Poivre Bleu
Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Le blog du parfum où votre nez bavarde…
25/07/11
Revenir de vacances, surtout lorsqu’on est partie loin, ça fait toujours un drôle d’effet. Mercredi soir dernier, j’ai quitté un Montréal au beau fixe, nonchalant et chaud. Jeudi, j’ai posé les pieds sur le sol d’un Paris morne, frisquet et honnêtement, déprimant.
Je dois reconnaître que les 3 semaines que j’ai passées là-bas n’ont pas été centrées sur le parfum, même s’il ne m’a jamais quittée puisque j’ai passé mon séjour à renifler le cou de mes amis en m’extasiant chaque fois que l’occasion se présentait. N’ayant pas énormément vadrouillé dans le pays, j’aurais du mal à donner une vision exhaustive de la situation du parfum au Canada ou aux Etats-Unis puisque j’ai réussi à faire un saut à New York. Cela dit, quelques éléments m’ont marquée.
Le parfum outre-Atlantique ne revêt pas le même rôle que sur le vieux continent et plus particulièrement en France bien sûr. J’ai eu l’occasion de discuter avec une Française installée au Canada depuis plus de 15 ans qui m’expliquait qu’elle n’avait pas su abandonner cette partie de sa culture maternelle, associant assez naturellement son parfum à une certaine forme d’identité. Pour ses enfants et son mari en revanche, autant il est inconcevable de sortir sans son déodorant, autant porter du parfum est parfois du domaine de l’étrange ou plus simplement de l’inutile.
Les Nord-Américains sont assez peu identifiables en terme d’odeurs corporelles, peut-être parce qu’ils les traquent plus que chez nous. La famille qui m’a reçue à Québec a régulièrement fait l’aller-retour en France, et ses membres m’ont avoué en souriant que « les Français sentaient » et que cela se remarquait particulièrement pour quelqu’un qui vivait au Canada.
Je dois dire qu’après un mois, cette observation assez amusante s’est révélé véridique. L’arrivée au terminal à Roissy a été un concert d’odeurs corporelles diverses et variées, pas forcément désagréables, mais largement plus présentes qu’à mon arrivée au Canada un mois plus tôt. Mais surtout, le plus marquant, ce sont les parfums. Les Français sont résolument des gens parfumés. J’ai souri face au plaisir que j’ai pris à croiser le sillage d’une jeune femme, et j’ai presque éclaté de rire lorsque je me suis retrouvée excitée comme une puce au Sephora de la rue de Rivoli : « Ooooh des parfums partout !! » ai-je dit ! Qui aurait cru un jour que retrouver un banal Sephora m’aurait fait autant plaisir ??
Et vous, quelles sont vos expériences parfumées à l’étranger ? Et comment avez-vous vécu votre retour en France (dans le cas où vous êtes rentrés bien sûr) ?
26/06/11
Chères lectrices, chers lecteurs, nous nous retrouvons enfin pour le dernier musc de ma semaine musquée, qui s’est légèrement allongée… (C’est parce que je cultive l’art du suspense…)
Bref, passons aux choses sérieuses : Musc Ravageur n’est pas un musc. Hein ? Non, non, je ne vous prends pas pour des billes rassurez-vous. L’opus de Maurice Roucel pour les Editions de Parfums Frédéric Malle m’intéresse car il démontre en partie le pouvoir d’une appellation. Sorti en 2003, Musc Ravageur est un des derniers parfums, à mon sens, à jouer avec le terme « musc » dans la conception la plus animale du terme, ne serait-ce que par l’ajout de « ravageur » dans le titre, mais bien sûr et surtout avec la fragrance. Loin d’être dépourvue de muscs (au contraire), elle s’affranchit néanmoins de la perception classique des parfums musqués, en proposant une vraie composition dans laquelle les muscs jouent un rôle capital mais ne sont pas le centre de la composition, comme cela peut être le cas dans les autres parfums que nous avons vus dans cette série. Dans Jovan Musk ou Original Musk, la composition a été travaillée autour de l’élément central que sont les muscs, en poussant tour à tour chacune de leurs facettes avec d’autres matières comme les notes fleuries ou poudrées, la vanille, les baumes, ou encore les aldéhydes. Musc Ravageur pourrait se comparer par exemple à Flower by Kenzo, non pas dans la proximité olfactive, mais dans la façon dont ces matières sont utilisées dans la construction des deux parfums pour exprimer tout leur potentiel et sublimer les autres matières, sans pour autant en faire le « propos » du parfum.
Musc Ravageur n’est donc pas un « musc » dans la construction, mais de ses illustres collègues portant eux aussi le nom de musc, il a gardé le potentiel addictif, sensuel et presque impudique parfois. Maurice Roucel le décrit comme « un acte de séduction et de générosité ». C’est le parfum de la femme fatale, de celle qui a des formes, qui les assume et les utilise à son avantage, c’est ce que vous avez toujours rêvé d’avoir sans jamais oser le demander. Comme souvent, votre parfum vous permet de devenir ce que vous n’êtes pas, ce que vous aimeriez être, le pouvoir de métamorphose du parfum agit et vous transforme en vous apportant ce qui vous semble manquer : le pouvoir de séduction, le chic, la classe, la beauté, le charme, l’ambition… Qu’importe ! En vaporisant votre parfum, vous êtes à nouveau un être complet et entier.
Musc Ravageur tombe dans une sorte de cliché, on parle encore (et toujours) de séduction et de sensualité, mais il est tellement bien exécuté
qu’on lui pardonne. D’autant plus qu’olfactivement, Maurice Roucel a évité l’écueil des fleurs pour ce parfum et a clairement cherché à illustrer la phase qui vient après la rencontre des regards, les premières paroles, les premiers effleurements et les premiers baisers. La situation ici est toute autre, la peau est nue, prête à s’offrir et à déployer elle aussi son pouvoir olfactif et ses « muscs ravageurs »… Le parfum est alors là pour accompagner, décupler les sensations de l’instant et les rendre inoubliables.
Musc Ravageur est donc un parfum animal c’est sûr, mais pas seulement. Son envol frais de bergamote vient déposer comme une pluie une sorte de poudre dorée sur la peau sur laquelle s’exprime immédiatement la vanilline, la cannelle et la rondeur chaude et animale des muscs aux tonalités poudrées. Majoritairement composé avec des notes de fond, semble-t-il, et qui ne se déploient bien que sur la peau (bien que son sillage soit très puissant), ce parfum a une évolution plutôt lente et équilibrée. Les baumes (benjoin notamment), doucement, s’expriment tour à tour, comme lors d’un effeuillage voluptueux effectué par une experte. Après plusieurs heures, il vous restera sur la peau un souffle chaud, poudré de vanilline et de cannelle.
Musc Ravageur porte bien son nom, car il exploite à merveille ce que l’on pouvait attendre de lui avec un nom pareil, tant sur le plan du « musc » que sur le plan du « ravageur ». On ne le porte d’ailleurs pas impunément, car il affiche la couleur dès les premières effluves. Si vous n’êtes pas farouche : attendez-vous à vous faire aborder…
21/06/11
Chers amis, voici à peu près l’état dans lequel je me trouve actuellement. Les événements récents survenus à droite à gauche dans mon continuum espace-temps ne m’ont laissé que peu de répit, et je me vois dans l’obligation de repousser la date de fin de la semaine musquée à un peu plus tard. J’espère que vous ne m’en voudrez pas !
En attendant, vous pouvez préparer vos commentaires, parce j’ai des questions à vous poser dans les prochains billets !
Je vous souhaite à tous une bonne nuit !
19/06/11
Il y a un moment, j’avais juré que je ne parlerai plus de Tom Ford tant j’avais été vexée par sa campagne publicitaire pour Tom Ford for Men. Deux ans plus tard, du plomb dans la cervelle et un peu de recul en plus, je suis retournée vers cette Private Blend qui compte dans ses rangs des recrues d’une valeur inestimable pour certaines. Ça, d’ailleurs, Tom Ford l’a bien compris et il nous le fait payer ! Pour notre sujet, je suis allée fouiner du côté de la collection Private Blend White Musk, une ligne créée en 2009, et qui est venue apporter un souffle à la fois plus féminin et plus occidental à cette ligne très sombre, aux senteurs très intenses et clairement orientée pour le Moyen-Orient.
Parmi les quatre parfums de cette gamme, je me suis attardée sur Urban Musk qui m’intrigue depuis plusieurs jours au fur et à mesure que je le porte. Relativement peu intense en sillage, il offre néanmoins l’une des notes de peau les plus délicieuses qu’il m’ait été donné de sentir depuis le début de cette série. Tous les autres, bien sûr, se fondaient sur la peau et en adoptaient la forme et la texture, ce qui est de toute façon particulièrement marqué avec des créations musquées, mais tous se situaient dans le registre du parfum, alors qu’Urban Musk est à la limite. On ne sait pas vraiment s’il s’agit de l’odeur merveilleuse d’une peau dorée au toucher velouté, ou si l’on est en face d’une eau poudrée et délicate qui glisse entre les doigts comme une épaisse mèche de cheveux.
Parmi les muscs « en équilibre » entre une base animale et une bulle de propreté, ce parfum se trouve sur la ligne des plus poudrés ce qui le rend très chuchotant et parfois assez difficile à discerner. Cette note est surprenante, elle me fait vraiment penser à une joue fraîchement poudrée sur laquelle on vient déposer une baiser. Attention, les notes de violette ne sont pas au rendez-vous, cette douceur étant surtout apportée par l’héliotropine et les graines d’ambrette. Au départ, on discerne furtivement une petite note urine mais qui laisse rapidement place à une rondeur poudrée et vanillée où le benjoin apporte sa petite pointe gourmande. Je ne suis jamais allée en Amérique (pour le moment), et je ne sais pour quelle raison il m’évoque avec précision une ambiance américaine, très policée de l’extérieur mais finalement excessive à d’autres endroits. Il sent la femme apprêtée, aux ongles faits et aux cheveux laqués, mais qui sait en même temps avoir cet air naturel et à peine nonchalant que vous rêveriez de savoir maîtriser.
Bien que très discret sur ma peau, j’ai eu du mal durant les jours où je l’ai porté à me décoller le nez des poignets. J’ai pensé au début qu’il ne tiendrait pas la route, mais j’ai été une mauvaise langue. Il mérite largement sa place dans une sélection musquée, bien qu’il soit assez difficile à trouver, très cher et relativement élitiste. En même temps, cela résume assez bien tout ce que fait Tom Ford…
Demain vous aurez droit à un petit extra de la semaine musquée, parce que plus on est de fous…, puis probablement jeudi ou vendredi, je vous proposerais un petit bilan sur cette semaine et cette famille qui m’aura largement inspirée et qui continuera sans doute encore.
18/06/11
Nous y voilà enfin chers amis ! Vous en aviez rêvé, le voilà : Muscs Koublaï Khan passe à la dissection. J’espère que moi par contre, je ne vais pas passer par cette case tant il y a déjà eu de la littérature sur ce parfum. Il déchaîne les passions sur forums, blogs et autres espaces de littérature numérique parfumante. Dans un souci d’équité, voici une sélection des articles qui ont précédé le mien : en voilà un, puis un autre encore, et à nouveau, et puis … Le devoir de mémoire étant accompli, je vous propose de poursuivre la semaine et d’entamer la soirée sur les chapeaux de roues en engageant la discussion aussi franchement que Muscs Koublaï Khan le fait avec nos narines. Je viens de me rendre compte d’ailleurs que je suis en train d’écouter Samantha Fox alors même que je rédige ce billet (j’ai la honte jusqu’à la fin de mes jours au moins là). Rien à voir avec le raffinement de la cour mongole de Koublaï Khan, auquel le parfum rend hommage donc.
Ma rencontre avec ce parfum date de sa sortie dans la gamme export il y a 2 ans. J’avais à l’époque le nez bien moins entraîné qu’aujourd’hui, et je suis surprise de me rappeler que j’ai été irrésistiblement attirée par cette odeur, en dépit de tous les commentaires que j’avais pu entendre à son sujet. Ménagerie, crottin, cheval, vous connaissez l’histoire. Non, je l’ai trouvé d’emblée magnifique, mystérieux et impénétrable, à en devenir muette et folle de désir. Aujourd’hui, avec un peu plus de connaissance en stock, je crois comprendre ce qui a pu me plaire chez MKK : la base Animalis. Cette base ancienne de la parfumerie qui émane des fabriques De Laire comme le Prunol, l’Ambre 83 ou la Mousse de Saxe, exhale une odeur qui me fait penser à l’urine que vous croisez dans le métro au détour d’un recoin sombre. Si je ne me trompe pas, cette base contient notamment du costus, une plante aujourd’hui interdite qui évoquait une casquette sale et lourde de sébum. Si j’en étais capable, je crois que je pourrais porter cette base seule tant elle donne une sensation de « vrai parfum », de peau et de fourrure.
Malgré ces images peu ragoûtantes, cette base est une merveille et apporte à Muscs Koublaï Khan une dimension érotique d’une intensité rare. Accompagnées de douces notes poudrées (graines d’ambrette), vanillées, baumées (labdanum), les notes animales de MKK sont tapies et ne crient pas trop fort, sur ma peau en tout cas. Je ne vous ferai pas le couplet sur la sensualité enivrante de ce parfum, sur son pouvoir presque hypnotique de séduction, parce qu’il est évident.
Par contre, je vais vous parler de chat. Parce que ce parfum pour moi sent la tête d’un chat. Une douce odeur féline, souple, juste assez intense pour que l’on sache qu’il s’agit d’un animal, mais tout en délicatesse, loin d’une odeur puissante de fauve comme pourrait l’évoquer l’Absolue pour le Soir de Francis
Kurkdjian, qui a fait un pas de plus vers l’excès de sensualisme. Les chats ont pour moi une odeur légèrement poudrée, la même odeur que je retrouve dans ce parfum, et vu ma dévotion sans limite pour ces animaux, je ne m’étonne pas de l’effet délirant qu’il produit sur moi. Tout dans cette création me renvoie à mon amour pour ces petits félins. L’aspect mystérieux de son aura chaude me fait penser à leur regard impénétrable, le silence qui semble se faire autour de nous lorsqu’on le sent m’évoque le (non) bruit que font leurs coussinets lorsqu’ils marchent, sa lumière dorée me laisse imaginer la façon dont leur pelage chatoie à la lumière du soleil.
Très doux et tout en élasticité sur moi, ce parfum est indéniablement parmi les muscs, le plus bestial du genre musqué et il me ravit, moi qui aime l’excès et la débauche de notes animales. Mais quoi qu’on puisse en dire, MKK n’a rien de sale dans ma perception, il n’est ni vulgaire, ni répugnant et ne m’évoque que des choses que j’aime : la chaleur, la peau et les chats.
MKK est une potion de transformation qui me fait devenir chatte et m’expose à la vie délicieuse des chats, une vie remplie de nonchalance, de caresses, d’acrobaties improbables dans les branches, de jeux stupides et ravissants… C’est décidé, je me réincarne en chat.
17/06/11
J’ai découvert ma passion pour les parfums chez l’Artisan Parfumeur, comme j’ai dû vous le dire au moins une bonne centaine de fois, et pourtant, je ne pensais pas que je mettrai autant de temps (4 ans !) avant de parler du best-seller de ma maison favorite. Il fallait une bonne occasion, et je crois que celle entamée au début de la semaine est la bonne. Après un petit tour parmi les muscs des circuits sélectifs, indépendants et grand public, nous nous attaquons aujourd’hui à la niche.
Bien que Réminscence puisse être considéré comme une marque de niche au regard de ses partis pris olfactifs, je l’ai volontairement exclu de cette catégorie lors de ma sélection, puisqu’il est possible de trouver leur parfum dans les circuits de distributions classiques.
Mûre et Musc, créé en 1978 sous la direction de Jean Laporte est non seulement la meilleure vente de l’Artisan Parfumeur, mais aussi une référence incontestable des notes musquées, sous leur facette fruitée bien sûr. Nous parlions dans le billet de mercredi de l’appellation « musc » et de la connotation qu’elle a pu avoir en fonction des époques. Bien que je n’ai pas de preuves pour étayer ma position, il ne me semble pas impossible que Mûre et Musc ait influencé la perception de ces notes sur la façon dont on les voit aujourd’hui. J’entends par là que le musc de l’Artisan est radicalement différent des parfums que nous avons pu examiner depuis le début de la semaine : ici, les souplesses voluptueuses et lascives ne sont pas de mise. On leur a préféré la pétillance d’une eau aromatique et chyprée encerclée de toutes parts par des volutes de muscs blancs : Galaxolide et Musk T, soit deux des muscs les plus propres et fruités de cette gamme de molécules. Certains de mes collègues y ont vu une réécriture de l’Eau Sauvage (Ici, là et là) et je ne peux que les rejoindre. La note fruitée de Mûre et Musc aura achevé de faire basculer Eau Sauvage du côté féminin en l’enrobant d’une douceur très légèrement poudrée probablement apportée par des muscs là aussi. Mais ce parfum est aussi pour moi l’un des précurseurs de ce que l’on appelle aujourd’hui les « colognes modernes » (qui ont réellement démarré avec la Cologne de Thierry Mugler). Ce sont des parfums qui reproduisent la structure cologne en y ajoutant une forte dose de muscs ronds et propres, améliorant considérablement la tenue de ces eaux. Mûre et Musc en 1978 a marqué le départ des notes hespéridées – fruitées cotonneuses, qui tiennent.
Mûre et Musc est l’un des premiers muscs propres, et c’est en cela, pour moi, qu’il a influencé la perception que l’on a des muscs aujourd’hui, qui est tout de même plus rattachée à une notion de propre plutôt qu’animale désormais, après des années et des années d’utilisation en parfumerie fonctionnelle. Cette caractéristique explique aussi pourquoi son succès ne faiblit pas : il est à 100% dans la tendance actuelle de la fraîcheur qui tient, qui accompagne sans envahir, qui laisse une douce odeur derrière soi et une empreinte rassurante. J’admire ce parfum pour sa modernité, sa situation de précurseur aussi bien que pour sa ravissante écriture, mais je dois me rendre à l’évidence : ce musc-là n’est pas pour moi. Pour ceux qui aiment les parfums de chair et de sensualité, il lui manquera cette sensation d’abondance et de richesse apportée par des parfums plus charpentés, plus riches et plus sensuels.
Un classique à ne pas négliger cependant et à apprivoiser pourquoi pas !
16/06/11
Comment parler d’un parfum qui a marqué des générations entières mais pas la sienne ? Comment décrire un produit devenu culturel partout ailleurs dans le monde, sauf chez soi ? Voici le défi que je me suis lancé aujourd’hui en décidant de vous parler du Musk de Jovan, « le parfum qui a réuni plus d’hommes et de femmes que tout autre parfum dans toute l’histoire », comme disait la pub en 1981.
Ce parfum fait partie de la catégorie des fragrances à la cible extra-large et au discours bien moins policé que celui des maisons de luxe. Jovan Musk est ce que l’on peut appeler un parfum cheap. Son quotidien, ce sont les ragots près de la machine à café, à côté de la crème Nivea et du mascara Gemey Maybelline. Il est en même temps la preuve qu’on peut faire des choses qui ont du corps et de la personnalité sans avoir sous la main des matières d’une rareté exceptionnelle. Bien sûr, l’attente n’est pas la même, mais qu’importe.
Ce parfum a la simplicité et l’ouverture des gens faciles, avec qui on se lie sans réfléchir. Seront-ils des amis pour la vie, probablement pas, mais cela ne vous empêche pas de passer des moments grandioses. On ne fait pas d’histoires, on entre tout de suite dans le vif du sujet : le rapport est franc, direct et très intense, avec un aspect un peu passionnel. Ce n’est de toute façon pas fait pour durer, parce que c’est trop fort, et que ça va trop vite. Mais cela vous marque si intensément que vous n’oubliez jamais vraiment ces gens.
Et d’ailleurs, tout le positionnement de ce produit s’articule autour de cet aspect pulsionnel incontrôlable auquel vous succomberez en sentant le parfum : « Un parfum mystérieux qui dévoile votre pouvoir de séduction. L’attraction pure. » Difficile de faire plus explicite ! Jovan Musk témoigne d’une époque ou le mot « musc » éveillait encore dans l’esprit des gens des notions de séduction, de sensualité, voire de sexualité. En 1972, l’année de sa sortie, un parfum qui portait ce nom affichait d’emblée la couleur ! Bien que ces notions n’aient aujourd’hui pas disparu de la tête des consommateurs, elles ont évolué, et il me semble que l’idée très « phéromonale » du terme se soit légèrement éloignée depuis l’apparition du terme « muscs blancs », mais aussi depuis la surexploitation de leurs facettes propres dans les divers produits parfumés du quotidien. Le virage pris par ces matières depuis quelques temps rend le discours de la marque Jovan kitsch à en hurler de rire. La preuve par 15 ici (Prenez le temps de jeter un œil aux vidéos, ça vaut vraiment le détour) : Publicité Jovan Musk – Jungle Spot 1984, ici : Publicité Jovan Musk for Men – 1985 (écoutez bien les paroles), ou encore là : Publicité Jovan Musk – USA 1987.
Après cette mise en bouche alléchante, que dire du parfum en lui-même ? A première vue, je dirais qu’il tient bien ces promesses. Dans le cas
du féminin, il correspond exactement à un type de féminité qui ne passe jamais inaperçu : celle de la bimbo. Les muscs ici, sont un peu le silicone des seins de la jeune femme, il s’agit de sortir l’artillerie lourde. A grands renforts de bouquet floral esquissé dans les grandes lignes par des notes jasminées sympathiques, on surélève le tout avec une petite dose d’aldéhydes qui donnera une impression très nette de laque Elnett au départ. Le parfum évolue très rapidement vers une montagne infranchissable de notes extrêmement rondes et moelleuses qui évoque le soyeux d’une peau qui n’en fini pas de vous faire envie. La note poudrée animale des muscs nitrés (vraisemblablement le musc cétone, le dernier qui soit encore autorisé) conduit les impressions dans d’autres recoins dont je vous laisse le loisir d’esquisser les détails. Elle est soutenue par une aspect gourmand un peu chocolat, une touche de vanilline et de coumarine. L’effet, même s’il est lourd et un peu excessif, est efficace, on en redemanderait presque, pour rigoler, parce que c’est marrant de jouer un peu à la pouf et au beauf une fois de temps en temps.
J’ai acheté 10ml de cette huile exprès pour cette série de billets, et même si je ne délaisserai pas mon Original Musk pour celui-ci, j’ai plaisir à le porter de temps en temps, pour aller au cinéma et boire un café du dimanche, en espérant faire succomber sur le chemin tous les mâles qui en valent la peine.