Mûre et Musc - Edition Limitée

J’ai découvert ma passion pour les parfums chez l’Artisan Parfumeur, comme j’ai dû vous le dire au moins une bonne centaine de fois, et pourtant, je ne pensais pas que je mettrai autant de temps (4 ans !) avant de parler du best-seller de ma maison favorite. Il fallait une bonne occasion, et je crois que celle entamée au début de la semaine est la bonne. Après un petit tour parmi les muscs des circuits sélectifs, indépendants et grand public, nous nous attaquons aujourd’hui à la niche.

Bien que Réminscence puisse être considéré comme une marque de niche au regard de ses partis pris olfactifs, je l’ai volontairement exclu de cette catégorie lors de ma sélection, puisqu’il est possible de trouver leur parfum dans les circuits de distributions classiques.

Mûre et Musc, créé en 1978 sous la direction de Jean Laporte est non seulement la meilleure vente de l’Artisan Parfumeur, mais aussi une référence incontestable des notes musquées, sous leur facette fruitée bien sûr. Nous parlions dans le billet de mercredi de l’appellation « musc » et de la connotation qu’elle a pu avoir en fonction des époques. Bien que je n’ai pas de preuves pour étayer ma position, il ne me semble pas impossible que Mûre et Musc ait influencé la perception de ces notes sur la façon dont on les voit aujourd’hui. J’entends par là que le musc de l’Artisan est radicalement différent des parfums que nous avons pu examiner depuis le début de la semaine : ici, les souplesses voluptueuses et lascives ne sont pas de mise. On leur a préféré la pétillance d’une eau aromatique et chyprée encerclée de toutes parts par des volutes de muscs blancs : Galaxolide et Musk T, soit deux des muscs les plus propres et fruités de cette gamme de molécules. Certains de mes collègues y ont vu une réécriture de l’Eau Sauvage (Ici, et ) et je ne peux que les rejoindre. La note fruitée de Mûre et Musc aura achevé de faire basculer Eau Sauvage du côté féminin en l’enrobant d’une douceur très légèrement poudrée probablement apportée par des muscs là aussi. Mais ce parfum est aussi pour moi l’un des précurseurs de ce que l’on appelle aujourd’hui les « colognes modernes » (qui ont réellement démarré avec la Cologne de Thierry Mugler). Ce sont des parfums qui reproduisent la structure cologne en y ajoutant une forte dose de muscs ronds et propres, améliorant considérablement la tenue de ces eaux. Mûre et Musc en 1978 a marqué le départ des notes hespéridées – fruitées cotonneuses, qui tiennent.

Mûre et Musc est l’un des premiers muscs propres, et c’est en cela, pour moi, qu’il a influencé la perception que l’on a des muscs aujourd’hui, qui est tout de même plus rattachée à une notion de propre plutôt qu’animale désormais, après des années et des années d’utilisation en parfumerie fonctionnelle. Cette caractéristique explique aussi pourquoi son succès ne faiblit pas : il est à 100% dans la tendance actuelle de la fraîcheur qui tient, qui accompagne sans envahir, qui laisse une douce odeur derrière soi et une empreinte rassurante. J’admire ce parfum pour sa modernité, sa situation de précurseur aussi bien que pour sa ravissante écriture, mais je dois me rendre à l’évidence : ce musc-là n’est pas pour moi. Pour ceux qui aiment les parfums de chair et de sensualité, il lui manquera cette sensation d’abondance et de richesse apportée par des parfums plus charpentés, plus riches et plus sensuels.

Un classique à ne pas négliger cependant et à apprivoiser pourquoi pas !