Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Matières Premières
Jeudi, c’est presque patchouli
17/04/08
Oui, parce qu’aujourd’hui nous parlerons de Patchouli, mais Nez Bavard s’est autorisé une petite entorse à la règle soliflorale… Pourquoi ne pas aborder une composition plus complexe sur le thème de cette semaine? Parce qu’il est intéressant de voir comment on peut aborder les différentes facettes de ce coquin charmeur, mais il est aussi important de voir comment il peut s’insérer dans une construction.
Antaeus de Chanel. Tout un programme ! Un vrai masculin puissant et viril des années 80 (1981 précisément) avec sa belle charrette d’aromates et de photos d’hommes musclés. Bon, je vous épargnerai la légende grecque qui nous dit qu’Antaeus est le fils de Gaïa (La Terre) et de Poséïdon, que c’est donc un dieu avec tous ses attributs. Un peu comme notre parfum en fait : myrte, lavande, sauge sclarée, thym… Tous des aromates que les Grecs faisaient brûler et dont les émanations parfumées nourrissaient les dieux de l’Olympe. Mais cet Antaeus a plus d’un tour dans son flacon, c’est aussi un vrai cuiré-boisé, qui doit super bien s’entendre avec Kouros d’Yves Saint Laurent (les 2 contiennent du patchouli d’ailleurs). Sortis la même année, ces 2 parfums sont typiques de l’ambiance olfactive masculine de l’époque, mais je trouve qu’Antaeus a mieux vieilli.
Le bouquet aromatique de départ est très classique, vif et rafraîchissant et bien sûr très typé. Suivra un long stade oscillant entre les aromates et un cuir qui se fait de plus en plus présent, légèrement brutal. Mais enfin, le voilà qui pointe du nez, avec nonchalance et assurance, Patchouli entre en scène. Il est dans ce parfum une sorte d’invité d’honneur, il est présent parce qu’il est utile pour assurer une charge érotique au parfum tout en calmant le côté un peu enragé du castoreum. Posé sur des coussins de ciste et de mousse de chêne, il donne au fond de ce parfum une présence irrésistible. C’est le moment le plus abouti du parfum, on sent tous les composants dans leur juste proportion, tout le monde est à sa place, les bords sont arrondis. Le tout est rassurant et chaleureux avec une petite touche séductrice.
Malgré son aspect légèrement « vieux beau » des années 80, Antaeus mérite d’être senti à nouveau (et surtout essayé car c’est vraiment le fond qui est le plus flatteur). Le patchouli est dans cette fragrance vraiment mis en valeur, il participe au fond au même titre que la mousse de chêne qui renforce l’accent vert et terreux, et donne avec le ciste labdanum la part féminine du parfum.
Jamais Patchouli ne lasse.
Mercredi… c’est patchouli!
16/04/08
« Comment? Vous ici? Encore! Mais enfin Patchouli, quand allez-vous nous laisser un peu de répit? «
Au menu de ce mercredi 16 avril : On prend les mêmes et on recommence. Ou presque. En entrée, Nez Bavard vous propose du fenouil, accompagné de Patchouli bien sûr et de muscs blancs. Le plat du jour se compose d’osmanthus, d’iris, de patchouli encore et de muscs. Enfin en dessert : vétiver, santal, patchouli toujours et muscs aussi. Le restaurant s’appelle Patchouli Patch et le chef n’est autre que l’Artisan Parfumeur… Nous célèbrerons ici l’époque glorieuse de l’Artisan Parfumeur, qui en 2002 nous avait offert avec ce parfum un vrai beau patchouli dense et moderne. Vous vous souvenez peut-être de Voleur de Roses de la même maison, un autre patchouli absolument magnifique datant de 1993 mais complètement différent qui me fait mourir de plaisir chaque fois que je le sens. Mais revenons à nos moutons. Patchouli Patch est, comme je le disais, un soliflore réussi sur ce thème mais plus original qu’il n’y paraît.
Cette fois-ci encore, on a bien le côté humide, mais sous un aspect un peu plus surprenant que d’habitude.
Habituée à une senteur « tapis de feuilles mortes », j’ai ici l’impression de sentir l’odeur de l’argile qui se mouille quand la pluie commence à tomber, du chemin blanc surchauffé qui exhale aux premières gouttes d’eau une odeur magnifique de poussière humide… La feuille est dans un élément et une interprétation peu courants, mais on reconnait très bien la note et on la distingue du reste, ce qui n’était pas le cas avec l’essai d’hier. J’admire beaucoup ici le travail de qualité sur la matière, à la fois audacieux et juste. On retrouve une petite histoire de la parfumerie patchoulitée dans cet opus : une identité hippie en sourdine avec un aspect encens – fumée dense ; un stade gourmand avec un accord rond et une petite touche chocolat noir ; et enfin une image moderne du patchouli qui se fait poussiéreux (presque poudré), grisonnant, s’alliant avec une sensation plus aérienne et transparente (les muscs sûrement).
Tout le long de l’évolution, on a un patchouli qui s’affirme et qui se maintient à un haut niveau (la bonne qualité de la matière ne fait nul doute). Un petit bémol cependant, le stade humide si particulier ici, est un peu court, et dérive vite sur un rendu plus chaud et plus sec. Mais le plaisir reste grand tout de même. Ce parfum surprend agréablement celui qui le porte, même pour ceux qui sont des familiers de la note. Ici encore, on peut sentir combien notre ami Patchouli parle avec des accents de toutes sortes, si bien que parfois il est difficile de le comprendre. Mais on ne lui dira rien parce qu’on l’aime beaucoup…
Mardi, c’est patchouli
15/04/08
Hier, vous vous êtes peut-être demandé ce que Nez Bavard voulait insinuer en disant que les parfums au patchouli se concevaient comme des fragrances vulgaires. Et bien il voulait insinuer que parfois notre ami Patchouli traîne avec de vils personnages peu recommandables… Des gens comme Calvin Klein et ses acolytes : la vanille, l’ambre, le musc (des quartiers mal famés bien sûr), qui nous font des Euphoria à vous assassiner l’appétit le plus coriace qui soit.
Enfin, bon, pourquoi je dis tous ça, et bien parce qu’aujourd’hui nous allons parler d’une référence, d’un monstre, d’un mythe, d’une légende patchouli (oui, oui, j’en rajoute), je veux bien sûr parler du Patchouli de Réminiscence. Le rapport avec l’introduction? J’y viens…

Ne nous méprenons pas, ce parfum occupe une place importante dans la liste des fragrances patchoulitées, cependant, autour de lui, une époque mais surtout un univers olfactif se sont cristallisés. Créé en 1970 par Francis Camail, le Patchouli de Réminiscence est rapidement devenu une référence en réponse à l’engouement et à la fascination populaire pour les senteurs venues d’Extrême-Orient à cette époque. Mais le patchouli en a fait les frais, à tel point que pendant un moment, le terme désignait à lui seul un parfum bon marché de mauvaise qualité, souvent synonyme de vulgarité. Pour ne rien rajouter au folklore déjà véhiculé par ce parfum, la maison le qualifie aujourd’hui de « L’âme de Réminiscence ». Et malheureusement, le folklore est fidèlement perpétué par l’odeur.
Non pas que la fragrance soit désagréable, mais elle a tous les atouts d’un parfum vendu sur le marché : le rendu sur la peau est bas de gamme et les matières utilisées n’ont pas grand chose de convaincant pour redresser la barre. Le départ est puissant, un peu confit et tournant autour de notes ambrées, vanillées. Le stade suivant évoque tout à fait l’ambiance hippie, squat, bougie, peace, love, aime ton voisin, encens et compagnie : une sorte de mélange camphré, boisé et légèrement fumé. Le fond n’aura plus rien à voir avec la tête : très sec, on sent surtout le cèdre qui domine et une très petite touche ambrée. Je me suis demandé tout au long où se trouvait vraiment le patchouli dans cette création. Entouré de différentes choses plus présentes que lui, il est timide dans ce parfum (ce qui est carrément un crime de lèse-majesté) et fait, il faut bien le dire, un peu cheap. Je ne dirais pas que ce parfum est raté… Mais il est à mon sens un peu hors sujet (en terme d’odeur), et pas vraiment de qualité.
Les massacres en règle du patchouli n’ont pas tous appartenu à la vague hippie. La mode du patchouli est revenue il y a quelques années pour le pire et le meilleur, et le champion toutes catégories dans ce domaine fut Monseigneur Angel, avec pas moins de 30% d’essence pure de patchouli dans la composition. Même s’il faut reconnaître à Thierry Mugler une audace et un formidable coup de maître à l’époque de son lancement, on est quand même bien loin de la beauté et de la force de cette matière. Mais en cherchant bien, on peut à nouveau redécouvrir et apprécier notre ami Patchouli lorsqu’on le traite avec respect. A suivre…
Lundi, c’est patchouli
14/04/08
Aujourd’hui nous sommes lundi, et le lundi, rime avec patchouli. Comme le mardi d’ailleurs, mais aussi le mercredi et le jeudi et même le vendredi! Tout ça pour vous dire que vous allez en avoir pour la semaine du patchouli, parce que Nez Bavard a repris ses investigations parfumées et serait ravi de vous faire partager ses découvertes… Rien de bien rocambolesque, mais comme le patchouli revient à la mode, je voulais faire un petit tour sur ce qui s’est fait et ce qui se fait aujourd’hui autour du patchouli. Le but ici a été de sélectionner des parfums soliflores (qui portent mal leur nom dans notre cas), dont la note est au centre du parfum, pour tenter de répertorier les différentes façons de travailler cette matière.

Commençons par la douce et belle musique d’ouverture de Bornéo 1834 de Serge Lutens. On conçoit souvent les fragrances construites avec du patchouli comme assez lourdes, je dirais presque vulgaires. Car, certes, le patchouli dégage une sensualité qui n’échappe à personne, mais en sélectionnant avec soin les participants, on se rend compte que cette note est bien plus fine que cela. Je trouve que l’interprétation de Serge Lutens en collaboration avec Christopher Sheldrake est à la fois très actuelle, et très fine. Par actuelle, j’entends que Bornéo 1834 est construit sur une note patchouli-cacao centrale, qui se veut plus ou moins en continuité d’une tendance à travailler cette matière de façon gourmande. Ici, bien que l’on soit en présence d’une vraie douceur culinaire, tout est fait pour que cet aspect ne remplace pas le caractère humide et terreux qui est si propre au patchouli.
Ce parfum s’étire entre la chaleur du bois, du cacao, du labdanum en fond et la fraîcheur humide de la feuille de patchouli qui rappelle un peu l’humus. En cela, je le trouve très équilibré, mais avant tout ce qui m’a marqué ici, c’est sa grande douceur et la formidable sensation de confort tranquille qu’il provoque. Je le trouverai presque discret, et en cela intime, ce qui au final n’est pas plus mal. En réponse à certaines autres créations de Serge Lutens beaucoup plus présentes et capiteuses, celui-ci est plus simple et plus tendre. Il n’est pas pour autant un parfum à réserver pour l’hiver, ses effluves sont présentes mais légères un peu comme une brise.
Bornéo 1834 et Muscs Khoublaï Khan sont les deux fragrances les plus désirables pour Nez Bavard chez Serge Lutens. Voir ici un article intéressant sur le créateur.
Trois ambres au banc d’essai : Etro, Serge Lutens, Maître Parfumeur et Gantier
31/10/07
Dernièrement, le temps fraîchissant un peu à Paris, j’ai été prise d’une envie de chaleur olfactive. C’est tout naturellement que j’ai alors cherché à travailler les parfums ambrés, l’ambre étant le composant indispensable à toute composition « chaleureuse » qui se respecte.
Longtemps, en parfumerie, l’ambre a été utilisé sous sa forme naturelle : l’ambre gris, qui provient des concrétions intestinales du cachalot (un cétacé immense, pesant entre 20 et 50 tonnes) , produites en cours de digestion et évacuées par les voies naturelles. Flottant alors à la dérive, puis s’échouant sur les plages, l’ambre gris obtient son odeur caractéristique après plusieurs mois, voire plusieurs années d’exposition aux éléments (soleil, mer, vent…). Selon son état, son odeur développe des facettes boisées, camphrées, tabac, musquées… L’ambre gris est composé majoritairement d’ambréine (25 à 40%) et d’épicoprostérol (30 à 40%) qui sont des composants inodores. Parmi les substances odorantes, on relève l’ambrox qui est aujourd’hui recomposé en laboratoire de façon synthétique ou semi-synthétique (à partir d’éléments naturels). L’ambre était ( et est toujours) réputé pour ses vertus aphrodisiaques, il a été classé au Xe siècle par Ibn Haukal comme l’un des produits les plus importants du Maghreb.
Mais l’ambre gris n’est pas le seul composant à donner une note ambrée dans un parfum. Des plantes telles que le ciste qui produit une gomme résineuse appellée labdanum, ou l’ambrette dont on utilise les graines (mais de moins en moins) sont connues pour leurs tonalités ambrées, musquées, animales.
Pour me faire un avis sur ce composant et travailler mon nez correctement, j’ai recherché des parfums où l’ambre était vraiment dominant et autant que faire se peut, pur. Les parfums choisis ont été : Ambra de Etro, Ambre Sultan de Serge Lutens et enfin, Ambre Précieux de Maître Parfumeur et Gantier. Les trois parfums interprètent de manière différente un même composant, mais se réunissent sur une même sensation de rondeur suave plus ou moins vanillée et/ou sucrée.
Pour Ambra de Etro, on a : bergamote, citron, coriandre, géranium / patchouli, ciste / vanille, musc, ambre. Ma peau a une tendance naturelle à faire ressortir les aspects les plus sucrés dans un parfum, et ce qui m’a intéressée dans celui-ci, c’est que cet aspect est apparu sous forme légère, comme un sirop d’érable, juste au moment de la vaporisation, puis s’est finalement dissipé. Laissant place alors, au fil des heures, à une douceur musquée avec un ambre végétal (résineux), se concluant sur une touche
patchouli-vanille fluide mais bien présente. De ce parfum émane un ambre svelte, léger, qui tout en gardant la jolie rondeur de l’ambre le rend très facile à porter par tous les temps. Il est concentré en Eau de Cologne, mais sa tenue est très satisfaisante et suffisante lorsque l’on recherche juste une légère aura.
L’Ambre Sultan de Serge Lutens se compose de : coriandre, fleur de laurier / ciste, myrte, angélique, origan / ambre, santal, patchouli, styrax, baume tolu, benjoin. Je serais tentée de dire que ce qui sent le plus dans ce parfum est l’absence de vanille. Un élément qu’il est intéressant de relever lorsqu’on le compare à d’autres compositions ambrées plus courantes. Le benjoin « remplace » en quelque sorte la vanille et développe une sensation balsamique et ronde, mais pas sucrée. Les premiers instants, Ambre Sultan a une odeur assez mordante, fumée et animale. Une animalité soutenue par les épices et qui se poursuit tout au long de son évolution, le rendant légèrement rustique. Son fond est balsamique, et l’on retrouve un ambre-fumé distingué, en équilibre.
L’Ambre Précieux de Maître Parfumeur et Gantier : épices / encens, patchouli / vanille, ambre, baumes. C’est celui qui sent de la façon la plus classique à mon nez. C’est aussi celui qui se fait le plus séducteur et le plus enveloppant sur ma peau. L’ambre précieux se fait vraiment bijou : il pare. Voiles, volutes, rondeurs moelleuses, douceurs vanillées, … C’est un sublime parfum de sillage, intriguant ou dérangeant selon les goûts, qui révèle tous ses charmes sur la peau d’une femme (ou d’un homme). Sur ma peau en tout cas, il se sucre et s’arrondit nettement, donne une grande sensation de souplesse, assez féline. L’image du chat ondulant, au regard impénétrable et à l’allure nonchalante me convient parfaitement. Sa tenue est irréprochable et son sillage puissant. Blue Amber de Montale est très proche de cet Ambre Précieux mais je le dirais légèrement moins vanillé.
Trois parfums, trois expériences, qui ne conviennent pas aux même humeurs et aux mêmes moments avec pourtant un ambre central, chaque fois. Je n’ai pas de préféré. Je dirait qu’Ambra est le plus confortable, Ambre Sultan le plus surprenant, et Ambre Précieux le plus royal.
L’ambre est une matière adorable dans tous les sens du terme, mais qui, me semble-t-il, est utilisé aujourd’hui vraiment à toutes les sauces. Sa grande capacité a fixer la fragrance et à lui apporter chaleur et sillage fait qu’il est utilisé dans de nombreuses compositions, mais souvent sans grande habileté. Les parfums commentés aujourd’hui et d’autres comme L’Eau d’Ambre de L’Artisan Parfumeur ou Ambre Soie de la collection Armani Privé sont de beaux parfums où l’ambre a une place de choix au coeur de la composition.
Sources : Wikipedia, OsmoZ, Etro.com, www.cnrs.fr
Et vous, quels sont vos ambres préférés?
Lavandes, Serge Lutens : Gris Clair et Caron : Pour Un Homme
1/04/07
Le printemps est déjà là, et j’avais envie de prendre un peu d’avance sur les odeurs estivales. Alors pour donner suite aux études comparatives déjà menées sur les parfums à la vanille et les parfums à la tubéreuse, j’ai choisi aujourd’hui de faire l’analyse comparée de Gris Clair de Serge Lutens et de Pour Un Homme de Caron. Ce sont deux parfums construits autour de la lavande, une odeur familière, apaisante et rafraîchissante pour beaucoup d’entre nous. En effet, l’odeur de la lavande est souvent associée aux odeurs de linge propre, souvent grâce aux eaux pour le linge ou aux petits sachets parfumés à glisser dans les tiroirs et les armoires… C’est pour moi une odeur de détente et de tranquillité, et les parfums qui en contiennent me suggèrent souvent cette atmosphère fraîche et reposante.
Parfum en demi-ton, présent et discret, Gris Clair de Serge Lutens est une eau aromatique qui glisse sur la peau. Construit autour de la fleur de lavande, ce parfum l’explore par le côté sec, la fleur du flacon sèche sur la peau et nous offre des grains de lavande secs et gris pâle. Son évolution est aride, on ne sait plus tout à fait si le parfum est toujours là, car son ton est presque minéral. Il sent comme ces roches grises surchauffées par le soleil où pas une pointe d’humidité ne subsiste, tout est bu et asséché. Il en résulte une étrange sensation de sérénité. Un état brut, silencieux, comme la nature par journée de canicule… Rien ne bouge, seuls les insectes trouvent encore la force de voler. Malgré cette sensation intense d’un soleil de plomb, Gris Clair me semble aussi bien adapté à la saison hivernale qu’à l’été, car c’est un parfum au souffle léger. Il se décompose ainsi : Pollens, Racines / Lavande, Notes sèches / Notes orientales. Les notes orientales ici se résument pour moi à des notes musquées, car Gris Clair n’a rien d’opulent, ni de balsamique, ni de fondant.
A l’inverse, Pour Un Homme se révèle beaucoup plus miellé par des notes plus rondes et plus généreuses. Pour autant, Pour Un Homme ne fait pas du tout lourd ou sucré, mais il a effectivement une présence plus affirmée. Créé en 1934, ce parfum est un grand classique mais que je trouve toujours d’actualité. Sa note est simple, intensément aromatique avec la lavande en particulier, mais aussi le romarin et la sauge. Voilà pour l’élégance. Viennent ensuite le bois de cèdre, le bois de rose et la mousse de chêne en fond pour la noblesse. S’ajoutent au précieux mélange la rose, la vanille, la fève tonka et le musc pour la douceur, la rondeur et la finesse. C’est vraiment le côté miel lavandé qui ressort sur ma peau, l’ensemble donne un fini légèrement carné où j’irais presque jusqu’à sentir une pointe de cuir. Délicieux. Bien que ce soit l’un des masculins les plus célèbres de l’histoire de la parfumerie, je trouve ce parfum parfaitement unisexe, plaisant à porter en toute situation, hormis l’été, car la note carnée s’intensifie avec la chaleur.
La note lavande pure se poursuit plus longtemps avec Gris Clair, là où Pour Un Homme se tourne vers un aspect plus sophistiqué où l’on distingue toujours la lavande mais entourée et enveloppée par les notes sèches du bois de cèdre, et le moelleux de la vanille.
Gris Clair est un parfum à porter avec une chemise blanche, un solitaire autour du cou. Pour Un Homme se porte lui aussi très simplement avec des gants en cuir.
Caron, L’Artisan Parfumeur, Maître Parfumeur et Gantier : Tubéreuse
27/02/07
Nez Bavard vous propose ce soir une étude comparative sur trois parfums à la tubéreuse. Je suis en effet devenue une grande amatrice de cette note depuis que j’ai découvert la Tubéreuse de l’Artisan Parfumeur (sortie en 1978). Envoûtée par son odeur captivante, chaude et presque vénéneuse, je ne voulais pas m’arrêter là. Alors j’ai cherché à connaître d’autres soliflores de tubéreuse. J’ai sélectionné deux autres jus : un chez Caron, un autre chez Maître Parfumeur et Gantier (sortie en 1988), qui ont eux aussi des tubéreuses dans leur gamme.
Par souci de simplification, je nommerai Tubéreuse A, le parfum de L’Artisan Parfumeur, Tubéreuse C, celui de Caron, et enfin Tubéreuse M, le jus de Maître Parfumeur et Gantier.
Ces trois parfums sont des soliflores, comme je l’ai expliqué dans le précédent billet sur la Tubéreuse A. Ce qui est très intéressant ici, c’est que l’on a une parfaite représentation de la subjectivité en parfumerie. Il s’agit de 3 interprétations bien distinctes d’une même matière première. Tubéreuse A et Tubéreuse M sont présentées à l’amateur chacune comme « quasiment pure », c’est à dire très proche de la note tubéreuse seule. Même si à la comparaison elles se ressemblent, la différence est perceptible. Tubéreuse C est un soliflore aussi, mais elle est nettement plus sophistiquée.
Une chose est sûre : cette note est somptueuse. Éclatante, vibrante, suave et animale. La tubéreuse est originaire du Mexique et aurait été introduite en Europe puis en Asie au XVIe siècle. Elle est cultivée aujourd’hui en Inde, mais on peut aussi la cultiver dans son jardin ou en pot (son bulbe ne fleuri qu’une fois). Elle est réputée pour renouveler ses particules odorantes jusqu’à 48h après avoir été cueillie, on imagine alors la force qu’elle peut donner aux parfums. J’ai pu me procurer un peu d’absolu de tubéreuse pour travailler avec. Dans les premiers instants, la note est humide, à la fois verte et terreuse, elle a la puissance et le côté vif de l’aldhéyde C11 (celle qui entre dans la composition de Chanel N°5) : Cette ouverture saillante est reprise dans la Tubéreuse de L’Artisan Parfumeur. Puis, au fur et à mesure, l’absolu se tourne vers un nouvel aspect, plus huileux, mais qui fait déjà plus penser à une fleur que la première impression. Il se termine sur une note dense et épaisse. Celle-ci a aussi un aspect légèrement fumé qui lui donne beaucoup de caractère : une fleur capiteuse, il ne fait aucun doute.
Des 3 jus, c’est Tubéreuse C qui a pris le parti le moins fleuri. Elle est gorgée de sève huileuse en tête, son odeur est verte, mais on a l’impression de voir jaune (lumineux). Son évolution tend fort vers ce côté un peu huileux, je dirai même pâteux, comme un fruit confit, ou une pâte de fruit. Mais elle n’a rien de sucré, elle est plutôt épicée même, et garde ce côté jusqu’au bout. La facette fleurie est presque absente, mais c’est peut-être chez Caron, que finalement la représentation est la plus fidèle à la note de base : saillante, prenante et chaude. Sur le fond, Tubéreuse C s’allonge, adopte une légère sensation de fumée très agréable. Si c’était une couleur, ce parfum serait un jaune soleil, intense et franc. Tout en gardant une impression d’épaisseur et de densité huileuse, la note devient vraiment très douce (mais non poudrée) et donne un merveilleux fini peau.


A la comparaison, Tubéreuse M est le plus fleuri. Il est plus délicat, mais toujours aussi dense, avec ce même aspect d’huile. L’impression de « pâte » a disparu, laissant place à un léger petit aspect sucré. La touche verte de la tubéreuse est bien présente en note de tête, mais pas de façon aussi mordante que chez Tubéreuse A. LaTubéreuse de Maître Parfumeur et Gantier est opulente mais plus fraîche que celle de Caron, si c’était un objet, ce serait un fauteuil style XVIIIe, car il développe un côté un peu boudoir : c’est le plus romantique des 3 parfums. L’aspect fumé de la tubéreuse pure est totalement absent, ainsi que dans Tubéreuse A. Sur le fond, je trouve que malheureusement Tubéreuse M finit par perdre son intensité fleurie par rapport aux deux autres.
La Tubéreuse de L’Artisan Parfumeur a une note de tête saisissante, elle a le côté mouillé vert sombre de la tubéreuse seule. L’aspect « gras-huileux » se trouve ici exploité sous la forme d’une sensation de crème très onctueuse, presque comme du beurre en pommade. Cela lui donne une grande profondeur, mais je trouve qu’elle est aussi scintillante. Elle me donne une très nette impression d’espace, comme si on la sentait dans un espace très vaste. Si c’était un endroit, ce serait les escaliers de l’Opéra Garnier à Paris, car Tubéreuse A est aussi baroque, excessive. C’est la plus généreuse des 3, elle donne à voir et à être sentie,
comme une belle actrice.
Mon coeur balance entre Tubéreuse de Caron et Tubéreuse de L’Artisan Parfumeur. Ce sont réellement deux interprétations différentes de la note Polianthes Tuberosa, très réussies, mais qui ne s’adaptent pas à la même situation ni au même état d’esprit. Les deux sont denses, mais la composition de Caron est peut-être un poil plus feutrée, plus calme, sans perdre une once de force et de présence, elle est chaleureuse et enveloppante. C’est un parfum pour être très belle en intimité. L’Artisan Parfumeur nous propose une tubéreuse de sillage profond, étincelante et théâtrale. On l’aime dans les moments d’éclats, pour être royalement séduisante. Cette étude m’a définitivement rendue adepte de la tubéreuse dans les parfums : son odeur intense de plante charnelle et venimeuse m’a touchée, et ne me laissera plus en paix!
Sources : OsmoZ, Wikipédia, Bois de Jasmin