Musc Ravageur - Editions de Parfums Frédéric Malle

Chères lectrices, chers lecteurs, nous nous retrouvons enfin pour le dernier musc de ma semaine musquée, qui s’est légèrement allongée… (C’est parce que je cultive l’art du suspense…)

Bref, passons aux choses sérieuses : Musc Ravageur n’est pas un musc. Hein ? Non, non, je ne vous prends pas pour des billes rassurez-vous. L’opus de Maurice Roucel pour les Editions de Parfums Frédéric Malle m’intéresse car il démontre en partie le pouvoir d’une appellation. Sorti en 2003, Musc Ravageur est un des derniers parfums, à mon sens, à jouer avec le terme « musc » dans la conception la plus animale du terme, ne serait-ce que par l’ajout de « ravageur » dans le titre, mais bien sûr et surtout avec la fragrance. Loin d’être dépourvue de muscs (au contraire), elle s’affranchit néanmoins de la perception classique des parfums musqués, en proposant une vraie composition dans laquelle les muscs jouent un rôle capital mais ne sont pas le centre de la composition, comme cela peut être le cas dans les autres parfums que nous avons vus dans cette série. Dans Jovan Musk ou Original Musk, la composition a été travaillée autour de l’élément central que sont les muscs, en poussant tour à tour chacune de leurs facettes avec d’autres matières comme les notes fleuries ou poudrées, la vanille, les baumes, ou encore les aldéhydes. Musc Ravageur pourrait se comparer par exemple à Flower by Kenzo, non pas dans la proximité olfactive, mais dans la façon dont ces matières sont utilisées dans la construction des deux parfums pour exprimer tout leur potentiel et sublimer les autres matières, sans pour autant en faire le « propos » du parfum.

Musc Ravageur n’est donc pas un « musc » dans la construction, mais de ses illustres collègues portant eux aussi le nom de musc, il a gardé le potentiel addictif, sensuel et presque impudique parfois. Maurice Roucel le décrit comme « un acte de séduction et de générosité ». C’est le parfum de la femme fatale, de celle qui a des formes, qui les assume et les utilise à son avantage, c’est ce que vous avez toujours rêvé d’avoir sans jamais oser le demander. Comme souvent, votre parfum vous permet de devenir ce que vous n’êtes pas, ce que vous aimeriez être, le pouvoir de métamorphose du parfum agit et vous transforme en vous apportant ce qui vous semble manquer : le pouvoir de séduction, le chic, la classe, la beauté, le charme, l’ambition…  Qu’importe ! En vaporisant votre parfum, vous êtes à nouveau un être complet et entier.

Musc Ravageur tombe dans une sorte de cliché, on parle encore (et toujours) de séduction et de sensualité, mais il est tellement bien exécuté

Loreley pour Bonjour Madame / bonjourmadame.fr

qu’on lui pardonne. D’autant plus qu’olfactivement, Maurice Roucel a évité l’écueil des fleurs pour ce parfum et a clairement cherché à illustrer la phase qui vient après la rencontre des regards, les premières paroles, les premiers effleurements et les premiers baisers. La situation ici est toute autre, la peau est nue, prête à s’offrir et à déployer elle aussi son pouvoir olfactif et ses « muscs ravageurs »… Le parfum est alors là pour accompagner, décupler les sensations de l’instant et les rendre inoubliables.

Musc Ravageur est donc un parfum animal c’est sûr, mais pas seulement. Son envol frais de bergamote vient déposer comme une pluie une sorte de poudre dorée sur la peau sur laquelle s’exprime immédiatement la vanilline, la cannelle et la rondeur chaude et animale des muscs aux tonalités poudrées. Majoritairement composé avec des notes de fond, semble-t-il, et qui ne se déploient bien que sur la peau (bien que son sillage soit très puissant), ce parfum a une évolution plutôt lente et équilibrée. Les baumes (benjoin notamment), doucement, s’expriment tour à tour, comme lors d’un effeuillage voluptueux effectué par une experte. Après plusieurs heures, il vous restera sur la peau un souffle chaud, poudré de vanilline et de cannelle.

Musc Ravageur porte bien son nom, car il exploite à merveille ce que l’on pouvait attendre de lui avec un nom pareil, tant sur le plan du « musc » que sur le plan du « ravageur ». On ne le porte d’ailleurs pas impunément, car il affiche la couleur dès les premières effluves. Si vous n’êtes pas farouche : attendez-vous à vous faire aborder…