Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Article tagué mousse de chêne
Partie 1 : Azzaro, Le Parfum Couture / 1975
2/05/11
Le problème lorsque l’on écrit pas assez régulièrement sur son blog (C’est mal. Je serai fouettée.), c’est que les idées d’articles se superposent, que tout se mélange et qu’après, il faut faire des choix. Le brouillon de cet article doit être en jachère depuis environ 7 mois, puisque c’est à cette période que j’ai eu l’opportunité de connaître Azzaro le premier parfum de Loris Azzaro, sorti en 1975. Vu le grand âge de ce brouillon, j’ai décidé de m’attaquer à ce gros morceau qu’est la comparaison entre la version originale d’un parfum et sa réédition. Cela me permettra, en plus, de développer mes pensées sur le genre chypré. Je vous propose donc, dans cette première partie, la revue d’Azzaro 1975 et mercredi en deuxième partie, la comparaison avec Azzaro 2008.
Ce parfum s’appelait visiblement Azzaro tout court à l’origine, mais avait pour slogan : Le Parfum Couture. Je suppose que c’est de cette expression que lui est venu le nom qu’on lui attribua par la suite : Azzaro Couture, le même qui fut repris en 2008 pour sa réédition.
Premier parfum du couturier Loris Azzaro, il se serait inspiré de Mitsouko de Guerlain, auquel il aura emprunté la base chyprée – fruitée. Lorsque j’ai senti Mitsouko les premières fois, un seul mot, une seule impression me venait à l’esprit : Pruneau. Je ne comprenais pas comment un parfum qui évoquait le pruneau pouvait être un chef-d’œuvre. Bien sûr, comme prévu, je ne compris que bien plus tard la beauté de ce parfum, dont je finis par aimer intensément cet effet, donc. Azzaro 1975 partage avec Mitsouko cette particularité, une sensation qui vient pour moi de l’alliance entre la mousse de chêne et la lactone C14, couramment utilisée pour son odeur de pêche – abricot. Bien sûr, la trame de l’un et de l’autre ne se résume pas à l’accord de ces deux matières, d’autant plus qu’ils partagent aussi un fond boisé vétiver (beaucoup plus présent dans les versions plus anciennes de Mitsouko). Mais Azzaro 1975 s’affranchit de son aîné à différents niveaux.
S’il est vrai qu’il reprend la trame de fond du chypre – fruité de Guerlain, il emprunte aussi au velouté épicé de Femme de Rochas et à la verdeur galbanum de Miss Dior. La pyramide annonce des aldéhydes et du gardénia en tête, j’avoue que pour ma part, j’ai eu du mal à y déceler autre chose qu’une ouverture galbanum – bergamote, accompagnée déjà d’une corbeille de fruits secs. Comme dans tous les vieux chypres, une sensation d’enveloppement, de fourrure se déploie rapidement et donne au parfum son effet vêtement, si précieux et si élégant. La fraîcheur de la rose est présente relativement longtemps sur la touche, mais elle s’éteint assez vite sur ma peau, pour laisser place sans plus tarder à son aspect plus capiteux, relevé par le jasmin, une touche de girofle (eugénol) et peut-être un peu de cumin… L’aspect délicieux et velouté d’Azzaro 1975 se révèle après environ une heure d’évolution : une impression de pain frais, moelleux, qui rappelle la peau, apparaît. Elle devient alors excessivement attirante, on aimerait la manger, littéralement.
C’est la particularité de ces vieux chypres : ils transportent avec eux une dimension hautement sensuelle, mais qui s’exprime très différemment d’un oriental, à la volupté peut-être plus évidente, ou en tout cas plus voyante. Un chypre est un mystère, une forêt noire, dense et touffue dans laquelle on aime se perdre. Poussant les épines, trébuchant sur les grosses racines, recherchant la lumière à travers les feuilles, on se demande : L’orée est-elle encore loin ? Dois-je revenir sur mes pas ? Je m’y perds… Et puis, un peu plus loin, on trouve de la lumière, de la chaleur, un élément familier. Le parfum exprime à cet endroit plus clairement ce qu’il attend : vous attirer et vous pousser à déguster cette peau de pêche, souple et chaude. Azzaro 1975 pour moi c’est ça. Mais comme ses confrères, il dégage une classe tellement imposante que l’on n’ose pas imaginer à quel point il peut être profond et sensuel. Il produit cet effet d’attraction irrésistible, incontrôlable que l’on a du mal à expliquer, mais qui est là et qui fait que l’on y revient.
Pour moi, un chypre, c’est ça : une tension, une addiction qui vous empêche, pour une raison obscure, de vous en séparer. Je ne vous surprendrai pas en disant que pour moi, la mousse de chêne a de grandes chances d’y être pour quelque chose, et que sa raréfaction dans les chypres d’aujourd’hui est à l’origine de la tristesse de ceux qui les ont aimés à leur âge d’or.
La suite mercredi pour la version 2008 !
Acte de décès IFRA 43
25/04/09
Relayée tout d’abord par Lucas Turin dans cet article, puis par les excellents billets d’Octavian Coifan ici et ici, et ceux de Denyse Beaulieu ici et là, la nouvelle est tombée. Les nouvelles dispositions de l’IFRA 43 prendront effet à partir du 1 janvier 2010 et à partir de ce moment, plus rien ne sera comme avant. Au lieu de paraphraser, je retranscris ici une partie de l’article de Lucas Turin en français :
« La parfumerie, un art vieux de 100 ans, aura mis du temps à mourir, mais le 1er Janvier 2010, il sera officiellement mort. A cette date, l’amendement 43 de L’IFRA (International Fragrance Association) prendra effet, et tous les parfums du marché, vieux, jeunes, ceux de vos parfums de luxe comme ceux de vos shampoings devront en suivre les directives ou seront hors-la-loi vis à vis de l’UE. Parmi les nombreux désastres que connaîtra la parfumerie de luxe, laissez-moi prendre un exemple emblématique : la mousse de chêne. Cette matière est essentielle en parfumerie et spécialement pour la catégorie des chyprés, incluant Mitsouko et des centaines d’autres. A partir de 2010 elle sera remplacée par d’autres choses qui ne sentent pas la mousse de chêne. Pourquoi ? Parce qu’elle contient certains éléments qui causent parfois des réactions allergiques chez certaines personnes. [...] Il semble désormais que les parfums ne seront plus composés par les parfumeurs mais par un comité d’experts européens. »
Pour information, l’IFRA est l’organisme qui est chargé de contrôler et de réguler l’utilisation des matières premières dans les produits parfumés (parfums, shampoing, gel douche…). Y adhèrent la plupart des marques de parfumerie présentes sur le marché et plus largement les sociétés de matières premières telles que Givaudan, IFF, Symrise, Robertet… En dehors de la protection du consommateur face à des produits potentiellement dangereux, l’IFRA peut se permettre, si les industriels s’y retrouvent, d’interdire n’importe quelle molécule comme bon lui semble, interdiction qui fera immédiatement office de loi dans l’UE.
Le problème qui nous touche ici, est que dans son dernier amendement, l’IFRA tape très fort sur les quantités maximum de certaines matières premières qui pourront être intégrées dans les parfums. Cela concerne donc le passé comme le futur. Des molécules naturelles comme de synthèse seront durement touchées et la composition des classiques tels que le N°5 de Chanel, Mitsouko de Guerlain ou encore Joy de Jean Patou se verra modifiée pour être mise aux normes. Ces parfums bien que pour la plupart déjà reformulés risquent de perdre absolument tout ce qui a fait leur légende et leur beauté. Si Chanel ne peut plus dépasser un maximum de 7% d’absolu jasmin (dans une eau de toilette à 10%), que va devenir le N°5 ? Et que vont devenir les champs de jasmin détenus en propre à Grasse par la maison Chanel ?
Cette décision soulève beaucoup de questions. A qui cela profite-t-il ? Pourquoi restreindre l’utilisation de matériaux, potentiellement allergènes certes, mais certainement pas cancerigènes ? Si on me fait lire une étude sérieuse démontrant un lien significatif entre l’utilisation de parfum et l’apparition d’un cancer, je veux bien revoir mon jugement. En attendant, peut-être ferait-on bien de se poser des questions un peu plus sérieuses… sur les parabens présents dans nos crèmes, tiens ! Plus que tout, cette décision me met en colère. Je suis déçue, révoltée devant tant d’hypocrisie et de bêtise. Visiblement, rien ne peut être fait. La machine est déjà en route, cependant, cela ne nous empêche pas de réagir et de faire part de notre mécontentement. N’hésitez pas à donner votre avis sur le sujet.
Sisley : Soir de Lune
4/10/07
Soir de Lune est un parfum à l’ancienne, et qui le revendique. C’est un chypré, mais il n’a rien de la modernité des chyprés sortis ces dernières années comme Chance ou Narciso Rodriguez, au contraire, celui-ci sent un peu, il faut l’avouer les parfums de nos grand-mères. Sorti à une époque plus ancienne, il aurait été parfaitement en accord avec son temps, et aurait sûrement eu des airs de grand classique. Ici, c’est un peu pareil, sauf qu’il y a décalage. On retrouve dans Soir de Lune, une rose omniprésente, dense, chargée d’épices, qui s’approfondit sur la mousse de chêne et le patchouli. Cet aspect rétro lui apporte beaucoup de charme et de distinction.
C’est une sortie à contre-courant de la mode actuelle, dans le sens où il n’a rien de sucré, il n’est pas rond, pas musqué, pas poudré, pas « propre ». Il est au contraire puissant, sombre, terreux, incisif et sent le parfum. Il ne plaira pas à tout le monde, et je pense même qu’il est assez délicat à porter. J’ai rarement porté un parfum d’une puissance olfactive et d’une diffusion pareille. Beaucoup d’autres parfums actuels sont envahissants et présents, mais celui-ci est particulièrement incisif. Composé, en effet, d’absolu de rose de mai centifolia, d’absolu mimosa, de jasmin, et de muguet pour les fleurs, celles-ci lui donnent une charpente épaisse soutenue et intensifiée par un fond tout aussi robuste : mousse, patchouli et santal pour la profondeur, miel et pêche pour le liant. Le résultat parle de lui-même, un sillage particulièrement vigoureux, reconnaissable, une tenue exemplaire et une rémanence exceptionnelle. Ces même atouts peuvent le rendre tour à tour captivant ou irritant.
Lorsque je l’ai senti la première fois, je l’ai trouvé surtout très fort, même si on pouvait aisément discerner un vrai travail de construction et de choix des matières premières (ce qui se ressent dans le prix !), je l’avais alors laissé de côté, pensant y revenir à l’occasion. Puis, un matin, je l’ai reconnu dans le bus, sur une jeune femme brune deux rangs devant moi et qui lisait. Impossible de passer à côté, l’odeur de la jeune femme captait littéralement l’attention, en bien ou en mal, mais ne restait pas inaperçue…
Il est très intéressant de le voir évoluer sur la peau, car bien qu’il soit intensément ancré dans les chyprés, il a sa vraie personnalité, notamment parce qu’il est moins vert que les autres grands chyprés tels Miss Dior, Cabochard de Grès ou Aromatic Elixir de Clinique, dû à la présence de la rose, ici en grande quantité. En revanche, le porter tout les jours relève pour moi du défi car il sent vraiment toute la journée, et sature assez rapidement le nez sans un peu d’entraînement… Quoiqu’il en soit, il laisse une empreinte partout : dans les lieux où vous passez, sur les vêtements que vous portez, dans la mémoire des gens que vous rencontrez… Comme son titre le suggère, c’est un vrai parfum du soir, un beau parfum pour les grandes occasions, pour se faire remarquer.
Disponible dans toutes les parfumeries en 30 ml, 50 ml et 100 ml.
Voir le billet sur auparfum.com
Chanel : Cristalle
20/03/07
Un parfum vert prairie et saisissant comme l’eau fraîche d’un ruisseau de montagne. C’est Cristalle de Chanel. Créé en 1974 par Henri Robert en Eau de Toilette, il a été repris 20 ans plus tard par Jaques Polge qui a créé la version Eau de Parfum. Cristalle est riant, un coup de fouet fleuri qui claque, aussi impressionnant que la nature à l’arrivée du printemps, qui se met à verdir de toutes ses forces. Il sent la tige verte de la jonquille et est aussi transparent que l’air après la pluie. C’est un parfum particulier, en effet très vert, de ceux que l’on a perdu l’habitude de sentir avec la tendance actuelle. J’ai pris plaisir à le découvrir et à le suivre évoluer sur ma peau. Il correspond à une envie de saison, un parfum moins chaud que ceux de l’hiver, qui sente le printemps sans être non plus une eau légère. Il fait penser à de l’eau mais
n’est pas du tout aqueux, n’a pas de note « mouillée » proprement dite, mais une impression de transparence tonifiante.
Le départ est vert crissant à cause du galbanum, c’est d’ailleurs le même départ que le N°19, un parfum vert lui aussi. Puis il se déplace vers une chute de fleurs fraîche : jacinthe, chèvrefeuille, jonquille, jasmin, ylang-ylang, pour rebondir sur la mousse de chêne et les racines du vétiver. Cristalle développe l’accord chypré de base (mousse de chêne, patchouli, labdanum, bergamote…) et l’entoure de fleurs. L’ensemble fait très spontané et sincère, il est sophistiqué juste ce qu’il faut pour être élégant mais sobre. Je sens sur ma peau surtout la jonquille et la jacinthe, j’aime particulièrement cet accord qui me fait vraiment penser à une fleur sentie en plein air. La jonquille dont on parle ici et qui est utilisée en parfumerie est un narcisse de la famille des Amarillydacées. Cristalle est le premier parfum vert que je découvre qui sente autre chose que le bambou.
Ce parfum donne réellement envie d’être porté. Pour une jeune fille, il est bien plus attractif et adapté que le N°5, qui est tout de même assez chargé. Mais une femme plus âgée, l’apréciera justement pour son allure jeune et sa teinte verte pleine d’espoir : le vert est la couleur de l’espérance. Il convient à une humeur joyeuse et enjouée, mais il redonnera le sourire les jours de pluie, et donnera de la vitalité les matins difficiles (dont je suis une championne). Plus que d’autres, c’est un parfum que l’on a envie de vaporiser en brume pour qu’il se dépose sur la peau comme la rosée. Le vaporisateur rectangulaire de Chanel est tout à fait adapté pour cela, il diffuse un large jet de goutelettes très fines qui humectent délicatement la peau… Prendre garde cependant à ne pas en avaler, il sent très bon, mais a très mauvais goût!
Sources : Chanel, OsmoZ, Wikipedia
