Back to Black / Aphrodisiac est la prochaine création à paraître de By Kilian. Celle-ci sera disponible en septembre dans les différents points de ventes habituels. Vous pourrez alors facilement faire porter le chapeau à La Rentrée pour faire avaler à votre porte-monnaie rabat-joie, que vous avez absolument besoin d’un nouveau parfum pour bien recommencer le travail…
Back to Black a donné du fil à retordre à Nez bavard. En effet, celui-ci est alternativement perçu comme un ambré-boisé ou comme un tabac, mais tout au long du parfum, les impressions et les références olfactives se bousculent, ce qui rend sa lecture plus ou moins ardue.
L’entrée en matière me fait purement et simplement penser à un verre de cognac. C’est dans ce départ que l’on sent le plus la filiation entre les parfums By Kilian et l’univers des spiritueux. C’est dense, liquoreux, chargé d’arômes fruités, boisés et ambrés qui promettent de se déployer fastueusement sur la peau. Passée la première giclée de liqueur fruitée qui me fait personnellement penser à de la prune, le parfum se recouvre rapidement d’une couche de poudre de chocolat Van Houten, un peu amère (pour le pouvoir aphrodisiaque peut-être…).
La touffeur chocolatée aurait presque des accents de cuir, et l’on sent dans le coeur de la fragrance une référence au Bornéo 1834 de Serge Lutens. Il y a chez By Kilian un accent beaucoup plus prononcé sur les fruits et sur une rondeur chocolatée qui est présente chez Bornéo mais dans un écriture plus sèche. Le patchouli a bien sûr plus de place dans la création de Serge Lutens, chez By Kilian il sert à renforcer une note sensuelle très suave et très riche. La comparaison vaut vraiment le détour, car ces 2 parfums semblent presque se compléter et développent conjointement une atmosphère dense et enveloppante, un peu poudrée. Mais là où Bornéo s’engage fermement dans une cave de bonheur patchoulité, la liqueur fruitée de Kilian s’étire et poursuit son chemin dans une image de petits raisins secs gonflés de rhum et d’épices. J’ai vaguement l’intuition d’une fleur (peut-être une lavande?), mais très légère, visible seulement à travers un filtre ou un brouillard de miel épais.
Dans les derniers stades, le parfum semble vouloir tirer vers l’univers du café sans vraiment y parvenir. La référence est présente ainsi que les facettes de l’odeur du café (chocolat, vanille, tabac), mais le personnage principal est absent. Les volutes finales s’accordent cependant assez bien autour de ce thème. La tasse de café-vanille n’est pas loin, posée à côté de la pochette de tabac à odeur de miel, pendant que des lèvres rouges mordent dans un carré de chocolat noir à la framboise (très nette sur ma peau). La tasse finie, il reste une couche de miel foncé (celui des fleurs de montagne), encore une fois riche et épais qui s’en va doucement mais sûrement vers un fond de miel ambré-fumé.
L’évolution est résolument séduisante, avec ce qu’il faut d’attendu et de surprenant. J’ai pour ma part beaucoup apprécié le travail réussi autour des notes sucrées qui ne sombrent jamais dans de la confiture over-lourde, alors qu’il aurait pu être dangereux de travailler à la fois les fruits (dont une framboise très réaliste), le chocolat et le miel… Et pourtant, ma peau a tendance à faire ressortir cet aspect dans les parfums.
A découvrir donc pour les amateurs de fruités intelligents aimant les univers changeants mais affirmés.
Pour me faire un avis sur ce composant et travailler mon nez correctement, j’ai recherché des parfums où l’ambre était vraiment dominant et autant que faire se peut, pur. Les parfums choisis ont été : Ambra de Etro, Ambre Sultan de Serge Lutens et enfin, Ambre Précieux de Maître Parfumeur et Gantier. Les trois parfums interprètent de manière différente un même composant, mais se réunissent sur une même sensation de rondeur suave plus ou moins vanillée et/ou sucrée.
patchouli-vanille fluide mais bien présente. De ce parfum émane un ambre svelte, léger, qui tout en gardant la jolie rondeur de l’ambre le rend très facile à porter par tous les temps. Il est concentré en Eau de Cologne, mais sa tenue est très satisfaisante et suffisante lorsque l’on recherche juste une légère aura.
L’Ambre Précieux de Maître Parfumeur et Gantier : épices / encens, patchouli / vanille, ambre, baumes. C’est celui qui sent de la façon la plus classique à mon nez. C’est aussi celui qui se fait le plus séducteur et le plus enveloppant sur ma peau. L’ambre précieux se fait vraiment bijou : il pare. Voiles, volutes, rondeurs moelleuses, douceurs vanillées, … C’est un sublime parfum de sillage, intriguant ou dérangeant selon les goûts, qui révèle tous ses charmes sur la peau d’une femme (ou d’un homme). Sur ma peau en tout cas, il se sucre et s’arrondit nettement, donne une grande sensation de souplesse, assez féline. L’image du chat ondulant, au regard impénétrable et à l’allure nonchalante me convient parfaitement. Sa tenue est irréprochable et son sillage puissant. Blue Amber de Montale est très proche de cet Ambre Précieux mais je le dirais légèrement moins vanillé.
Pour la petite anecdote, la légende voudrait que Jacques Guerlain ait versé quelques gouttes d’éthyl-vanilline dans un flacon de Jicky « pour voir », et que le résultat soit à l’origine de Shalimar. Cela dit, comme avec le
Dans la jungle parfumée des grandes parfumeries et des grands magasins, Nez Bavard est mis à rude épreuve. Mais depuis quelque temps, j’ai repéré grâce à une collègue les parfums de la maison : Comme des Garçons. Dans un souci de vision globale, j’ai farfouillé quelque peu sur internet, pour dénicher des informations sur la marque et la créatrice. Il en ressort une très nette impression de destructuration, archaïsme, refus de la standardisation et du conformisme de la mode. Le principe des
n’est pas la seule maison à le faire (et à le faire bien), mais je trouve intéressant de le signaler car cela me permet de faire un point de comparaison avec Etat Libre d’Orange, dont les créateurs revendiquent avec tant de ferveur leur liberté d’expression. C’est pourtant, pour moi, la représentation typique d’un snobisme pseudo-artistique puant. Rei Kawakubo dérange elle aussi dans ses créations, et certains pourront formuler à son égard bon nombre de critiques, mais son travail a le mérite de surprendre réellement, de susciter interrogation puis réflexion.
Mon essai fut concluant. 2 n’est pas courant la première fois qu’on le sent, mais plus on le sent, plus il devient familier et naturel, au point qu’après quelque temps on se demande comment on a pu le trouver bizarre au premier abord. Dans ce parfum et dans plusieurs autres de Comme des Garçons, des impressions très contemporaines se retrouvent enfermées dans une petite bouteille, mais sont finalement acceptées avec simplicité. Le flacon est conçu pour que le parfum soit actif (il bouge avec vous), il ressemble étrangement à une flasque à whisky que l’on glisse dans la poche (voir le Pocket Size absolument craquant). L’impression olfactive est très urbaine (plus que citadine) et moderne. Pour celui ou celle qui vit en ville, les composants chimiques synthétiques ne sont pas perçus comme un manque de qualité, ils sont intégrés et acceptés spontanément par le porteur. Le rendu sur la peau est un mélange industriel artisanal : encens et aldéhydes incisifs et aiguisés pour le côté abstrait, le patchouli et le bois de cèdre pour la chaleur et la simplicité, l’ambre, l’angélique et l’absolu de maté pour la rondeur, la douceur et la mélodie du parfum. Mais on trouve aussi : encre, vétiver, cumin, magnolia, labdanum, huile de cade.
L’Eau des Merveilles d’Hermès est une curiosité parfumée lancée en 2004. L’accord de ce parfum est une combinaison de sensations contradictoires : pétillant comme une pastille effervescente, il se révèle sur la peau et devient par instant velouté et crémeux. Il est orange vif, il vous pique le nez comme lorsque l’on presse la peau du fruit, mais il est doux comme le jus et la pulpe de ses quartiers. C’est une sorte de piquant-doux olfactif, un vrai bonheur! Un parfum d’une sensualité étrange, tout en étant pétillant, il s’affiche sur la peau comme un parfum chaud et charmeur. Mais le charme est calme alors que les épices rendent Eau des Merveilles un peu frippon. C’est pourquoi il est attirant, il a une sorte de côté masculin-féminin : l’ambre gris, une matière suave et enveloppante qui apporte le velouté au parfum, est relevé par une note poivrée. Il faut aussi noter que l’ambre gris a été travaillé en coeur dans l’Eau des Merveilles, alors qu’il sert traditionnellement à étoffer les fonds orientaux. Son évolution sort donc un peu des rails de l’évolution classique des parfums « chauds » ou « orientaux ». Le peps du parfum est apporté par les agrumes, et par chance il ne disparaît pas au bout de quelques instants, on a sur une bonne longueur un effet « feu d’artifice » enjoué.
Eau des merveilles a une composition apparemment innocente, mais le mélange en fait une potion aux vertus bien particulières, à moins qu’un ingrédient n’ait été gardé secret… On y trouve en tout cas du bois de chêne, de vétiver, du baume du Pérou, de l’ambre gris, du citron, de la bigarade, des baies roses…
Parfum en demi-ton, présent et discret, Gris Clair de Serge Lutens est une eau aromatique qui glisse sur la peau. Construit autour de la fleur de lavande, ce parfum l’explore par le côté sec, la fleur du flacon sèche sur la peau et nous offre des grains de lavande secs et gris pâle. Son évolution est aride, on ne sait plus tout à fait si le parfum est toujours là, car son ton est presque minéral. Il sent comme ces roches grises surchauffées par le soleil où pas une pointe d’humidité ne subsiste, tout est bu et asséché. Il en résulte une étrange sensation de sérénité. Un état brut, silencieux, comme la nature par journée de canicule… Rien ne bouge, seuls les insectes trouvent encore la force de voler. Malgré cette sensation intense d’un soleil de plomb, Gris Clair me semble aussi bien adapté à la saison hivernale qu’à l’été, car c’est un parfum au souffle léger. Il se décompose ainsi : Pollens, Racines / Lavande, Notes sèches / Notes orientales. Les notes orientales ici se résument pour moi à des notes musquées, car Gris Clair n’a rien d’opulent, ni de balsamique, ni de fondant.
Commentaires récents