Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Archives pour février, 2012
L’hiver, c’est vétiver : Episode 4 / Sycomore : Chanel
9/02/12
Nous nous retrouvons enfin pour le dernier opus de cette série sur le vétiver. A l’origine, j’avais choisi d’écrire ce billet sur Sycomore en dernier, car il s’apparentait, au début de la série, au parfum que je préférais. Et puis c’était peut-être (probablement) une des critiques les plus attendues, comme souvent lorsque l’on parle des Exclusifs. Aujourd’hui, je mentirai si je disais que les choses n’ont pas changé, car mon cœur balance depuis que j’ai vraiment pris le temps d’approfondir les 4 parfums de cette série. Mais nous essaierons de résoudre le dilemme ensemble d’ici peu.
Sycomore est un vrai vétiver. Il trace un sillon net dans l’histoire des « travaux sur le vétiver » et s’impose de tout son caractère : celui d’un bois à la poigne ferme et vigoureuse. Pourtant, on nous dit qu’il aurait été créé pour les femmes. Hormis le splendide « Baiser du Dragon » dont nous avons parlé dans le billet d’introduction, il existe bien peu de parfums ayant ouvertement travaillé la note vétiver pour les femmes (s’il on excepte Habanita de Molinard dans lequel la note vétiver est évidente, mais sans être l’élément central ou la base du parfum).
Unanimement reconnu par de nombreux amateurs comme étant l’un des vétivers les plus fins et les plus raffinés, il est très apprécié des hommes, et à juste titre, car on y retrouve encore une fois presque tous les attributs d’un vétiver classique : dense, élégant, racé, avec l’aspect aiguisé et tranchant typique de la matière. Cependant, Sycomore se démarque et se distingue, dans l’équilibre qu’il a réussi a établir entre la forme géométrique et anguleuse du bois et une certaine sensation de volupté et de souplesse. Je ne sais pas si cette souplesse ne peut être remarquée que par les femmes, quoi qu’il en soit, ce parfum me pose régulièrement des problèmes existentiels. Là où les hommes ne se poseront certainement pas de questions, je reste pour ma part interloquée par ce parfum, ne sachant pas réellement par quel bout l’attaquer, par quel morceau me l’approprier. Car si son apparente épaisseur a tendance à me gêner, je suis inextricablement attirée par la rondeur qui se dégage de son sillage, par sa patte baumée ferme et douce et son caractère fumé.
On reste ainsi dans une sorte de tension permanente tout au long de son évolution, fixé dans une concentration intense qui se prête bien aux après-midi de lecture ou d’introspection. Des moments où l’on se questionne, où le temps passe plus doucement, au rythme de la mécanique lente et régulière de la pensée qui s’écoule, le tout sur un musique de Bach.
En effet, l’évolution de Sycomore, bien que réelle, est assez linéaire, et repose encore une fois sur cette sensation de dualité entre force et souplesse. Le départ est hespéridé-doux, et n’est pas sans rappeler l’ouverture de l’Eau de Cologne de la même collection. Il enchaîne immédiatement sur la note arachide, pleine et légèrement grasse d’un vétiver Haïti, relevée d’une petite pointe terreuse, fraîche et humide. Puis le vétiver dévoile alors les accents fumés qu’on lui connait bien, des accents délicieux et rendus presque savoureux par la présence des notes chaudes et rondes du labdanum. A partir de ce moment, les sensations oscilleront entre celles d’un bois sec et montant (accompagné par le cèdre), et celles fumées-baumées d’un labdanum à peine collant.
Étonnamment, et bien que Sycomore ait une sorte d’aspect irrésistible et attirant, je ne me sentirai pas capable de le porter tous les jours. Il fait partie, pour moi, de ces parfums qui requièrent une occasion bien particulière, un état d’esprit propice à l’introspection et à la détente. État d’esprit que l’on ne trouve que par les après-midi de temps libre, où l’humeur est calme et l’atmosphère un peu suspendue…
S’il en était besoin, on saluera tout de même une fois de plus, la sobriété et la classe immanquable de cet Exclusif, qui s’insère parfaitement dans la collection confidentielle de Chanel, sur le plan olfactif grâce à une signature évidente, et qui vient la compléter avec justesse.
Et puisque les dédicaces c’est tout de même sympathique, je dédicace ce billet à Maryline qui fut et qui le sera encore je l’espère, une merveilleuse partenaire dans nos divagations olfactives autour des parfums et des matières premières…
L’hiver, c’est vétiver – Episode 3 / Vétiver Extraordinaire : Les Editions de Parfums Frédéric Malle
1/02/12
Le Vétiver Extraordinaire de Dominique Ropion pour les Editions de Parfums a été composé pour les hommes, nous dit-on. Et je dois reconnaître que ceux-ci le portent vraiment à merveille, comme pourra en attester POD qui se fait agresser chaque fois qu’il porte ce parfum en ma présence… C’est d’ailleurs normal, car ce vétiver est tellement une tuerie que la première fois que je l’ai essayé sur moi, j’ai vidé mon échantillon le lendemain. Je dois reconnaître que mon avis est totalement subjectif, mais que voulez-vous, je suis sensible depuis longtemps au style de Dominique Ropion, dont j’aime la patte élégante, sensible et imaginative. Je me suis trouvée tellement à ma place avec ce parfum, que je suis aujourd’hui certaine que les femmes ne devraient pas se priver de l’élégance d’une si belle odeur. De toute façon, nous savons bien vous et moi que le sexe en matière de parfum n’existe pas.
Vétiver Extraordinaire pourrait s’inscrire à première vue dans la lignée d’un Vétiver de Guerlain pour l’aspect lumineux et clair que les deux compositions ont en commun. Mais dans le cas qui nous occupe, cet effet est probablement du à l’utilisation d’une essence de vétiver Haïti extraite par distillation moléculaire, celle-ci permettant de ne garder que les effets olfactifs les plus purs et les plus limpides. Et sous ses faux airs de garçon sage, un peu inaccessible en apparence, Vétiver Extraordinaire est tout sauf une fragrance conventionnelle.
Il se dégage de ce parfum une allure certaine, une beauté habile et sensible qui sous certains aspects pourrait paraître froide, car légèrement intimidante. Pourtant, nous sommes bien sur le registre de l’extra-ordinaire, et j’aurais ainsi tendance à dire qu’il s’agit d’un vétiver pour les « originaux ». Si à son tour, ce parfum s’inscrit dans une certaine tradition, c’est pour mieux s’en échapper. Tout d’abord le traitement de la matière propose une sensation boisée assez nouvelle. On découvre ce bois sous un jour qu’on ne lui connait pas tout à fait : humide et frais, il a quelque peu délaissé son côté massif et fumé. Il se positionne désormais presque naturellement en tête, et comme par chance le vétiver garde ses propriétés de note de fond, on a le plaisir de suivre une matière claire et ravissante de pureté jusque sur les dernières heures de tenue. Un exploit je ne sais pas, un vrai bonheur, à n’en pas douter.
Le dosage de vétiver aurait atteint selon la marque les 25% dans la composition, ce qui est juste parfaitement énorme (à titre de comparaison, Germaine Cellier osa un dosage de 8% de galbanum dans Vent Vert de Balmain, ce qui avait déjà suscité l’admiration). Là encore, on sort des sentiers battus, mais sans presque s’en rendre compte, cette surdose passe comme une lettre à la poste. Car ce qui retient l’attention, c’est l’harmonie dans laquelle Dominique Ropion a inséré et positionné sa matière. Le départ très épicé-cardamome jette un peu de poudre aux yeux, et s’accompagne d’une belle bigarade verte et amère. Le coeur se poursuit sur un ping-pong permanent entre les notes épicées-chaudes du poivre, de la noix de muscade, ainsi que d’une pointe de cumin et la note humide et froide du vétiver. Le contraste est permanent, et
pourtant tout est calme. Une certaine sérénité se dégage de l’ensemble, n’oublions pas que ce bois (soutenu par son vieux copain de toujours le cèdre) renvoit à des notions de stabilité et de structure rassurantes. Enfin, la note s’égrène lentement vers une douceur touffue de mousse fraîche grâce à la mousse de chêne qui rend l’image plus vraie que nature mais aussi grâce à la rondeur des muscs aux nuances végétales (comme la globalide).
De ce parfum vous retiendrez une classe imposante mais aussi une envie d’anticonformisme certain, qui vous poussera, si vous l’aimez, à vous poser quelques questions sur vous. C’est probablement à partir de cette sensation (bien que ne l’ayant formulée qu’aujourd’hui) que je me suis naturellement dirigée vers ce parfum pour dire mon amitié à l’un de mes amis les plus chers qui m’aura toujours poussée, depuis que je le connais, à ne pas me laisser aller à la facilité et à ne pas me contenter des choses établies.
Pour Pierre-Olivier, avec toute mon affection.


