Poivre Bleu
Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Le blog du parfum où votre nez bavarde…
13/08/07
I – Introduction
Est-il bien nécessaire de poser la question?
Mon avis est que oui, cette question a un sens. Dans notre conception moderne et occidentale des rôles attribués à chacun, certaines tâches sont encore clairement sexuées, même si la tendance va de plus en plus à une répartition équilibrée de ces différentes activités entre les deux sexes. La présence des femmes dans des milieux traditionnellement masculins commence à s’étendre même s’il reste parfois du chemin à faire. Mais mon propos n’est pas ici de parler de l’égalité des sexes… ou presque.
En effet, la parfumerie est l’un des milieux où la notion homme-femme est particulièrement marquée. Depuis environ une dizaine d’années, les choses commencent un peu à changer, notamment grâce à certaines marques qui sortent des fragrances en les positionnant clairement comme « mixtes ». Je pense ici à CK One de Calvin Klein et à Gaultier² de Jean-Paul Gaultier. Ces sorties utilisent cependant beaucoup l’image du « parfum pour amoureux, le parfum que l’on met à 2″ : le flacon de Gaultier² est agrémenté au verso de petits aimants qui permettent de l’aimanter au flacon de l’être aimé, et ils peuvent aussi être achetés par 2. Alors finalement, le parfum a-t-il vraiment un sexe?
II – Construction du clivage
Dans les temps les plus reculés et pour une utilisation profane, les produits parfumants (fleurs, bois, épices, racines, résines…) étaient utilisés indifféremment pour un homme ou pour une femme, car ils revêtaient exactement le même intêret pour l’un ou pour l’autre : désodoriser, embellir, séduire, sublimer, exposer sa richesse (son rang social), son raffinement ou sa culture… Le grand tournant s’établit finalement au XIXe siècle avec l’avènement de la parfumerie moderne : développement de la chimie organique, apparition des grands magasins et de conditionnements fabriqués industriellement. A partir de cette époque, la différenciation n’a cessé de se développer. La
parfumerie s’agrandit, en parallèle avec les cosmétiques féminins comme la poudre ou les produits gominants pour hommes. Les femmes se parfument cependant plus que les hommes, sûrement par coquetterie et recherche de sophistication. Par la suite, les parfums deviennent un moyen d’appuyer une identité, de se donner une image, de suivre une mode : il est tout à fait normal alors que hommes et femmes cherchent à exprimer par le choix de leur parfum leur part de virilité ou de féminité. Mais en analysant de plus près, on se rend compte que la différenciation homme-femme n’est qu’un repérage qui oriente le choix du consommateur de façon conventionelle. Celui-ci est de surcroît formaté par l’image qui est associée au parfum : le choix de l’égérie, la publicité, le packaging, la marque… La plupart des études marketing ont démontré que le choix des composants et l’odeur du jus arrivent presque en dernier dans le choix d’un parfum par un individu. Aujourd’hui en parfumerie générale, la conception fonctionne à l’envers : on donne un sexe, une cible d’âge, on choisit un visage, on lui attribue des qualificatifs et on demande ensuite au parfumeur de créer un parfum qui corresponde au tout.
III – Le parfum n’a pas de sexe
C’est finalement le curieux qui va prendre les conventions à contre-courant et qui va chercher son parfum partout où cela sent bon. Un parfum se porte parce que son odeur plaît, et c’est la raison pour laquelle les marques de niches y trouvent un nouvel essor : n’étant pas défini clairement masculin ou féminin, le parfum est choisi pour ce qu’il sent plus que pour ce qu’il véhicule. Même en parfumerie générale, on voit depuis très longtemps des femmes venir se parfumer chez les hommes ; et les hommes eux aussi et bien plus qu’on ne le pense se parfument parfois chez les femmes : L’heure Bleue, Shalimar et Jicky de Guerlain ainsi qu’Opium de Yves Saint Laurent et Coco de Chanel sont des fragrances appréciée par la gent masculine. Arpège pour Homme de Lanvin, Kouros et Body Kouros d’Yves Saint Laurent, Pour Un Homme de Caron, Romance pour Homme de Ralph Lauren et le tout récent Dior Homme de Dior sont des fragrances portées par de nombreuses femmes. Et ceci pour la simple et bonne raison qu’ils leurs vont bien et qu’elles les aiment ainsi! On arrive ici au coeur de mon propos : une matière première n’a pas de sexe, il me semble donc qu’un accord non plus. Un parfum évolue de manière personnelle sur chaque peau, car chaque matière s’exprime différemment selon chacun. Il est bon de noter qu’une même matière aura une évolution souvent différente selon qu’il s’agisse d’une peau de femme où d’une peau d’homme. Le verdict n’appartient donc qu’au porteur de dire s’il aime ou non ce qu’il a sur le poignet. Les conventions (occidentales) nous ont surtout habitués à sentir des odeurs sur les femmes et d’autres sur les hommes, ce qui leur a donné une perception sexuée. Je suis convaincue qu’il n’y a pas de matière plus adaptée aux hommes qu’aux femmes, même les fleurs quoi qu’on en dise! Les hommes ont longtemps utilisé des pâtes (pour les moustaches) à l’eau de rose, et les gants ont longtemps été parfumés grâce à des poudres sentant la rose. Les fleurs ne sont pas encore très répandues en parfumerie masculine, mais les choses changent on peut relever la dernière création de Jean-Paul Gaultier : Fleur du Mâle, un parfum composé avec une surdose de fleur d’oranger.
Nombreuses sont encore les personnes qui cherchent à affirmer leur sexualité par leur parfum et qui refusent violemment les parfums dits du sexe opposé mais aussi les parfums mixtes. On peut relever ici sûrement un besoin d’indentité et une peur de perdre les repères construits et imposés depuis de nombreuses années. Pourtant, une femme reste une femme, même lorsqu’elle porte un parfum d’homme, autant qu’un homme reste un homme parfumée avec une fragrance féminine. Le parfum a d’ailleurs tendance à sortir sous son aspect féminin ou masculin selon le porteur. J’ai récemment fait le test avec un collègue en essayant Dior Homme (avis à suivre dans un prochain billet). Sur sa peau le parfum est sorti animal, rustique et plutôt sec ; alors que sur ma peau il devenait rond, sucré et moelleux, pas vraiment un inverse mais plutôt une évolution aux accents féminins.
Alors ne vous retenez plus Mesdames et Messieurs, lancez-vous dans des essayages olfactifs, vous ne serez peut-être pas si déçus que ça! N’hésitez pas à faire part de votre opinion personnelle sur la question.
Source : Wikipedia ; www.museesdegrasse.com ; Photos : Gaultier² : www.ichiban.com.tw, Arpège pour Homme : www.parfemy.cz
12/08/07
Un orage vient de passer sur Paris. Sur mon poignet se trouve Le Voleur de Roses de L’Artisan Parfumeur. Qui aurait pu imaginer meilleur moment pour analyser ce parfum? Voleur de Roses est l’un des plus beaux patchoulis que j’aie jamais senti. Même le Patchouli Patch de la même maison ne lui est pas comparable. Car Patchouli Patch est certes quasiment pur, mais il est plus rustique que Voleur de Roses, qui à la rusticité a marié l’élégance.
C’est un parfum que l’on n’aime pas forcément du premier coup. La première fois que je l’ai senti, je l’ai trouvé trop atypique, une note originale, mais que je ne me voyais pas du tout porter tant il me rappelait l’odeur des tapis humides de feuilles mortes. Il y avait aussi cette sensation vineuse et rouge, pas vraiment adaptée à un parfum me semblait-il… Puis un jour j’en ai reparlé avec une collègue qui avait eu pour ce jus un coup de coeur foudroyant. L’ayant ressenti sur elle, ma curiosité s’est réveillée, il lui donnait une belle présence; fraîche et confortable. 
Voleur de Roses vaporise (au sens propre) une ambiance autour de lui. Il n’est pas excessivement travaillé et ne se décline pas en une interminable succession de facettes. Alors je l’ai essayé. Quand on le met, on respire une bouffée d’air frais dans un sous-bois à l’automne, puis on trempe les lèvres dans un verre de bordeaux. Quand les notes rosées se dissipent, le patchouli nous habille telle une étole de velours rouge pourpre. Un contraste frais-chaud se met alors en place et ne vous quitte plus : une impression juteuse de pêche de vigne relevée par une sorte de touche cacao-boisée (chocolat noir, d’ailleurs bien plus présente dans Patchouli Patch) apportée par le patchouli. La composition est plutôt minimaliste : notes rosées fraîches/Prune/Feuilles de Patchouli/Patchouli. Finalement, c’est le rapprochement avec le vin qui lui donne pour moi son élégance insoupçonnée, et bien qu’il soit classé dans les masculins, il m’évoque une allure bien plus féminine que masculine.
Pendant un moment, j’ai pensé que le patchouli à trop
haute dose ne m’allait pas. Je n’ai pas du tout aimé Euphoria de Calvin Klein dont la note patchouli-glucose surdosée m’avait écoeurée. Même sensation avec Patchouli de Réminissence, probablement l’un des plus connus, qui prenait des accents un peu vulgaires sur ma peau. J’avais ensuite essayé Angel de Thierry Mugler qui ne m’a pas déplu, mais je suis restée effrayée par ce bois jusqu’à ce que je porte Voleur de Roses et que je puisse admirer son évolution luxueuse sur la peau. Parce qu’en vérité, le véritable luxe d’un parfum, qui le démarque vraiment du reste, c’est une belle matière. Car une matière de qualité se suffit à elle-même, nul besoin de la travailler à outrance, de lui donner des accents trop marqués qui lui feraient perdre la richesse naturelle qu’elle détient déjà. Je ne veux pas dire par là que les parfums très construits, contenant de nombreuses matières, sont mauvais ou sans intérêt. Mais je ne boude pas la simplicité lorsqu’elle se présente et qu’elle est réussie. Voleur de Roses est sobre, c’est ce qui le rend si atypique.
Il est aujourd’hui une sorte d’évidence, il me fait, à peu de chose près, le même effet qu’Une Folie de Rose des Parfums de Rosine, je me sens bien, il me va, quels que soient le jour, l’heure, la saison.
Disponible en 50ml et 100ml dans toutes les boutiques L’Artisan Parfumeur et Grands Magasins.
Sources : Photos : Sous-bois : ecl.ac-orleans-tours.fr/clg-ernest-bildstein-gien/, Vin : www.la-cave-a-vin.fr, Flacon : www.lamurefavorite.com ; Basenotes
10/08/07
CKin2u, autrement dit : Calvin Klein en toi… Voici ce que l’on appelle : de la stupidité en bouteille… Une énième création marketing montée de toute pièce sur des concepts soi-disant modernes et dans l’air du temps, s’adressant à une clientèle adolescente dont les mains seront bientôt des prises qui pourront se brancher n’importe où pour accéder à Internet. Sexe, danse, musique, adrénaline, sushis, pop, tattoo, gadgets… Voilà en gros les concepts que cherchent à résumer les 2 nouveaux parfums de Calvin Klein. La campagne de publicité m’a fait penser à une réplique du film C.R.A.Z.Y de Jean Marc Vallee : « Adolescent en rut dans son habitat naturel » [...] « Ta gueule!!! ».
Je vous en prie pincez-moi si je rêve! Non, je sais bien que je ne rêve pas… Je suis tout de même abasourdie par une manipulation et une catégorisation aussi grossière, vulgaire et réductrice que celle qui est véhiculée par la campagne et le matraquage marketing qui sont menés sans relâche depuis le lancement des 2 parfums. Mais qui a dit que la jeunesse d’aujourd’hui se retrouvait réellement dans ces images?? Les études de marché bien sûr! Bien évidemment que les nouvelles technologies prennent une place importante dans la vie des jeunes aujourd’hui, mais ils ne sont heureusement pas seuls, voire même ils sont capables de s’intéresser à autre chose! Ce n’est pas tellement le fait d’affirmer que les nouvelles technologies, le besoin de communiquer et la recherche d’une image soient importants pour les jeunes d’aujourd’hui qui me dérange. Ce qui m’exaspère le plus ici, c’est que non seulement les 2 jus sont parfaitement NULS et d’un inintêret le plus total, mais en plus on nous vend un concept bidon du début à la fin. Vous me direz, personne ne l’avait encore fait, il fallait bien que quelqu’un s’y mette. Calvin Klein fort de ses réussites passées, de son image jeune et dynamique s’est permis ce petit écart : Zéro pointé sur toute la ligne. Bizzarement, ces 2 parfums n’ont pas eu un succès si énorme que ça (voir les 2 articles de AuParfum ici et là), comme quoi, à trop vouloir cibler et réduire une clientèle à ce qu’elle n’est pas (notamment les jeunes qui ne pensent
heureusement pas qu’avec leurs hormones) on se ramasse…
CK One lors de sa sortie en 1995 proposait dans son cas un concept intéressant, et assez novateur, même si la machinerie marketing était elle aussi au rendez-vous. C’est à partir de sa sortie que l’idée du parfum « mixte » a commencé à s’imposer et à acquérir une certaine notoriété. A part Gaultier² de Jean-Paul Gaultier sorti en 2005, je ne connais pas à ce jour de parfum qui se place clairement comme mixte en parfumerie générale (N’hésitez pas à me reprendre si j’ai omis de citer d’autres parfums mixtes). CK One est tombé à pic, dans une époque où les odeurs fraîches, pétillantes et qui rappellent le propre étaient LE filon à exploiter (il l’est toujours aujourd’hui, en plus des odeurs rappellant la nourriture). Le service communication de Calvin Klein a dû en avoir marre de lancer chaque année un nouveau CK One : CK One, CK One Electric, CK One Summer, CK One Summer 2006, CK One Summer 2007, CK One Scene… Ils se sont dit qu’ils pourraient peut-être refaire la révolution en changeant le titre et le visuel. Malheureusement les 2 fragrances en elles-mêmes ne sont pas le moins du monde intéressantes : pamplemousse, bergamote, sucre d’orchidée, cactus blanc, ambre néon (?????), cèdre rouge, soufflé de vanille pour elle ; citron vert, gin fizz, tangelo givré, piment, shiso, cacao, vétiver, musc pour lui. Une évolution très pauvre sur la peau, une composition sans vibrations ni émotions. Un jour j’aimerais aussi que l’on m’explique ce que les rédacteurs on voulu dire par : technosexuel quand ils ont décrit l’image du porteur… Petite explication sur un article très intéressant de Cosmeo Blog ici. Nous sommes donc ici sur un blog, l’essence même de la modernité pour Calvin Klein visiblement, de plus Nez Bavard fait lui-même partie de la clientèle cible pour ce parfum. Il vous affirme haut et fort que NON, il n’est pas branché sur internet 24h/24, accroché à son portable nuit et jour, qu’il aime AUSSI les bouquins, les expos, le cinéma et les cafés, que OUI il a un portable, qu’il pense que l’Internet c’est l’avenir, et qu’il a un ordinateur. Mais sa sexualité se passe très bien de technologie et il a toujours préféré voir et parler aux gens en vrai, plutôt que derrière un écran.
Sources : OsmoZ, www.ckin2u.com/FR/, photo : www.textually.org
15/07/07
Ting, ting… Ce sont les glaçons dans mon verre de Ricard. Toute la force désaltérante de l’anis dans un parfum, qui n’en a jamais rêvé ? Etro a exaucé nos voeux !
Je parle ici avant tout aux amoureux de l’anis. Nul doute, si vous n’aimez pas l’anis, vous n’aimerez pas Anice, mais en revanche, si vos papilles se délectent avec plaisir d’un pastis, nul doute que vous aimerez Anice ! Les eaux fraîches ont le vent en poupe en ce moment, avec l’été, elles permettent de relancer les ventes, et d’attirer une nouvelle clientèle. Je ne suis pas fan de ce genre de classification, mais il faut avouer qu’Anice est une « eau fraîche » ou « eau désaltérante » très réussie.
La base des eaux pour l’été part souvent sur une dose élevée en hespéridés, et des notes aqueuses et rafraîchissantes. La plupart du temps, la base se résume en une bonne dose de muscs blancs pour faire « tenir » la fragrance sans l’alourdir. Ces eaux ont souvent un air d’Eau de Cologne sophistiquée. Anice répond à peu près au critère de base, à la différence qu’il se distingue complètement de l’esprit Eau de Cologne. Je le rapprocherais sur ce point de Jatamansi chez L’Artisan Parfumeur, ces deux eaux d’été tiennent bien leur promesse de rafraîchissement sans tomber dans le cliché de l’eau d’agrumes. Ce que j’aime le plus c’est la luminosité de chacune, qui évolue sur la peau de la façon la plus délicieuse qui soit. Anice démarre sur un intense jet d’anis et de bergamote qui fait vraiment penser à l’apéritif. Suivent des touches de jasmin, fenouil, iris (qui apporte douceur), vanille et ambre. Les muscs blancs viennent envolopper le tout. La tenue est légère et agréable, fluide comme une jupe. L’anis est très peu présent en fond, mais il reste toujours une sorte de fraîcheur à la fin de la journée. Cet anis-là se consomme sans modération !
Laissez-vous tenter par un flacon de 100 ml pour 82,50€
27/06/07
The Body Shop? White Musk? Nez Bavard se serait-il perdu dans l’adversité?
Alors que le billet précédent portait justement sur l’exaspération que je ressentais dernièrement en matière de marketing et de manipulation publicitaire, écrire sur White Musk de l’enseigne The Body Shop peut paraître un peu paradoxal. J’en conviens. La marque anglaise a (comme beaucoup de ses consoeurs) une communication bien rodée, et se prévaut à grand renfort de publicité et de rabâchage dans ses catalogues, de tout un tas de valeurs on ne peut plus honorables : le commerce équitable, la défense des animaux, l’estime de soi, les droits de l’homme, la planète… tout ça, tout ça. Même si on sait bien que ces arguments sont surtout là pour nous attendrir et nous encourager à acheter, je ne peux m’empêcher d’avoir un regard légèrement sympathique sur cette enseigne. Même si elle ne réalise que le quart de ce qu’elle dit réaliser, je me dis que c’est déjà un bon quart quand d’autres ne font absolument rien. En tout cas, les prix s’en ressentent!
Bref, on pensera ce qu’on veut de l’enseigne, qui par ailleurs sort tout de même de bons produits, ce qui m’intéresse aujourd’hui est l’un des plus gros succès de la maison depuis sa création, la fragrance : White Musk. La toute récente campagne de publicité a attiré mon attention, alors je suis allée ressentir ce parfum, pour me remettre au goût du jour. La gamme complète a été revisitée. Il faut avouer que l’ensemble en jette pas mal. C’est comme quand vous regardez l’étagère consacrée au N°5 de Chanel, une des lignes les plus complètes existant en parfumerie, et il faut le dire, un vrai régal pour les adeptes. Et bien là, c’est pareil, pas moyen de sentir autre chose quand on a toute la gamme.
Parlons de la senteur elle-même. Et soyons franche, c’est un synthétique. Qui ne s’en cache pas d’ailleurs, puisqu’on parle de musc extrait sans cruauté, ce qui ne fait nul doute, puisqu’il est gentiment produit à l’échelle industrielle en laboratoire! Le débat sur les produits chimiques contenus dans les parfums se fera une autre fois.
Première observation évidente, c’est un parfum très chargé en musc (ça tombe bien!), tellement d’ailleurs qu’il neutralise un peu l’impression florale qu’il pourrait rendre, puisqu’il est visiblement composé d’un bouquet : lys, jasmin, rose, ylang. On trouve aussi : galbanum, basilic, patchouli, vanille, ambre, oakmoss et notes de pêche. Je dirais que le musc dans White Musk, c’est comme les aldéhydes dans le N°5, il apporte une dimension nouvelle et abstraite au parfum. Je pense d’ailleurs que leur origine chimique n’y est pas étrangère.
Ce parfum a été senti et ressenti, et il faut savoir que, de par sa composition chimique, son évolution diffèrera assez peu d’une peau à l’autre. Ce n’est pas pour me déranger, mais c’est peut-être parce que je ne m’identifie pas de façon excessive à son odeur. Cela dit, ça ne m’étonne pas du tout que certaines femmes ne puissent plus s’en passer. Pour plusieurs raisons. La campagne de publicité nous parle d’une sensualité à l’état pur… Un parfum, c’est sensuel quoiqu’on en dise, passons ce point. Moi je dirais surtout qu’il est très facile et très agréable à porter, et que l’on s’y attache parce que son odeur semble très personnelle, qu’elle est à la fois douce et présente et qu’il faut le dire, elle ne choque pas les narines. Les muscs blancs sont l’un des composants qui entrent quasi systématiquement dans la plupart de nos produits cosmétiques et aussi notamment dans nos lessives. Ils suggèrent une intense sensation de propre, et sont donc particulièrement appréciés dans
les parfums, en plus de leur pouvoir fixateur. Leur odeur dans White Musk est sui generis, douce, subtile, délicate, proche de la peau, et propre. Il me semble que c’est aussi pour cela que la fragrance plait beaucoup à la gent masculine. Ces messieurs, qui bien souvent râlent quand le parfum de leur chérie sent trop fort, ne sont généralement pas agressés par celui-ci et s’y attachent. Ces muscs bien que synthétiques produisent leur petit effet animal malgré tout. Je le trouve pour ma part plutôt bien réussi, relativement bien construit, les notes se déclinent de façon assez subtile, on reconnaît légèrement une pointe d’ylang et un soupçon de vanille. On les perçoit l’une comme l’autre surtout par l’aspect dense du parfum sur la peau. Mais le tout est si bien enveloppé dans la rondeur cotonneuse et veloutée des muscs, que l’on ne s’obstine pas à rechercher la présence de l’un ou l’autre des composants.
White Musk s’apprécie tel quel, pour son odeur résolument moderne et tendance. Et je crois que l’on peut d’autant plus l’aimer en ne lui demandant pas plus qu’il ne peut donner. Ce n’est pas une composition ultra raffinée et d’une qualité somptueuse, mais c’est un vrai parfum de confort, commode, coquet et charmant.
Je m’accommode très bien de l’eau de toilette qui semble tenir plutôt bien sur ma peau puisque je la sens encore 9 h après la vaporisation. Lorsque je veux une présence plus marquée, j’utilise la crème corporelle, et en touche l’huile qui affine la senteur et parfait le fini peau.
Disponible dans tout les magasins The Body Shop. EDT 60ml : 27,50 €, EDP 30 ml : 27,50€
Photos : thebodyshop.com
18/06/07
Nez Bavard se sent un peu morose en ce moment. Je crois que l’élan et l’enthousiasme qui étaient les miens lorsque j’ai commencé Poivre Bleu se sont quelque peu émoussés. J’aime toujours le parfum, de même que j’aime toujours autant écrire sur Poivre Bleu. Mais je dois aujourd’hui réfléchir à la place qu’occupe réellement l’olfaction dans ma vie. Je sais qu’elle est importante, mais je sais aussi qu’en aucun cas je ne veux soumettre ma perception (odorante) à un formatage d’aucune sorte.
La parfumerie de masse me désespère, même si on y trouve encore (parfois) quelques exceptions. La parfumerie de niche est un ensemble assez flou, et je me demande parfois si l’interêt et le but est bien différent de celui des grandes marques. « Mais bien sûr! » me dira-t-on. Certes, la clientèle ciblée n’est pas la même, certes les matières premières utilisées sont différentes, certes le service est de meilleure qualité, certes… Mais le tout est encadré par un seul et même but : faire du chiffre. C’est la dure loi du commerce, et c’est ainsi que fonctionne le monde aujourd’hui. Mon sentiment est certainement dû au fait que je suis actuellement immergée dans cette machine commerciale pour mon travail, et que je suis moins libre qu’avant d’ignorer cette réalité écrasante du profit. Sans profit, pas de travail, pas d’entreprise viable. Ma critique ici porte essentiellement sur le formatage que subit toute entreprise lorsqu’elle se développe. C’est le sentiment désagréable que le moteur réel de l’entreprise, c’est-à -dire le projet, l’idée, le concept, l’invention, est totalement annihilé par le besoin de vendre encore et toujours plus. Heureusement toutes les entreprises ne suivent pas le même schéma, et parfois le profit a du bon. Mais le délicat petit monde du parfum et de l’olfaction est trop fragile pour subir l’exploitation outrancière dont il est l’objet aujourd’hui.
La parfumerie n’est malheureusement pas le secteur dans lequel se lancer lorsque l’on a une idée et l’envie de transcender toute cette machinerie avec son idéologie naïve prête à surmonter tous les obstacles. Soyez certain que quelqu’un d’autre aura essayé avant vous et se sera cassé le nez sur ses convictions. J’ai sincèrement cru pouvoir faire ma vie dans le parfum en gardant ma sensibilité, ma naïveté, ma perception très biologique et très animale de l’olfaction. Force est de constater que je n’y arriverai pas par la voie traditionnelle. Le marché (comme disent les analystes en marketing et leurs chefs d’entreprise) est saturé : une quantité innombrable de nouveautés tous les mois, une difficulté évidente à se renouveler, d’où un formatage de la clientèle par la publicité et les opérations marketing.
Le secret, et la solution pour ma part, sera peut-être de rester en dehors de tout ça, et de continuer à sentir pour mon propre plaisir, et à me réjouir pour un rien : une odeur de ville un soir d’été, une senteur d’oreiller ou le parfum de la peau des gens aimés.
Je suis particulièrement intéressée par vos réactions sur ce billet, ce que vous en pensez, votre propre perception du monde de la parfumerie, vos sentiments en tant que passionnés (ou non).
3/06/07
Nez Bavard est en ce moment largement plongé dans ses bouquins… Et les expériences parfumées de ces derniers temps sont très, comment dire : livresques. Ce qui me donne une occasion de vous parler de ma perception de l’odeur du papier.
On pourrait croire que le papier ça sent… le papier! Certes, mais pas seulement, selon l’époque, la composition, la conservation, le papier prend une odeur particulière, comme une sorte de signature qui fait ensuite partie intégrante du plaisir de la lecture. L’odeur de certains livres que j’ai lus m’a tellement marquée que lorsque j’ouvre le livre à nouveau, je suis transportée 3, 4, voire 8 ans en arrière.
Je serais tentée de dire, qu’un livre, c’est comme un bon vin : ça s’améliore en prenant de l’âge. J’entends par là deux aspects différents. Prenez un livre que vous avez lu à une époque A. Le livre, à cette époque A, ne vous a pas secoué, voire même ne vous a pas plu. Reprenez le même livre à une époque B postérieure, et relisez-le. Vous serez peut-être surpris de l’impression qu’il vous laissera lorsque vous aurez tourné la dernière page… Ceci est valable selon le « cru » du livre, je doute qu’un Barbara Cartland et ses effluves de guimauve puisse provoquer de tels retournements… Encore qu’avec l’âge, la dimension
burlesque et comique peut prendre une ampleur non négligeable. Et de toute façon, tous les goûts sont dans la nature, évitons les jugements de valeurs… Pour ma part, je vous parlerai plutôt de La Petite Fadette de George Sand que j’ai parfaitement détesté quand je l’ai lu la première fois, puis que j’ai adoré la seconde et encore plus la troisième, sans parler de la quatrième (je reconnais que c’est un cas particulier, je n’ai pas l’habitude de relire un livre 4 fois).
La deuxième raison pour laquelle je compare un livre à un bon vin, c’est pour son odeur. Il me semble en effet, qu’en prenant de l’âge, l’odeur d’un livre se bonifie et prend du caractère. L’avantage ici, est qu’ouvrir un livre n’est pas très onéreux et relativement aisé à refaire, alors qu’ouvrir une bouteille de Château Lafite de 1928 risque d’être à la fois fatal à vos finances mais aussi à la bouteille en question. Toujours est-il que, de mon point de vue, et selon ma propre expérience, j’ai avec plaisir retrouvé des livres que je n’avais pas ouverts depuis longtemps, qui s’étaient imprégnés de l’odeur d’une maison, d’une pièce, et qui me rappellaient un endroit ou une époque. Je reconnais que la diversité des odeurs de livres est loin d’égaler la diversité des arômes des vins. Mais il y a tout un tas d’émotions associées à l’odeur des livres, notamment parce qu’elles sont liées au plaisir de la lecture et à l’histoire ou au thème
du volume.
On a les odeurs euphorisantes de papier neuf, celle du roman encore jamais ouvert, encore jamais lu, qui promet un tas d’aventures. Il y a l’odeur acide caractéristique des livres au papier fait de pâte de bois du XIXe siècle qui me laissent une impression de sérieux (ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien) ; il y a l’odeur un peu plastique (papier glacé) et rébarbative du livre de maths de terminale qui vous fait suer ; il y a l’odeur humide et renfermée du livre errant, celui laissé à l’abandon depuis des années dans des cartons à la cave ; il y a aussi l’odeur poussiéreuse, piquante et légèrement ambrée des livres anciens, qui vous donne la sensation de tenir un trésor dans les mains. L’odeur du livre imprime avec le dernier mot, la dernière impression : elle vous réjouit, vous fâche ou vous laisse dubitatif.
Sur ce, il se fait tard, il est l’heure pour moi d’aller me glisser sous ma couette, et de lire quelques lignes et buvant ma tisane à la verveine verte fluo.