Jovan Musk Oil

Comment parler d’un parfum qui a marqué des générations entières mais pas la sienne ? Comment décrire un produit devenu culturel partout ailleurs dans le monde, sauf chez soi ? Voici le défi que je me suis lancé aujourd’hui en décidant de vous parler du Musk de Jovan, « le parfum qui a réuni plus d’hommes et de femmes que tout autre parfum dans toute l’histoire », comme disait la pub en 1981.

Ce parfum fait partie de la catégorie des fragrances à la cible extra-large et au discours bien moins policé que celui des maisons de luxe. Jovan Musk est ce que l’on peut appeler un parfum cheap. Son quotidien, ce sont les ragots près de la machine à café, à côté de la crème Nivea et du mascara Gemey Maybelline. Il est en même temps la preuve qu’on peut faire des choses qui ont du corps et de la personnalité sans avoir sous la main des matières d’une rareté exceptionnelle. Bien sûr, l’attente n’est pas la même, mais qu’importe.

Ce parfum a la simplicité et l’ouverture des gens faciles, avec qui on se lie sans réfléchir. Seront-ils des amis pour la vie, probablement pas, mais cela ne vous empêche pas de passer des moments grandioses. On ne fait pas d’histoires, on entre tout de suite dans le vif du sujet : le rapport est franc, direct et très intense, avec un aspect un peu passionnel. Ce n’est de toute façon pas fait pour durer, parce que c’est trop fort, et que ça va trop vite. Mais cela vous marque si intensément que vous n’oubliez jamais vraiment ces gens.

Et d’ailleurs, tout le positionnement de ce produit s’articule autour de cet aspect pulsionnel incontrôlable auquel vous succomberez en sentant le parfum : « Un parfum mystérieux qui dévoile votre pouvoir de séduction. L’attraction pure. » Difficile de faire plus explicite ! Jovan Musk témoigne d’une époque ou le mot « musc » éveillait encore dans l’esprit des gens des notions de séduction, de sensualité, voire de sexualité. En 1972, l’année de sa sortie, un parfum qui portait ce nom affichait d’emblée la couleur ! Bien que ces notions n’aient aujourd’hui pas disparu de la tête des consommateurs, elles ont évolué, et il me semble que l’idée très « phéromonale » du terme se soit légèrement éloignée depuis l’apparition du terme « muscs blancs », mais aussi depuis la surexploitation de leurs facettes propres dans les divers produits parfumés du quotidien. Le virage pris par ces matières depuis quelques temps rend le discours de la marque Jovan kitsch à en hurler de rire. La preuve par 15 ici (Prenez le temps de jeter un œil aux vidéos, ça vaut vraiment le détour) : Publicité Jovan Musk – Jungle Spot 1984, ici : Publicité Jovan Musk for Men – 1985 (écoutez bien les paroles), ou encore là : Publicité Jovan Musk – USA 1987.

Après cette mise en bouche alléchante, que dire du parfum en lui-même ? A première vue, je dirais qu’il tient bien ces promesses. Dans le cas

Christina Aguilera (en mode bimbo pas trop vulgaire)

du féminin, il correspond exactement à un type de féminité qui ne passe jamais inaperçu : celle de la bimbo. Les muscs ici, sont un peu le silicone des seins de la jeune femme, il s’agit de sortir l’artillerie lourde. A grands renforts de bouquet floral esquissé dans les grandes lignes par des notes jasminées sympathiques, on surélève le tout avec une petite dose d’aldéhydes qui donnera une impression très nette de laque Elnett au départ. Le parfum évolue très rapidement vers une montagne infranchissable de notes extrêmement rondes et moelleuses qui évoque le soyeux d’une peau qui n’en fini pas de vous faire envie. La note poudrée animale des muscs nitrés (vraisemblablement le musc cétone, le dernier qui soit encore autorisé) conduit les impressions dans d’autres recoins dont je vous laisse le loisir d’esquisser les détails. Elle est soutenue par une aspect gourmand un peu chocolat, une touche de vanilline et de coumarine. L’effet, même s’il est lourd et un peu excessif, est efficace, on en redemanderait presque, pour rigoler, parce que c’est marrant de jouer un peu à la pouf et au beauf une fois de temps en temps.

J’ai acheté 10ml de cette huile exprès pour cette série de billets, et même si je ne délaisserai pas mon Original Musk pour celui-ci, j’ai plaisir à le porter de temps en temps, pour aller au cinéma et boire un café du dimanche, en espérant faire succomber sur le chemin tous les mâles qui en valent la peine.