Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Poivrebleu
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Article par Poivrebleu
L’hiver, c’est vétiver : Episode 4 / Sycomore : Chanel
9/02/12
Nous nous retrouvons enfin pour le dernier opus de cette série sur le vétiver. A l’origine, j’avais choisi d’écrire ce billet sur Sycomore en dernier, car il s’apparentait, au début de la série, au parfum que je préférais. Et puis c’était peut-être (probablement) une des critiques les plus attendues, comme souvent lorsque l’on parle des Exclusifs. Aujourd’hui, je mentirai si je disais que les choses n’ont pas changé, car mon cœur balance depuis que j’ai vraiment pris le temps d’approfondir les 4 parfums de cette série. Mais nous essaierons de résoudre le dilemme ensemble d’ici peu.
Sycomore est un vrai vétiver. Il trace un sillon net dans l’histoire des « travaux sur le vétiver » et s’impose de tout son caractère : celui d’un bois à la poigne ferme et vigoureuse. Pourtant, on nous dit qu’il aurait été créé pour les femmes. Hormis le splendide « Baiser du Dragon » dont nous avons parlé dans le billet d’introduction, il existe bien peu de parfums ayant ouvertement travaillé la note vétiver pour les femmes (s’il on excepte Habanita de Molinard dans lequel la note vétiver est évidente, mais sans être l’élément central ou la base du parfum).
Unanimement reconnu par de nombreux amateurs comme étant l’un des vétivers les plus fins et les plus raffinés, il est très apprécié des hommes, et à juste titre, car on y retrouve encore une fois presque tous les attributs d’un vétiver classique : dense, élégant, racé, avec l’aspect aiguisé et tranchant typique de la matière. Cependant, Sycomore se démarque et se distingue, dans l’équilibre qu’il a réussi a établir entre la forme géométrique et anguleuse du bois et une certaine sensation de volupté et de souplesse. Je ne sais pas si cette souplesse ne peut être remarquée que par les femmes, quoi qu’il en soit, ce parfum me pose régulièrement des problèmes existentiels. Là où les hommes ne se poseront certainement pas de questions, je reste pour ma part interloquée par ce parfum, ne sachant pas réellement par quel bout l’attaquer, par quel morceau me l’approprier. Car si son apparente épaisseur a tendance à me gêner, je suis inextricablement attirée par la rondeur qui se dégage de son sillage, par sa patte baumée ferme et douce et son caractère fumé.
On reste ainsi dans une sorte de tension permanente tout au long de son évolution, fixé dans une concentration intense qui se prête bien aux après-midi de lecture ou d’introspection. Des moments où l’on se questionne, où le temps passe plus doucement, au rythme de la mécanique lente et régulière de la pensée qui s’écoule, le tout sur un musique de Bach.
En effet, l’évolution de Sycomore, bien que réelle, est assez linéaire, et repose encore une fois sur cette sensation de dualité entre force et souplesse. Le départ est hespéridé-doux, et n’est pas sans rappeler l’ouverture de l’Eau de Cologne de la même collection. Il enchaîne immédiatement sur la note arachide, pleine et légèrement grasse d’un vétiver Haïti, relevée d’une petite pointe terreuse, fraîche et humide. Puis le vétiver dévoile alors les accents fumés qu’on lui connait bien, des accents délicieux et rendus presque savoureux par la présence des notes chaudes et rondes du labdanum. A partir de ce moment, les sensations oscilleront entre celles d’un bois sec et montant (accompagné par le cèdre), et celles fumées-baumées d’un labdanum à peine collant.
Étonnamment, et bien que Sycomore ait une sorte d’aspect irrésistible et attirant, je ne me sentirai pas capable de le porter tous les jours. Il fait partie, pour moi, de ces parfums qui requièrent une occasion bien particulière, un état d’esprit propice à l’introspection et à la détente. État d’esprit que l’on ne trouve que par les après-midi de temps libre, où l’humeur est calme et l’atmosphère un peu suspendue…
S’il en était besoin, on saluera tout de même une fois de plus, la sobriété et la classe immanquable de cet Exclusif, qui s’insère parfaitement dans la collection confidentielle de Chanel, sur le plan olfactif grâce à une signature évidente, et qui vient la compléter avec justesse.
Et puisque les dédicaces c’est tout de même sympathique, je dédicace ce billet à Maryline qui fut et qui le sera encore je l’espère, une merveilleuse partenaire dans nos divagations olfactives autour des parfums et des matières premières…
L’hiver, c’est vétiver – Episode 3 / Vétiver Extraordinaire : Les Editions de Parfums Frédéric Malle
1/02/12
Le Vétiver Extraordinaire de Dominique Ropion pour les Editions de Parfums a été composé pour les hommes, nous dit-on. Et je dois reconnaître que ceux-ci le portent vraiment à merveille, comme pourra en attester POD qui se fait agresser chaque fois qu’il porte ce parfum en ma présence… C’est d’ailleurs normal, car ce vétiver est tellement une tuerie que la première fois que je l’ai essayé sur moi, j’ai vidé mon échantillon le lendemain. Je dois reconnaître que mon avis est totalement subjectif, mais que voulez-vous, je suis sensible depuis longtemps au style de Dominique Ropion, dont j’aime la patte élégante, sensible et imaginative. Je me suis trouvée tellement à ma place avec ce parfum, que je suis aujourd’hui certaine que les femmes ne devraient pas se priver de l’élégance d’une si belle odeur. De toute façon, nous savons bien vous et moi que le sexe en matière de parfum n’existe pas.
Vétiver Extraordinaire pourrait s’inscrire à première vue dans la lignée d’un Vétiver de Guerlain pour l’aspect lumineux et clair que les deux compositions ont en commun. Mais dans le cas qui nous occupe, cet effet est probablement du à l’utilisation d’une essence de vétiver Haïti extraite par distillation moléculaire, celle-ci permettant de ne garder que les effets olfactifs les plus purs et les plus limpides. Et sous ses faux airs de garçon sage, un peu inaccessible en apparence, Vétiver Extraordinaire est tout sauf une fragrance conventionnelle.
Il se dégage de ce parfum une allure certaine, une beauté habile et sensible qui sous certains aspects pourrait paraître froide, car légèrement intimidante. Pourtant, nous sommes bien sur le registre de l’extra-ordinaire, et j’aurais ainsi tendance à dire qu’il s’agit d’un vétiver pour les « originaux ». Si à son tour, ce parfum s’inscrit dans une certaine tradition, c’est pour mieux s’en échapper. Tout d’abord le traitement de la matière propose une sensation boisée assez nouvelle. On découvre ce bois sous un jour qu’on ne lui connait pas tout à fait : humide et frais, il a quelque peu délaissé son côté massif et fumé. Il se positionne désormais presque naturellement en tête, et comme par chance le vétiver garde ses propriétés de note de fond, on a le plaisir de suivre une matière claire et ravissante de pureté jusque sur les dernières heures de tenue. Un exploit je ne sais pas, un vrai bonheur, à n’en pas douter.
Le dosage de vétiver aurait atteint selon la marque les 25% dans la composition, ce qui est juste parfaitement énorme (à titre de comparaison, Germaine Cellier osa un dosage de 8% de galbanum dans Vent Vert de Balmain, ce qui avait déjà suscité l’admiration). Là encore, on sort des sentiers battus, mais sans presque s’en rendre compte, cette surdose passe comme une lettre à la poste. Car ce qui retient l’attention, c’est l’harmonie dans laquelle Dominique Ropion a inséré et positionné sa matière. Le départ très épicé-cardamome jette un peu de poudre aux yeux, et s’accompagne d’une belle bigarade verte et amère. Le coeur se poursuit sur un ping-pong permanent entre les notes épicées-chaudes du poivre, de la noix de muscade, ainsi que d’une pointe de cumin et la note humide et froide du vétiver. Le contraste est permanent, et
pourtant tout est calme. Une certaine sérénité se dégage de l’ensemble, n’oublions pas que ce bois (soutenu par son vieux copain de toujours le cèdre) renvoit à des notions de stabilité et de structure rassurantes. Enfin, la note s’égrène lentement vers une douceur touffue de mousse fraîche grâce à la mousse de chêne qui rend l’image plus vraie que nature mais aussi grâce à la rondeur des muscs aux nuances végétales (comme la globalide).
De ce parfum vous retiendrez une classe imposante mais aussi une envie d’anticonformisme certain, qui vous poussera, si vous l’aimez, à vous poser quelques questions sur vous. C’est probablement à partir de cette sensation (bien que ne l’ayant formulée qu’aujourd’hui) que je me suis naturellement dirigée vers ce parfum pour dire mon amitié à l’un de mes amis les plus chers qui m’aura toujours poussée, depuis que je le connais, à ne pas me laisser aller à la facilité et à ne pas me contenter des choses établies.
Pour Pierre-Olivier, avec toute mon affection.
L’hiver, c’est vétiver – Episode 2 / Encre Noire : Lalique
29/01/12
Bon allez, aujourd’hui ça ne rigole plus. Vendredi c’était sympa, un petit vétiver-doudou, gentil, pas trop percutant car arrondi et adouci, aujourd’hui, on attaque du lourd ! En plus, j’ai pas intérêt à me rater sur la rédaction du billet, parce que sinon, je vais me faire tailler les oreilles en pointe par O. , l’homme à qui j’ai eu l’honneur de conseiller et d’offrir (à moitié) ce parfum en tapant tellement dans le mille qu’il en est aujourd’hui à sa cinquième bouteille! Celui qui n’aimait pas les parfums (ou très peu) a finalement trouvé bonheur avec cet élixir de bois brut, cette composition magistrale autour du vétiver (orchestrée par Nathalie Lorson), probablement l’une des plus belles du marché.
Les parfumeurs et amateurs de parfums savent combien il est parfois difficile de « réinventer » une odeur, d’apporter son grain de sel à l’édifice des différents « Travaux autour du vétiver » et de proposer un parfum qui sorte du lot sans faire oublier la matière prise pour point de départ. Nathalie Lorson a réussi l’exploit de s’inscrire dans une tradition, dans une veine classique en terme d’odeur tout en construisant un vrai parfum de parti pris, où rien n’est vraiment évident et pourtant à la fois connu. Les notes du vétiver parlent presque à chacun d’entre nous, car même si on ne l’a jamais senti, ses évocations de terre et de bois frais réveillent le rapport à la nature que nous avons tous plus ou moins. Cette odeur est en ce sens rassurante et attendue lorsqu’on la découvre dans un parfum : « J’aime ce que je connais ». Et peut-être plus simplement, il y a une forte probabilité pour qu’un membre de votre famille, un collègue, un ami ou un amoureux ait déjà porté un « vétiver ». Je n’aurais bien sûr qu’à citer le Vétiver de Guerlain ou encore le Vétiver de Carven pour que vos yeux s’éclairent.
Cette image empreinte de classicisme est largement reprise dans la construction d’Encre Noire, puisqu’on va y retrouver un vétiver clair en tête, frais, à peine un peu salé, accompagné de la note aromatique-baumée du cyprès et de quelques agrumes, en petites touches. Nathalie Lorson exploite donc la tendance agrume naturelle du vétiver et lui donne un « twist » avec la note cyprès. La composition annonce l’utilisation de deux essences différentes : le vétiver Bourbon et le vétiver Haïti. Ma perception me fait dire que c’est le vétiver Haïti (le plus connu) qui s’exprime le plus, pour la fraîcheur et l’équilibre qu’il propose entre ses notes de terre, d’humidité et de sécheresse à la fois (un effet soutenu par les notes montantes du cashmeran, et qui ne sont pas sans rappeler certaines notes du patchouli), légèrement vertes et doucement fumées. L’originalité de ce parfum tient au fait que la matière a été poussée jusqu’aux limites de ce que l’on pourrait attendre d’un parfum classique, et en les dépassant légèrement, elle suscite l’interrogation. Le parfumeur a laissé assez de place à la matière pour qu’elle s’exprime nettement, plus clairement que dans d’autres références similaires tout en la lançant sur les rails d’une
évolution traditionnelle, emmenant ce cœur de bois vers une lente évolution, à l’image des braises qui rougeoient pour perdre tout doucement, tout doucement de leur chaleur. Sur la fin, on perçoit encore un peu de terre fraîche, mais le tout s’est fondu sous la douceur des muscs qui font le lien avec la peau et donnent à ce parfum à l’aspect rectiligne une petite touche de rondeur charnelle…
Dans l’un des commentaires depuis le début de la série, je me suis servie de l’image du bloc de bois pour décrire ce que m’évoquait l’odeur du vétiver. A vrai dire, il me semble qu’Encre Noire a magnifié cette image, proposant un opus sur le vétiver à l’écriture fine, humble et touchante, à l’image de l’ébéniste qui sculpte sa matière pour lui donner vie.
Ce parfum, que je n’ai connu que sur les autres (sur un seul autre pour être plus précise) fait sans nul doute partie des fragrances les plus agréables et les plus séduisantes à sentir sur un homme. Sans prétendre qu’une femme ne pourrait se l’approprier, force est de reconnaître que c’est sur la peau d’un homme qu’il est le plus à même de déployer son charme captivant et sa présence virile.
Massif, sobre, intemporel, élégant et sophistiqué.
Je dédicace ce billet à Olivier, qui se sera reconnu, j’espère, dans la description de son parfum avec lequel je lui souhaite de vivre encore une longue histoire…
L’hiver, c’est vétiver – Episode 1 / Vétiver Tonka : Hermès
27/01/12
Pour ce premier épisode sur le vétiver, j’ai choisi de prendre une version soft… avant de tous vous assassiner demain ! Le Vétiver Tonka de Jean-Claude Ellena pour Hermès n’est en effet pas le vétiver le plus brut que le marché ait à offrir. Mais cette interprétation de la matière est fidèle à la patte du créateur, qui nous offre ici une image personnelle de ce bois.
Nous avions parlé dans le billet précédent de l’essence seule, une matière rude, aux accents terreux, une note frappante et cossue ! Le parfumeur-maison d’Hermès a visiblement voulu jouer avec ce bois sur un autre registre et en faire une sorte de « vétiver – doudou », une conception de ce matériau somme toute assez inhabituelle. On perçoit à nouveau comme régulièrement dans le style de Monsieur Ellena, un travail de recherche sur une matière que l’on déshabille, que l’on cisaille, que l’on dépouille et que l’on ne se contente pas d’utiliser telle quelle. Plutôt que de chercher à masquer ce qui le dérange, le parfumeur procède à l’inverse : il re-compose sa matière, à l’image de ce qu’il a dans la tête.
Et c’est d’ailleurs le sentiment que j’ai en portant cette Hermessence : celui d’un vétiver poli, ajusté, duquel on aura prélevé les notes « parasites » (ou perçues comme telles pour la composition recherchée) et qui bondit alors sur un registre bien différent de celui qu’on lui connait. Le registre gourmand.
L’envolée est fugace, il y a peu de notes volatiles, mais surtout une giclée presque immédiate de coumarine (cette note à odeur de foin, de colle blanche et légèrement amandée, découverte dans la fève tonka). On dérive rapidement sur le coeur, où la sensation pleine et généreuse de la note amandée se croise avec l’effet montant et sec du vétiver et des bois-ambrés, le tout recouvert d’une fine couche de notes gourmandes (coumarine, acétate de vétyvéryle, vertofix et ethyl-maltol sont les notes qui me viennent en tête). Il est bon de noter que le parfum ne dérive jamais vers une gourmandise sucrée, ce qui le rend d’ailleurs assez facile à porter, malgré la présence importante de la coumarine, qui en surdose a parfois des effets alourdissants et un peu étouffants. (Pour vous donner une idée d’un parfum surdosé de la sorte, allez donc plonger votre nez dans un flacon de Body Kouros (parfum que j’adore au demeurant).)
D’ailleurs, c’est probablement à cause de cette surdose, et malgré que Vétiver Tonka ait été conçu comme un mixte, que son final me fait
invariablement penser à un accord fougère assez traditionnel, avec un petit clin d’oeil à la mousse à raser (dû aussi en partie à la dose importante de muscs présents dans cet opus). Mais rassurez-vous,t l’empreinte reste résolument boisée. Ces notes douces et suaves s’accordent avec l’aspect un peu aride et montant des bois-ambrés, mais aussi avec la généreuse note de caramel (et peut-être une pointe de café…). On obtient à l’arrivée un parfum au vétiver crépitant, craquotant et croustillant sur le dessus, puis tendre, plein et riche à l’intérieur, à l’image d’un sablé aux amandes…
Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j’ai parfois (voire très souvent) du mal avec le style de Jean-Claude Ellena, que je trouve désincarné. J’ai cependant toujours affirmé pouvoir apprécier une création sans pouvoir moi-même la porter, en plus de quoi, il n’est pas impossible sur l’ensemble d’une oeuvre, que l’on puisse se retrouver ponctuellement dans quelques créations. Vétiver Tonka fait partie de la première série des Hermessences lancées en 2004, celle qui a signé le début de la collaboration entre le sellier et le parfumeur. Et je me prends à croire que la patte « chirurgicale » qui s’est illustrée dans certaines des récentes créations, n’était pas encore si présente à l’époque. Sans être moins intéressant que ceux qui l’ont suivi ou précédé, je prends ce vétiver comme une sorte de prototype, un essai génial et inattendu, qui nous touche par son approche de la perfection, tout en restant un poil en dessous de celle-ci…
L’hiver, c’est vétiver / Série Matières Premières
25/01/12
Bon, ça faisait longtemps hein ? Oui, trop, je sais, comme à peu près chaque fois. Mais Thierry est d’accord avec moi, en ce moment ce n’est pas facile. Cela dit, j’ai décidé pour les prochains billets à venir d’écrire ceux qui attendent leur tour depuis plusieurs mois voire plusieurs années…
Et nous allons commencer avec cette série de billets sur le vétiver, parce que ça fait tout de même 10 000 ans qu’elle attend, en plus, Les Fans l’ont réclamée, et pour finir, c’est l’hiver, on a besoin de se sentir en sécurité avec des parfums qui tiennent la route. Et pour cela, rien de mieux que les boisés ! Le vétiver, ça vous parle non ? Il s’agit à n’en pas douter de l’une des matières les plus célèbres de la palette du parfumeur, et de l’un des bois les plus utilisés, avec le cèdre notamment. Comme beaucoup de bois, il s’est plus largement illustré dans la parfumerie masculine, car ses notes olfactives ont toujours été considérées comme plus viriles. On pourrait le décrire de manière générale comme une note plutôt rude où se mêlent des sensations de terre mouillée, sablonneuse, de mousse, de fumée, de beurre d’arachide, de fraîcheur verte et humide, mais aussi de pamplemousse. Le lien existant entre le vétiver et le pamplemousse a d’ailleurs largement été illustré ces dernières années avec bien sûr le Terre d’Hermès qui a probablement lancé la tendance, Infusion de Vétiver de Prada ou plus récemment le Mâle Terrible de Jean-Paul Gaultier.
Cependant les propriétés structurantes du vétiver sont connues depuis bien longtemps des parfumeurs, et il est présent dans beaucoup de féminins comme le N°5 de Chanel ou encore Calèche d’Hermès. L’arrivée de cette matière en dose « importante » dans un féminin a été instaurée par feu Le Baiser du Dragon de Cartier, un magnifique féminin boisé, fleuri, à la texture riche et mystérieuse. Mais malheureusement, ce petit bijou composé par Alberto Morillas n’a visiblement pas rencontré son public et est discontinué depuis l’année dernière.
J’ai souhaité lancer cette série parce que pour commencer j’adore les séries. En plus Megaupload vient de fermer, on est tous en manque, il faut bien trouver des moyens alternatifs de trouver du contenu gratuit, sympa et stimulant pour les neurones, parce que personnellement, je n’ai pas vraiment envie de me rabattre sur la télé.
Et en vrai, il faut dire que depuis que je m’intéresse au parfum, le vétiver a exercé sur moi une lente mais impérieuse attraction, à laquelle j’ai succombé par 2 fois (complètement ou en partie, les intéressés se reconnaîtront), en conseillant et offrant à 2 de mes amis les plus proches des parfums construits autour du vétiver (Nous aurons donc l’occasion d’en reparler). J’ai d’abord considéré, jeune padawan que j’étais, que cette matière était bien trop rustre pour que j’arrive un jour à la porter, mais sa richesse olfactive a eu raison de moi, et je me suis retrouvée à porter de l’essence seule, à même la peau, pour en observer l’évolution (l’examen est d’ailleurs bien plus intéressant sur peau pour cette matière), jusqu’à ce que j’essaye des parfums associés, une fois, deux fois, trois fois… Et je suis aujourd’hui sans nul doute à l’aube d’un achat, mais je doute encore de la référence qui me conviendra le mieux. Verdict à la fin de la saison !
Pour la préparation de ces billets, j’ai fouillé dans mes tiroirs et j’ai ressorti les 4 principales essences de vétiver utilisées en parfumerie, afin d’observer les nuances de qualités et les différences olfactives. Je me suis basée sur 4 essences des Laboratoires Monique Rémy (détenus par IFF) dont la réputation en terme de matières premières naturelles n’est plus à faire. 4 essences pour 4 origines différentes : Bourbon (Ile de la Réunion), Madagascar, Haïti et Java. Pour information, la production de l’Ile de la Réunion est aujourd’hui de plus en plus rare, et il semblerait que l’origine Madagascar tende à la supplanter.
En terme de richesse, et de »lourdeur » olfactive, ce sont bien les essences Bourbon et Madagascar qui se démarquent le mieux : les odeurs de terre sont très présentes, un aspect légèrement gras et arachide se développe en tête, avant de laisser place à des sensations moussues puis fumées. Le vétiver Haïti est mon préféré : il offre un très bel équilibre entre les notes de fumée, de terre, mais aussi d’agrumes. Il est ainsi plus frais, et légèrement plus vert que les autres. Enfin, le vétiver Java est celui dont la note est la plus légère (disons qu’il parle moins fort que les autres), mais aussi la plus fumée : il donne ainsi une sensation un peu noire de charbon de bois, bien qu’on lui retrouve une caractéristique terreuse. En conclusion, les 4 essences renvoient nettement une forte sensation de structure, presque de rigidité qui donnent à cette matière une image de solidité et tenacité.
Malgré tous ces qualificatifs bien masculins, le vétiver est clairement l’une des matières les plus riches en terme de sensations, l’une des plus facettées et l’une des plus émouvantes de la palette du parfumeur. J’espère qu’au fil des billets, nous aurons l’occasion de discuter de vos impressions et de vos ressentis, et qu’à la fin, je vous aurais convaincus de la nécessité pour tout bon perfumista de disposer d’un vétiver qui lui convient chez soi.
Thierry Mugler : Le goût du parfum / Womanity
5/12/11
Pour vous faire partager nos coups de coeur de façon un peu plus originale que d’habitude, le Dr Jicky et moi-même, nous vous proposons une publication croisée pour cette collection plus originale que d’habitude elle aussi!
Je sais pas vous, mais perso, quand j’écris « Figue » sur un clavier d’ordinateur, et que je penche ma tête vers la gauche, je vois une sorte de boxeur qui fait du monocycle (en considérant le F comme la tête, le g comme les gants de boxe et le e comme la petite roue, si si je vous jure).
Et bizarrement, cette image correspond particulièrement bien à Womanity, transformé ici en « Chutney de Figues ». Coïncidence ? Je ne pense pas…
Car, je l’ai répété à divers endroits, mais avec sa série limité Le Goût du Parfum, Thierry Mugler vient de trouver un filon. Un vrai. Comme si le boxeur en monocycle avait trouvé l’équilibre sur un fil de funambule. Et pourtant c’était évident : le Goût ! Après le premier vrai gourmand, le premier vrai salé, obligatoirement, le maître du palais en flacon se devait d’être Mugler.
L’association entre la boxe et le monocycle décrit la magie même de Womanity Chutney de Figues : le parfum associe la violence, le combat et la force des points, ainsi que la grâce, l’élégance et la souplesse des jambes.
C’est pour cette raison qu’avec Miss Poivre Bleu, nous avons décidé de nous essayer à notre tour au sport tendance de cette fin d’année 2011 : la boxe en monocycle ! Adoptons la Figue attitude ! Les débuts sont difficiles, mais une fois le coup de main pris, le jeu en vaut la peine !
Alors que le paysage défile à une vitesse considérable, que nos jambes pédalent frénétiquement afin de garder un équilibre précaire, et que nos poings s’agitent en l’air comme pour atteindre une odeur qui nous échappe, Womanity Chutney de Figues nous dépasse aisément. Il n’en fallait pas plus pour nous motiver. Regard complice, tape synchro dans la main, « Eye of the Tiger » qui débute, et nos pieds qui pédalent pour rattraper la silhouette narquoise de Womanity Chutney de Figues (enfin… Narquoise, narquoise, certes, mais bigrement rapide aussi !).
Le départ a été réellement épicé, et a moins fait la part belle aux joies de l’océan, pas comme notre course avec le Womanity d’origine. Jeux de jambes, en un tour de mains, Womanity Chutney de Figues a réussi à nous faire oublier toutes les foutues nouveautés, qui en plus d’avoir encore les roulettes et les gants en mousse, préfèrent rester à la case Terre quand elles jouent à la marelle. Ces petits sucraillons, Womanity Chutney de Figues leur roule dessus (et nous, bonnes bourriques, on essaye juste de passer entre, mais finalement, le ménagement c’est pour les faibles).
Au cours de cette course effrénée, Womanity Chutney de Figues a laissé ça et là quelques indices quant à sa compréhension, et tout est limpide. Il ne faut pas se compliquer l’esprit à chercher une énième incarnation pour notre monocycliste toute de figue odorante. Elle se suffit à elle-même. Le Womanity ultime, c’est elle.
Hélas !!! [Trois fois Hélas], là où notre route se perpétue sur des kilomètres et des kilomètres, le petit sentier de Womanity Chutney de Figues s’arrêtera prochainement. Et c’est là que Nez Bavard et moi-même nous associons, et que de nos monocycles surgit un tandem ! Nous entreprenos ici la course associative pour la sauvegarde de Womanity Chutney de Figues dans la collection permanente, parce qu’abandonner une si belle création serait réellement dommage ! (et pareil pour Alien Caramel au Beurre Salé en passant !)
Rejoignez nous !
Et vive la boxe en monocycle !
Résultats du Grand jeu des favoris!
26/11/11
Après cette semaine de mystères, de devinettes et de triturages de méninges en tout genre, les favoris de Poivre Bleu ont été révélés au grand jour hier soir, ici même! Et c’est Julien (qui signe souvent ici en tant que JulienFromDijon) qui remporte le set des 5 échantillons et qui aura le plaisir de nous accompagner pour un dîner de fête et de discussion parfumées le 18 décembre prochain!
Vous pouvez retrouver les articles des favoris correspondants en suivant les liens ci-dessous :
Alien de Thierry Mugler, Azzaro Couture 2008 d’Azzaro, Amaranthine de Penhaligon’s, Original Musk de Kiehl’s (le seul qui manquait à l’appel était donc Ambre Extrême de l’Artisan Parfumeur, mais il ne saurait plus tarder désormais!)
Merci encore à tous d’avoir participé, j’espère que le jeu vous aura plu!








