aujourd’hui est à l’origine de la tristesse de ceux qui les ont aimés à leur âge d’or.
La suite mercredi pour la version 2008 !


