Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Familles Olfactives
L’hiver, c’est vétiver : Episode 4 / Sycomore : Chanel
9/02/12
Nous nous retrouvons enfin pour le dernier opus de cette série sur le vétiver. A l’origine, j’avais choisi d’écrire ce billet sur Sycomore en dernier, car il s’apparentait, au début de la série, au parfum que je préférais. Et puis c’était peut-être (probablement) une des critiques les plus attendues, comme souvent lorsque l’on parle des Exclusifs. Aujourd’hui, je mentirai si je disais que les choses n’ont pas changé, car mon cœur balance depuis que j’ai vraiment pris le temps d’approfondir les 4 parfums de cette série. Mais nous essaierons de résoudre le dilemme ensemble d’ici peu.
Sycomore est un vrai vétiver. Il trace un sillon net dans l’histoire des « travaux sur le vétiver » et s’impose de tout son caractère : celui d’un bois à la poigne ferme et vigoureuse. Pourtant, on nous dit qu’il aurait été créé pour les femmes. Hormis le splendide « Baiser du Dragon » dont nous avons parlé dans le billet d’introduction, il existe bien peu de parfums ayant ouvertement travaillé la note vétiver pour les femmes (s’il on excepte Habanita de Molinard dans lequel la note vétiver est évidente, mais sans être l’élément central ou la base du parfum).
Unanimement reconnu par de nombreux amateurs comme étant l’un des vétivers les plus fins et les plus raffinés, il est très apprécié des hommes, et à juste titre, car on y retrouve encore une fois presque tous les attributs d’un vétiver classique : dense, élégant, racé, avec l’aspect aiguisé et tranchant typique de la matière. Cependant, Sycomore se démarque et se distingue, dans l’équilibre qu’il a réussi a établir entre la forme géométrique et anguleuse du bois et une certaine sensation de volupté et de souplesse. Je ne sais pas si cette souplesse ne peut être remarquée que par les femmes, quoi qu’il en soit, ce parfum me pose régulièrement des problèmes existentiels. Là où les hommes ne se poseront certainement pas de questions, je reste pour ma part interloquée par ce parfum, ne sachant pas réellement par quel bout l’attaquer, par quel morceau me l’approprier. Car si son apparente épaisseur a tendance à me gêner, je suis inextricablement attirée par la rondeur qui se dégage de son sillage, par sa patte baumée ferme et douce et son caractère fumé.
On reste ainsi dans une sorte de tension permanente tout au long de son évolution, fixé dans une concentration intense qui se prête bien aux après-midi de lecture ou d’introspection. Des moments où l’on se questionne, où le temps passe plus doucement, au rythme de la mécanique lente et régulière de la pensée qui s’écoule, le tout sur un musique de Bach.
En effet, l’évolution de Sycomore, bien que réelle, est assez linéaire, et repose encore une fois sur cette sensation de dualité entre force et souplesse. Le départ est hespéridé-doux, et n’est pas sans rappeler l’ouverture de l’Eau de Cologne de la même collection. Il enchaîne immédiatement sur la note arachide, pleine et légèrement grasse d’un vétiver Haïti, relevée d’une petite pointe terreuse, fraîche et humide. Puis le vétiver dévoile alors les accents fumés qu’on lui connait bien, des accents délicieux et rendus presque savoureux par la présence des notes chaudes et rondes du labdanum. A partir de ce moment, les sensations oscilleront entre celles d’un bois sec et montant (accompagné par le cèdre), et celles fumées-baumées d’un labdanum à peine collant.
Étonnamment, et bien que Sycomore ait une sorte d’aspect irrésistible et attirant, je ne me sentirai pas capable de le porter tous les jours. Il fait partie, pour moi, de ces parfums qui requièrent une occasion bien particulière, un état d’esprit propice à l’introspection et à la détente. État d’esprit que l’on ne trouve que par les après-midi de temps libre, où l’humeur est calme et l’atmosphère un peu suspendue…
S’il en était besoin, on saluera tout de même une fois de plus, la sobriété et la classe immanquable de cet Exclusif, qui s’insère parfaitement dans la collection confidentielle de Chanel, sur le plan olfactif grâce à une signature évidente, et qui vient la compléter avec justesse.
Et puisque les dédicaces c’est tout de même sympathique, je dédicace ce billet à Maryline qui fut et qui le sera encore je l’espère, une merveilleuse partenaire dans nos divagations olfactives autour des parfums et des matières premières…
L’hiver, c’est vétiver – Episode 3 / Vétiver Extraordinaire : Les Editions de Parfums Frédéric Malle
1/02/12
Le Vétiver Extraordinaire de Dominique Ropion pour les Editions de Parfums a été composé pour les hommes, nous dit-on. Et je dois reconnaître que ceux-ci le portent vraiment à merveille, comme pourra en attester POD qui se fait agresser chaque fois qu’il porte ce parfum en ma présence… C’est d’ailleurs normal, car ce vétiver est tellement une tuerie que la première fois que je l’ai essayé sur moi, j’ai vidé mon échantillon le lendemain. Je dois reconnaître que mon avis est totalement subjectif, mais que voulez-vous, je suis sensible depuis longtemps au style de Dominique Ropion, dont j’aime la patte élégante, sensible et imaginative. Je me suis trouvée tellement à ma place avec ce parfum, que je suis aujourd’hui certaine que les femmes ne devraient pas se priver de l’élégance d’une si belle odeur. De toute façon, nous savons bien vous et moi que le sexe en matière de parfum n’existe pas.
Vétiver Extraordinaire pourrait s’inscrire à première vue dans la lignée d’un Vétiver de Guerlain pour l’aspect lumineux et clair que les deux compositions ont en commun. Mais dans le cas qui nous occupe, cet effet est probablement du à l’utilisation d’une essence de vétiver Haïti extraite par distillation moléculaire, celle-ci permettant de ne garder que les effets olfactifs les plus purs et les plus limpides. Et sous ses faux airs de garçon sage, un peu inaccessible en apparence, Vétiver Extraordinaire est tout sauf une fragrance conventionnelle.
Il se dégage de ce parfum une allure certaine, une beauté habile et sensible qui sous certains aspects pourrait paraître froide, car légèrement intimidante. Pourtant, nous sommes bien sur le registre de l’extra-ordinaire, et j’aurais ainsi tendance à dire qu’il s’agit d’un vétiver pour les « originaux ». Si à son tour, ce parfum s’inscrit dans une certaine tradition, c’est pour mieux s’en échapper. Tout d’abord le traitement de la matière propose une sensation boisée assez nouvelle. On découvre ce bois sous un jour qu’on ne lui connait pas tout à fait : humide et frais, il a quelque peu délaissé son côté massif et fumé. Il se positionne désormais presque naturellement en tête, et comme par chance le vétiver garde ses propriétés de note de fond, on a le plaisir de suivre une matière claire et ravissante de pureté jusque sur les dernières heures de tenue. Un exploit je ne sais pas, un vrai bonheur, à n’en pas douter.
Le dosage de vétiver aurait atteint selon la marque les 25% dans la composition, ce qui est juste parfaitement énorme (à titre de comparaison, Germaine Cellier osa un dosage de 8% de galbanum dans Vent Vert de Balmain, ce qui avait déjà suscité l’admiration). Là encore, on sort des sentiers battus, mais sans presque s’en rendre compte, cette surdose passe comme une lettre à la poste. Car ce qui retient l’attention, c’est l’harmonie dans laquelle Dominique Ropion a inséré et positionné sa matière. Le départ très épicé-cardamome jette un peu de poudre aux yeux, et s’accompagne d’une belle bigarade verte et amère. Le coeur se poursuit sur un ping-pong permanent entre les notes épicées-chaudes du poivre, de la noix de muscade, ainsi que d’une pointe de cumin et la note humide et froide du vétiver. Le contraste est permanent, et
pourtant tout est calme. Une certaine sérénité se dégage de l’ensemble, n’oublions pas que ce bois (soutenu par son vieux copain de toujours le cèdre) renvoit à des notions de stabilité et de structure rassurantes. Enfin, la note s’égrène lentement vers une douceur touffue de mousse fraîche grâce à la mousse de chêne qui rend l’image plus vraie que nature mais aussi grâce à la rondeur des muscs aux nuances végétales (comme la globalide).
De ce parfum vous retiendrez une classe imposante mais aussi une envie d’anticonformisme certain, qui vous poussera, si vous l’aimez, à vous poser quelques questions sur vous. C’est probablement à partir de cette sensation (bien que ne l’ayant formulée qu’aujourd’hui) que je me suis naturellement dirigée vers ce parfum pour dire mon amitié à l’un de mes amis les plus chers qui m’aura toujours poussée, depuis que je le connais, à ne pas me laisser aller à la facilité et à ne pas me contenter des choses établies.
Pour Pierre-Olivier, avec toute mon affection.
L’hiver, c’est vétiver – Episode 2 / Encre Noire : Lalique
29/01/12
Bon allez, aujourd’hui ça ne rigole plus. Vendredi c’était sympa, un petit vétiver-doudou, gentil, pas trop percutant car arrondi et adouci, aujourd’hui, on attaque du lourd ! En plus, j’ai pas intérêt à me rater sur la rédaction du billet, parce que sinon, je vais me faire tailler les oreilles en pointe par O. , l’homme à qui j’ai eu l’honneur de conseiller et d’offrir (à moitié) ce parfum en tapant tellement dans le mille qu’il en est aujourd’hui à sa cinquième bouteille! Celui qui n’aimait pas les parfums (ou très peu) a finalement trouvé bonheur avec cet élixir de bois brut, cette composition magistrale autour du vétiver (orchestrée par Nathalie Lorson), probablement l’une des plus belles du marché.
Les parfumeurs et amateurs de parfums savent combien il est parfois difficile de « réinventer » une odeur, d’apporter son grain de sel à l’édifice des différents « Travaux autour du vétiver » et de proposer un parfum qui sorte du lot sans faire oublier la matière prise pour point de départ. Nathalie Lorson a réussi l’exploit de s’inscrire dans une tradition, dans une veine classique en terme d’odeur tout en construisant un vrai parfum de parti pris, où rien n’est vraiment évident et pourtant à la fois connu. Les notes du vétiver parlent presque à chacun d’entre nous, car même si on ne l’a jamais senti, ses évocations de terre et de bois frais réveillent le rapport à la nature que nous avons tous plus ou moins. Cette odeur est en ce sens rassurante et attendue lorsqu’on la découvre dans un parfum : « J’aime ce que je connais ». Et peut-être plus simplement, il y a une forte probabilité pour qu’un membre de votre famille, un collègue, un ami ou un amoureux ait déjà porté un « vétiver ». Je n’aurais bien sûr qu’à citer le Vétiver de Guerlain ou encore le Vétiver de Carven pour que vos yeux s’éclairent.
Cette image empreinte de classicisme est largement reprise dans la construction d’Encre Noire, puisqu’on va y retrouver un vétiver clair en tête, frais, à peine un peu salé, accompagné de la note aromatique-baumée du cyprès et de quelques agrumes, en petites touches. Nathalie Lorson exploite donc la tendance agrume naturelle du vétiver et lui donne un « twist » avec la note cyprès. La composition annonce l’utilisation de deux essences différentes : le vétiver Bourbon et le vétiver Haïti. Ma perception me fait dire que c’est le vétiver Haïti (le plus connu) qui s’exprime le plus, pour la fraîcheur et l’équilibre qu’il propose entre ses notes de terre, d’humidité et de sécheresse à la fois (un effet soutenu par les notes montantes du cashmeran, et qui ne sont pas sans rappeler certaines notes du patchouli), légèrement vertes et doucement fumées. L’originalité de ce parfum tient au fait que la matière a été poussée jusqu’aux limites de ce que l’on pourrait attendre d’un parfum classique, et en les dépassant légèrement, elle suscite l’interrogation. Le parfumeur a laissé assez de place à la matière pour qu’elle s’exprime nettement, plus clairement que dans d’autres références similaires tout en la lançant sur les rails d’une
évolution traditionnelle, emmenant ce cœur de bois vers une lente évolution, à l’image des braises qui rougeoient pour perdre tout doucement, tout doucement de leur chaleur. Sur la fin, on perçoit encore un peu de terre fraîche, mais le tout s’est fondu sous la douceur des muscs qui font le lien avec la peau et donnent à ce parfum à l’aspect rectiligne une petite touche de rondeur charnelle…
Dans l’un des commentaires depuis le début de la série, je me suis servie de l’image du bloc de bois pour décrire ce que m’évoquait l’odeur du vétiver. A vrai dire, il me semble qu’Encre Noire a magnifié cette image, proposant un opus sur le vétiver à l’écriture fine, humble et touchante, à l’image de l’ébéniste qui sculpte sa matière pour lui donner vie.
Ce parfum, que je n’ai connu que sur les autres (sur un seul autre pour être plus précise) fait sans nul doute partie des fragrances les plus agréables et les plus séduisantes à sentir sur un homme. Sans prétendre qu’une femme ne pourrait se l’approprier, force est de reconnaître que c’est sur la peau d’un homme qu’il est le plus à même de déployer son charme captivant et sa présence virile.
Massif, sobre, intemporel, élégant et sophistiqué.
Je dédicace ce billet à Olivier, qui se sera reconnu, j’espère, dans la description de son parfum avec lequel je lui souhaite de vivre encore une longue histoire…
L’hiver, c’est vétiver – Episode 1 / Vétiver Tonka : Hermès
27/01/12
Pour ce premier épisode sur le vétiver, j’ai choisi de prendre une version soft… avant de tous vous assassiner demain ! Le Vétiver Tonka de Jean-Claude Ellena pour Hermès n’est en effet pas le vétiver le plus brut que le marché ait à offrir. Mais cette interprétation de la matière est fidèle à la patte du créateur, qui nous offre ici une image personnelle de ce bois.
Nous avions parlé dans le billet précédent de l’essence seule, une matière rude, aux accents terreux, une note frappante et cossue ! Le parfumeur-maison d’Hermès a visiblement voulu jouer avec ce bois sur un autre registre et en faire une sorte de « vétiver – doudou », une conception de ce matériau somme toute assez inhabituelle. On perçoit à nouveau comme régulièrement dans le style de Monsieur Ellena, un travail de recherche sur une matière que l’on déshabille, que l’on cisaille, que l’on dépouille et que l’on ne se contente pas d’utiliser telle quelle. Plutôt que de chercher à masquer ce qui le dérange, le parfumeur procède à l’inverse : il re-compose sa matière, à l’image de ce qu’il a dans la tête.
Et c’est d’ailleurs le sentiment que j’ai en portant cette Hermessence : celui d’un vétiver poli, ajusté, duquel on aura prélevé les notes « parasites » (ou perçues comme telles pour la composition recherchée) et qui bondit alors sur un registre bien différent de celui qu’on lui connait. Le registre gourmand.
L’envolée est fugace, il y a peu de notes volatiles, mais surtout une giclée presque immédiate de coumarine (cette note à odeur de foin, de colle blanche et légèrement amandée, découverte dans la fève tonka). On dérive rapidement sur le coeur, où la sensation pleine et généreuse de la note amandée se croise avec l’effet montant et sec du vétiver et des bois-ambrés, le tout recouvert d’une fine couche de notes gourmandes (coumarine, acétate de vétyvéryle, vertofix et ethyl-maltol sont les notes qui me viennent en tête). Il est bon de noter que le parfum ne dérive jamais vers une gourmandise sucrée, ce qui le rend d’ailleurs assez facile à porter, malgré la présence importante de la coumarine, qui en surdose a parfois des effets alourdissants et un peu étouffants. (Pour vous donner une idée d’un parfum surdosé de la sorte, allez donc plonger votre nez dans un flacon de Body Kouros (parfum que j’adore au demeurant).)
D’ailleurs, c’est probablement à cause de cette surdose, et malgré que Vétiver Tonka ait été conçu comme un mixte, que son final me fait
invariablement penser à un accord fougère assez traditionnel, avec un petit clin d’oeil à la mousse à raser (dû aussi en partie à la dose importante de muscs présents dans cet opus). Mais rassurez-vous,t l’empreinte reste résolument boisée. Ces notes douces et suaves s’accordent avec l’aspect un peu aride et montant des bois-ambrés, mais aussi avec la généreuse note de caramel (et peut-être une pointe de café…). On obtient à l’arrivée un parfum au vétiver crépitant, craquotant et croustillant sur le dessus, puis tendre, plein et riche à l’intérieur, à l’image d’un sablé aux amandes…
Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j’ai parfois (voire très souvent) du mal avec le style de Jean-Claude Ellena, que je trouve désincarné. J’ai cependant toujours affirmé pouvoir apprécier une création sans pouvoir moi-même la porter, en plus de quoi, il n’est pas impossible sur l’ensemble d’une oeuvre, que l’on puisse se retrouver ponctuellement dans quelques créations. Vétiver Tonka fait partie de la première série des Hermessences lancées en 2004, celle qui a signé le début de la collaboration entre le sellier et le parfumeur. Et je me prends à croire que la patte « chirurgicale » qui s’est illustrée dans certaines des récentes créations, n’était pas encore si présente à l’époque. Sans être moins intéressant que ceux qui l’ont suivi ou précédé, je prends ce vétiver comme une sorte de prototype, un essai génial et inattendu, qui nous touche par son approche de la perfection, tout en restant un poil en dessous de celle-ci…
Thierry Mugler : Le goût du parfum / Womanity
5/12/11
Pour vous faire partager nos coups de coeur de façon un peu plus originale que d’habitude, le Dr Jicky et moi-même, nous vous proposons une publication croisée pour cette collection plus originale que d’habitude elle aussi!
Je sais pas vous, mais perso, quand j’écris « Figue » sur un clavier d’ordinateur, et que je penche ma tête vers la gauche, je vois une sorte de boxeur qui fait du monocycle (en considérant le F comme la tête, le g comme les gants de boxe et le e comme la petite roue, si si je vous jure).
Et bizarrement, cette image correspond particulièrement bien à Womanity, transformé ici en « Chutney de Figues ». Coïncidence ? Je ne pense pas…
Car, je l’ai répété à divers endroits, mais avec sa série limité Le Goût du Parfum, Thierry Mugler vient de trouver un filon. Un vrai. Comme si le boxeur en monocycle avait trouvé l’équilibre sur un fil de funambule. Et pourtant c’était évident : le Goût ! Après le premier vrai gourmand, le premier vrai salé, obligatoirement, le maître du palais en flacon se devait d’être Mugler.
L’association entre la boxe et le monocycle décrit la magie même de Womanity Chutney de Figues : le parfum associe la violence, le combat et la force des points, ainsi que la grâce, l’élégance et la souplesse des jambes.
C’est pour cette raison qu’avec Miss Poivre Bleu, nous avons décidé de nous essayer à notre tour au sport tendance de cette fin d’année 2011 : la boxe en monocycle ! Adoptons la Figue attitude ! Les débuts sont difficiles, mais une fois le coup de main pris, le jeu en vaut la peine !
Alors que le paysage défile à une vitesse considérable, que nos jambes pédalent frénétiquement afin de garder un équilibre précaire, et que nos poings s’agitent en l’air comme pour atteindre une odeur qui nous échappe, Womanity Chutney de Figues nous dépasse aisément. Il n’en fallait pas plus pour nous motiver. Regard complice, tape synchro dans la main, « Eye of the Tiger » qui débute, et nos pieds qui pédalent pour rattraper la silhouette narquoise de Womanity Chutney de Figues (enfin… Narquoise, narquoise, certes, mais bigrement rapide aussi !).
Le départ a été réellement épicé, et a moins fait la part belle aux joies de l’océan, pas comme notre course avec le Womanity d’origine. Jeux de jambes, en un tour de mains, Womanity Chutney de Figues a réussi à nous faire oublier toutes les foutues nouveautés, qui en plus d’avoir encore les roulettes et les gants en mousse, préfèrent rester à la case Terre quand elles jouent à la marelle. Ces petits sucraillons, Womanity Chutney de Figues leur roule dessus (et nous, bonnes bourriques, on essaye juste de passer entre, mais finalement, le ménagement c’est pour les faibles).
Au cours de cette course effrénée, Womanity Chutney de Figues a laissé ça et là quelques indices quant à sa compréhension, et tout est limpide. Il ne faut pas se compliquer l’esprit à chercher une énième incarnation pour notre monocycliste toute de figue odorante. Elle se suffit à elle-même. Le Womanity ultime, c’est elle.
Hélas !!! [Trois fois Hélas], là où notre route se perpétue sur des kilomètres et des kilomètres, le petit sentier de Womanity Chutney de Figues s’arrêtera prochainement. Et c’est là que Nez Bavard et moi-même nous associons, et que de nos monocycles surgit un tandem ! Nous entreprenos ici la course associative pour la sauvegarde de Womanity Chutney de Figues dans la collection permanente, parce qu’abandonner une si belle création serait réellement dommage ! (et pareil pour Alien Caramel au Beurre Salé en passant !)
Rejoignez nous !
Et vive la boxe en monocycle !
Thierry Mugler : Angel Eau de Toilette
31/10/11
Commençons par une information de la plus haute importance : Je veux être Eva Mendes. C’est pas compliqué, débrouillez-vous, ce soir je vais me coucher, demain, quand je me lèverai, je serai Eva Mendes. La dernière fois, c’était à Jerry Hall que je voulais ressembler, mais bon, il faut vivre avec son temps n’est-ce pas ? Voilà, donc, partons du principe que ce point est acquis, maintenant on va peut-être pouvoir parler d’Angel Eau de Toilette.
Je ne reviendrai pas sur le thème du « C’est pas le bon parfumeur qu’on a choisi pour l’EDT », le débat a fait rage sur d’autres blogs que le mien. Je pense d’ailleurs que ce débat est stérile dans la mesure où tous les acteurs de l’industrie sont responsables du vide intersidéral qui continue de régner sur la « paternité » des formules en parfumerie.
En revanche, je m’exprimerai volontiers sur l’arrivée à point nommé de cette eau de toilette. Vous l’avez sûrement remarqué comme moi, mais aujourd’hui, lorsqu’un parfum est lancé en EDP, il faut attendre, disons, 1 à 2 ans maximum pour voir l’EDT suivre, comme une gentille petite soeur, qui effectuera son travail de remplissage de l’espace visuel et sonore (« Laissez-moi vous faire essayer la NOUVELLE Eau de Toilette de Bidule-Chose Madame! ») pour la marque, ayant l’excuse d’être une nouveauté. Le but étant de permettre aux clientes qui auraient découvert l’EDP mais n’auraient pas succombé, de retenter leur chance avec une version un peu différente, plus légère, généralement un peu plus propre et plus fraîche. J’ai personnellement plus de facilité à entendre ce discours lorsque les deux concentrations sont lancées en même temps. Mais dans ce monde gouverné par la nouveauté, on ne peut pas se permettre de rater une occasion de faire du bruit !
Sur le cas d’Angel néanmoins, il y a prescription. Attendre 19 ans pour sortir une nouvelle concentration (L’EDP est sortie en 1992), c’est tout de même autre chose. Cela dit, la manière dont la création de ce parfum a été abordée s’appuie sur une tendance sérieuse en parfumerie depuis 2 ans, et qui est celle de réinterpréter les classiques. Le but étant de faire redécouvrir aux fidèles et surtout aux jeunes générations ces classiques (avec le but sous-jacent de faire repartir l’ensemble de la ligne).
La démarche des parfums Thierry Mugler sur cet opus n’est donc pas d’une originalité renversante, mais elle est logique, vu la tendance. Et puis, peut-être ai-je été influencée lors de mes tests pour cet article, mais en ressentant la version EDP, j’ai eu la sensation qu’elle appartenait à une autre époque. Cette impression restera sûrement très personnelle, car quoi qu’on en dise, la référence qui vend le plus de flacons en France, et j’insiste sur le nombre de flacons, c’est bien Angel EDP (Oui, parce qu’en terme de CA, on le sait, c’est Dior avec son J’adore de malheur…).
Et alors, cette EDT, elle réinterprète bien ? Je vous répondrai qu’une de mes inquiétudes avec l’arrivée de ce lancement, était de voir l’originalité des parfums de la maison Mugler se perdre dans les marasmes de la facilité, et enfoncer la porte ouverte de la fraîcheur proprette et fruitée qu’on nous ressert encore et encore depuis… bah depuis J’adore justement ! Le résultat, c’est que cette EDT, concrètement, est moins originale que sa grande soeur… Mais, elle a le mérite de garder la signature Mugler dans ses veines, et surtout la signature et l’esprit d’Angel… ce qui n’a pas dû être évident à réussir non plus. La structure se retrouve dans la fraîcheur de la tête, le fruité du coeur et l’aspect plus riche et plus dense du fond. La différence, c’est que cette fois-ci, la luminosité est entrée dans la rondeur et a redéfini assez radicalement l’effet apporté par chaque matière (cette luminosité qui est une autre des grandes tendances de fond depuis 3 – 4 ans). Les agrumes et les fruits rouges prennent plus de place dans le corps du parfum, alors que la dimension chocolatée est carrément revue en sourdine, voire a quelque peu disparu. Elle s’exprime toujours grâce au patchouli, mais un patchouli frais, un peu liquide et translucide (sûrement le résultat d’une distillation fractionnée et l’utilisation d’isolats spécifiques). Un fond boisé moderne (bois ambré et légèrement sec) apporte le twist final à cette EDT lumineuse et scintillante. Et au passage, le flacon sublime parfaitement cette sensation. L’EDT est ainsi plus montante, plus fraîche, résolument plus actuelle, et donc peut-être un peu plus consensuelle.
Si Angel EDP évoquait les sucreries, le chocolat et le caramel, l’EDT me fait penser à ces bonbons acidulés qui piquent la langue et vous font saliver. Quoiqu’il en soit, moi je salive toujours dans l’attente d’un nouveau Mugler, et il faut bien le dire, peu, très peu de marques en parfumerie savent encore nous maintenir dans cette attente.
Tom Ford : Violet Blonde
28/09/11
Les femmes, dans l’univers de Tom Ford, n’ont définitivement pas cet aspect doux et réconfortant qu’on leur prête parfois dans d’autres circonstances. Violet Blonde, le dernier lancement de la marque dans la collection « grand public » persiste et signe dans cette image d’une féminité ultra-sensuelle et un peu agressive, il faut bien le dire. Bien que la communication soit moins sombre et intrigante qu’avait pu l’être celle de Black Orchid, les codes restent les mêmes, visuellement mais surtout olfactivement.
C’est souvent un plaisir de découvrir un parfum de la marque, car question originalité, on est quand même rarement déçu, ce qui nous change un peu de la soupe ambiante que l’on retrouve à 95% le reste du temps.
Violet Blonde ne sent pas la violette (ou pas trop). Et il ne me fait pas non plus penser à une blonde. Mais sur ce dernier point, je dois
reconnaître que c’est parce que j’ai immédiatement pensé au personnage de Violet dans le film Bound des Frères Wachowski, sorti en 1996. Mais cette association, une fois le parfum sur la peau, ne m’a pas semblée inadaptée. L’esprit général du parfum reste bien celui d’une femme très attirante, sûre de ses charmes et relativement mystérieuse.
Le départ est frais, mais le parfumeur nous a quelque peu épargné l’habituelle entrée en matières agrumes pour travailler plutôt un départ fruité – poire, à peine lacté, qui n’est pas sans rappeler l’ouverture d’Aimez-Moi de Caron. Très vite, le caractère poudré du parfum se développe, en passant par un stade velouté (chair du fruit) avant de dériver vers un aspect un peu plus cosmétique mais sans l’effet « cocooning » qu’on accorde souvent à ces notes. Non, la féminité de ce parfum, bien qu’évidente, est plus dangereuse et venimeuse que cela. Et le stade suivant le confirme, puisque l’évolution du parfum se décale au fil du temps vers un aspect peau (note cuir et feuille de violette) et à peine épicé… par du cumin. L’épice en tant que telle n’est pas citée dans la pyramide officielle, mais la petite touche de transpiration caractéristique du cumin est bien là et elle se fond dans l’aspect poudré des graines d’ambrette (le même poudré que dans Urban Musk de la Private Blend) et dans la note animale du jasmin sambac. Le parfum se conclut sur un fond boisé – musqué de vétiver et de cèdre et laisse une impression dense et un peu intrigante.
Car au final, je n’aurai trouvé ni la violette, ni la blonde dans ce parfum. Les notes habituelles utilisées pour reconstituer la violette dans un parfum sont présentes (méthylionone et iris) mais n’ont pas l’aspect daté, lourd et écrasant qu’elles ont parfois. Et la blonde… eh bien je la cherche toujours en fait, mais je ne saurais pas vraiment dire pourquoi je ne la trouve pas.
Et vous, l’avez-vous trouvée?









