Le blog du parfum où votre nez bavarde…
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Le dimanche musqué – Tom Ford : Urban Musk
19/06/11
Il y a un moment, j’avais juré que je ne parlerai plus de Tom Ford tant j’avais été vexée par sa campagne publicitaire pour Tom Ford for Men. Deux ans plus tard, du plomb dans la cervelle et un peu de recul en plus, je suis retournée vers cette Private Blend qui compte dans ses rangs des recrues d’une valeur inestimable pour certaines. Ça, d’ailleurs, Tom Ford l’a bien compris et il nous le fait payer ! Pour notre sujet, je suis allée fouiner du côté de la collection Private Blend White Musk, une ligne créée en 2009, et qui est venue apporter un souffle à la fois plus féminin et plus occidental à cette ligne très sombre, aux senteurs très intenses et clairement orientée pour le Moyen-Orient.
Parmi les quatre parfums de cette gamme, je me suis attardée sur Urban Musk qui m’intrigue depuis plusieurs jours au fur et à mesure que je le porte. Relativement peu intense en sillage, il offre néanmoins l’une des notes de peau les plus délicieuses qu’il m’ait été donné de sentir depuis le début de cette série. Tous les autres, bien sûr, se fondaient sur la peau et en adoptaient la forme et la texture, ce qui est de toute façon particulièrement marqué avec des créations musquées, mais tous se situaient dans le registre du parfum, alors qu’Urban Musk est à la limite. On ne sait pas vraiment s’il s’agit de l’odeur merveilleuse d’une peau dorée au toucher velouté, ou si l’on est en face d’une eau poudrée et délicate qui glisse entre les doigts comme une épaisse mèche de cheveux.
Parmi les muscs « en équilibre » entre une base animale et une bulle de propreté, ce parfum se trouve sur la ligne des plus poudrés ce qui le rend très chuchotant et parfois assez difficile à discerner. Cette note est surprenante, elle me fait vraiment penser à une joue fraîchement poudrée sur laquelle on vient déposer une baiser. Attention, les notes de violette ne sont pas au rendez-vous, cette douceur étant surtout apportée par l’héliotropine et les graines d’ambrette. Au départ, on discerne furtivement une petite note urine mais qui laisse rapidement place à une rondeur poudrée et vanillée où le benjoin apporte sa petite pointe gourmande. Je ne suis jamais allée en Amérique (pour le moment), et je ne sais pour quelle raison il m’évoque avec précision une ambiance américaine, très policée de l’extérieur mais finalement excessive à d’autres endroits. Il sent la femme apprêtée, aux ongles faits et aux cheveux laqués, mais qui sait en même temps avoir cet air naturel et à peine nonchalant que vous rêveriez de savoir maîtriser.
Bien que très discret sur ma peau, j’ai eu du mal durant les jours où je l’ai porté à me décoller le nez des poignets. J’ai pensé au début qu’il ne tiendrait pas la route, mais j’ai été une mauvaise langue. Il mérite largement sa place dans une sélection musquée, bien qu’il soit assez difficile à trouver, très cher et relativement élitiste. En même temps, cela résume assez bien tout ce que fait Tom Ford…
Demain vous aurez droit à un petit extra de la semaine musquée, parce que plus on est de fous…, puis probablement jeudi ou vendredi, je vous proposerais un petit bilan sur cette semaine et cette famille qui m’aura largement inspirée et qui continuera sans doute encore.
Le samedi musqué – Serge Lutens : Muscs Koublaï Khan
18/06/11
Nous y voilà enfin chers amis ! Vous en aviez rêvé, le voilà : Muscs Koublaï Khan passe à la dissection. J’espère que moi par contre, je ne vais pas passer par cette case tant il y a déjà eu de la littérature sur ce parfum. Il déchaîne les passions sur forums, blogs et autres espaces de littérature numérique parfumante. Dans un souci d’équité, voici une sélection des articles qui ont précédé le mien : en voilà un, puis un autre encore, et à nouveau, et puis … Le devoir de mémoire étant accompli, je vous propose de poursuivre la semaine et d’entamer la soirée sur les chapeaux de roues en engageant la discussion aussi franchement que Muscs Koublaï Khan le fait avec nos narines. Je viens de me rendre compte d’ailleurs que je suis en train d’écouter Samantha Fox alors même que je rédige ce billet (j’ai la honte jusqu’à la fin de mes jours au moins là). Rien à voir avec le raffinement de la cour mongole de Koublaï Khan, auquel le parfum rend hommage donc.
Ma rencontre avec ce parfum date de sa sortie dans la gamme export il y a 2 ans. J’avais à l’époque le nez bien moins entraîné qu’aujourd’hui, et je suis surprise de me rappeler que j’ai été irrésistiblement attirée par cette odeur, en dépit de tous les commentaires que j’avais pu entendre à son sujet. Ménagerie, crottin, cheval, vous connaissez l’histoire. Non, je l’ai trouvé d’emblée magnifique, mystérieux et impénétrable, à en devenir muette et folle de désir. Aujourd’hui, avec un peu plus de connaissance en stock, je crois comprendre ce qui a pu me plaire chez MKK : la base Animalis. Cette base ancienne de la parfumerie qui émane des fabriques De Laire comme le Prunol, l’Ambre 83 ou la Mousse de Saxe, exhale une odeur qui me fait penser à l’urine que vous croisez dans le métro au détour d’un recoin sombre. Si je ne me trompe pas, cette base contient notamment du costus, une plante aujourd’hui interdite qui évoquait une casquette sale et lourde de sébum. Si j’en étais capable, je crois que je pourrais porter cette base seule tant elle donne une sensation de « vrai parfum », de peau et de fourrure.
Malgré ces images peu ragoûtantes, cette base est une merveille et apporte à Muscs Koublaï Khan une dimension érotique d’une intensité rare. Accompagnées de douces notes poudrées (graines d’ambrette), vanillées, baumées (labdanum), les notes animales de MKK sont tapies et ne crient pas trop fort, sur ma peau en tout cas. Je ne vous ferai pas le couplet sur la sensualité enivrante de ce parfum, sur son pouvoir presque hypnotique de séduction, parce qu’il est évident.
Par contre, je vais vous parler de chat. Parce que ce parfum pour moi sent la tête d’un chat. Une douce odeur féline, souple, juste assez intense pour que l’on sache qu’il s’agit d’un animal, mais tout en délicatesse, loin d’une odeur puissante de fauve comme pourrait l’évoquer l’Absolue pour le Soir de Francis
Kurkdjian, qui a fait un pas de plus vers l’excès de sensualisme. Les chats ont pour moi une odeur légèrement poudrée, la même odeur que je retrouve dans ce parfum, et vu ma dévotion sans limite pour ces animaux, je ne m’étonne pas de l’effet délirant qu’il produit sur moi. Tout dans cette création me renvoie à mon amour pour ces petits félins. L’aspect mystérieux de son aura chaude me fait penser à leur regard impénétrable, le silence qui semble se faire autour de nous lorsqu’on le sent m’évoque le (non) bruit que font leurs coussinets lorsqu’ils marchent, sa lumière dorée me laisse imaginer la façon dont leur pelage chatoie à la lumière du soleil.
Très doux et tout en élasticité sur moi, ce parfum est indéniablement parmi les muscs, le plus bestial du genre musqué et il me ravit, moi qui aime l’excès et la débauche de notes animales. Mais quoi qu’on puisse en dire, MKK n’a rien de sale dans ma perception, il n’est ni vulgaire, ni répugnant et ne m’évoque que des choses que j’aime : la chaleur, la peau et les chats.
MKK est une potion de transformation qui me fait devenir chatte et m’expose à la vie délicieuse des chats, une vie remplie de nonchalance, de caresses, d’acrobaties improbables dans les branches, de jeux stupides et ravissants… C’est décidé, je me réincarne en chat.
Le vendredi musqué – L’Artisan Parfumeur : Mûre et Musc
17/06/11
J’ai découvert ma passion pour les parfums chez l’Artisan Parfumeur, comme j’ai dû vous le dire au moins une bonne centaine de fois, et pourtant, je ne pensais pas que je mettrai autant de temps (4 ans !) avant de parler du best-seller de ma maison favorite. Il fallait une bonne occasion, et je crois que celle entamée au début de la semaine est la bonne. Après un petit tour parmi les muscs des circuits sélectifs, indépendants et grand public, nous nous attaquons aujourd’hui à la niche.
Bien que Réminscence puisse être considéré comme une marque de niche au regard de ses partis pris olfactifs, je l’ai volontairement exclu de cette catégorie lors de ma sélection, puisqu’il est possible de trouver leur parfum dans les circuits de distributions classiques.
Mûre et Musc, créé en 1978 sous la direction de Jean Laporte est non seulement la meilleure vente de l’Artisan Parfumeur, mais aussi une référence incontestable des notes musquées, sous leur facette fruitée bien sûr. Nous parlions dans le billet de mercredi de l’appellation « musc » et de la connotation qu’elle a pu avoir en fonction des époques. Bien que je n’ai pas de preuves pour étayer ma position, il ne me semble pas impossible que Mûre et Musc ait influencé la perception de ces notes sur la façon dont on les voit aujourd’hui. J’entends par là que le musc de l’Artisan est radicalement différent des parfums que nous avons pu examiner depuis le début de la semaine : ici, les souplesses voluptueuses et lascives ne sont pas de mise. On leur a préféré la pétillance d’une eau aromatique et chyprée encerclée de toutes parts par des volutes de muscs blancs : Galaxolide et Musk T, soit deux des muscs les plus propres et fruités de cette gamme de molécules. Certains de mes collègues y ont vu une réécriture de l’Eau Sauvage (Ici, là et là) et je ne peux que les rejoindre. La note fruitée de Mûre et Musc aura achevé de faire basculer Eau Sauvage du côté féminin en l’enrobant d’une douceur très légèrement poudrée probablement apportée par des muscs là aussi. Mais ce parfum est aussi pour moi l’un des précurseurs de ce que l’on appelle aujourd’hui les « colognes modernes » (qui ont réellement démarré avec la Cologne de Thierry Mugler). Ce sont des parfums qui reproduisent la structure cologne en y ajoutant une forte dose de muscs ronds et propres, améliorant considérablement la tenue de ces eaux. Mûre et Musc en 1978 a marqué le départ des notes hespéridées – fruitées cotonneuses, qui tiennent.
Mûre et Musc est l’un des premiers muscs propres, et c’est en cela, pour moi, qu’il a influencé la perception que l’on a des muscs aujourd’hui, qui est tout de même plus rattachée à une notion de propre plutôt qu’animale désormais, après des années et des années d’utilisation en parfumerie fonctionnelle. Cette caractéristique explique aussi pourquoi son succès ne faiblit pas : il est à 100% dans la tendance actuelle de la fraîcheur qui tient, qui accompagne sans envahir, qui laisse une douce odeur derrière soi et une empreinte rassurante. J’admire ce parfum pour sa modernité, sa situation de précurseur aussi bien que pour sa ravissante écriture, mais je dois me rendre à l’évidence : ce musc-là n’est pas pour moi. Pour ceux qui aiment les parfums de chair et de sensualité, il lui manquera cette sensation d’abondance et de richesse apportée par des parfums plus charpentés, plus riches et plus sensuels.
Un classique à ne pas négliger cependant et à apprivoiser pourquoi pas !
Le jeudi musqué – Jovan : Musk
16/06/11
Comment parler d’un parfum qui a marqué des générations entières mais pas la sienne ? Comment décrire un produit devenu culturel partout ailleurs dans le monde, sauf chez soi ? Voici le défi que je me suis lancé aujourd’hui en décidant de vous parler du Musk de Jovan, « le parfum qui a réuni plus d’hommes et de femmes que tout autre parfum dans toute l’histoire », comme disait la pub en 1981.
Ce parfum fait partie de la catégorie des fragrances à la cible extra-large et au discours bien moins policé que celui des maisons de luxe. Jovan Musk est ce que l’on peut appeler un parfum cheap. Son quotidien, ce sont les ragots près de la machine à café, à côté de la crème Nivea et du mascara Gemey Maybelline. Il est en même temps la preuve qu’on peut faire des choses qui ont du corps et de la personnalité sans avoir sous la main des matières d’une rareté exceptionnelle. Bien sûr, l’attente n’est pas la même, mais qu’importe.
Ce parfum a la simplicité et l’ouverture des gens faciles, avec qui on se lie sans réfléchir. Seront-ils des amis pour la vie, probablement pas, mais cela ne vous empêche pas de passer des moments grandioses. On ne fait pas d’histoires, on entre tout de suite dans le vif du sujet : le rapport est franc, direct et très intense, avec un aspect un peu passionnel. Ce n’est de toute façon pas fait pour durer, parce que c’est trop fort, et que ça va trop vite. Mais cela vous marque si intensément que vous n’oubliez jamais vraiment ces gens.
Et d’ailleurs, tout le positionnement de ce produit s’articule autour de cet aspect pulsionnel incontrôlable auquel vous succomberez en sentant le parfum : « Un parfum mystérieux qui dévoile votre pouvoir de séduction. L’attraction pure. » Difficile de faire plus explicite ! Jovan Musk témoigne d’une époque ou le mot « musc » éveillait encore dans l’esprit des gens des notions de séduction, de sensualité, voire de sexualité. En 1972, l’année de sa sortie, un parfum qui portait ce nom affichait d’emblée la couleur ! Bien que ces notions n’aient aujourd’hui pas disparu de la tête des consommateurs, elles ont évolué, et il me semble que l’idée très « phéromonale » du terme se soit légèrement éloignée depuis l’apparition du terme « muscs blancs », mais aussi depuis la surexploitation de leurs facettes propres dans les divers produits parfumés du quotidien. Le virage pris par ces matières depuis quelques temps rend le discours de la marque Jovan kitsch à en hurler de rire. La preuve par 15 ici (Prenez le temps de jeter un œil aux vidéos, ça vaut vraiment le détour) : Publicité Jovan Musk – Jungle Spot 1984, ici : Publicité Jovan Musk for Men – 1985 (écoutez bien les paroles), ou encore là : Publicité Jovan Musk – USA 1987.
Après cette mise en bouche alléchante, que dire du parfum en lui-même ? A première vue, je dirais qu’il tient bien ces promesses. Dans le cas
du féminin, il correspond exactement à un type de féminité qui ne passe jamais inaperçu : celle de la bimbo. Les muscs ici, sont un peu le silicone des seins de la jeune femme, il s’agit de sortir l’artillerie lourde. A grands renforts de bouquet floral esquissé dans les grandes lignes par des notes jasminées sympathiques, on surélève le tout avec une petite dose d’aldéhydes qui donnera une impression très nette de laque Elnett au départ. Le parfum évolue très rapidement vers une montagne infranchissable de notes extrêmement rondes et moelleuses qui évoque le soyeux d’une peau qui n’en fini pas de vous faire envie. La note poudrée animale des muscs nitrés (vraisemblablement le musc cétone, le dernier qui soit encore autorisé) conduit les impressions dans d’autres recoins dont je vous laisse le loisir d’esquisser les détails. Elle est soutenue par une aspect gourmand un peu chocolat, une touche de vanilline et de coumarine. L’effet, même s’il est lourd et un peu excessif, est efficace, on en redemanderait presque, pour rigoler, parce que c’est marrant de jouer un peu à la pouf et au beauf une fois de temps en temps.
J’ai acheté 10ml de cette huile exprès pour cette série de billets, et même si je ne délaisserai pas mon Original Musk pour celui-ci, j’ai plaisir à le porter de temps en temps, pour aller au cinéma et boire un café du dimanche, en espérant faire succomber sur le chemin tous les mâles qui en valent la peine.
Le mercredi musqué – Kiehl’s : Original Musk
15/06/11
Il s’agit aujourd’hui de parler de MON musc. Celui que j’ai adopté, celui qui m’a adoptée. J’ai jadis tenté de m’approprier le White Musk de The Body Shop, dont j’ai tout de même réussi à porter quasiment une bouteille entière, mais que j’ai littéralement abandonné le jour où Original Musk s’est présenté sur mon chemin. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai tout d’abord fait la découverte de ce parfum à travers son lait pour le corps, dont je vous recommande chaudement l’utilisation, tant vous aurez l’impression d’être une sorte de divinité suprême de la sensualité. Et puis je me suis décidée pour l’Eau de toilette il y a un peu plus d’un an, vraisemblablement créée en 2004 à partir de l’huile de musc qui était en vente dans l’officine new-yorkaise dans les années 50. Ce n’est enfin qu’en décembre dernier que j’ai fait connaissance avec la fameuse Essence Oil : Musk 1921 de Kiehl’s, réputée pour être tirée de la formule originale créée en 1921.
Une certaine imprécision entoure la naissance de cette fragrance puisque la marque elle-même ne semble pas avoir d’informations très précises sur sa provenance. La légende raconte que l’huile de musc présentée à la clientèle de l’apothicaire new-yorkais fut créée par un ami de la famille du gérant. Lancée en 1921, elle n’aurait pas eu le succès escompté, ayant été jugée « trop sensuelle ». La préparation aurait alors été conservée dans une cuve dans les sous-sols de la maison, étiquetée Love Oil (Philtre d’Amour), et oubliée jusqu’à sa réapparition en 1958, puis sa réintroduction sur les présentoirs de la boutique en 1963 (date officielle de la formule actuelle de l’huile). L’Eau de Toilette : Original Musk et la ligne pour le corps n’auraient à leur tour été créées qu’en 2004, à partir de cette fameuse huile.
En procédant à l’envers pour découvrir cette fragrance, j’ai eu la sensation de vivre une montée en puissance du parfum en grandeur nature. Et cela n’a pas été pour me déplaire. Je ne sais pas exactement ce qui reste de l’idée de départ de la fragrance, mais j’ai découvert une fragrance juste équilibrée entre l’aspect « parfum T-Shirt – Jean’s » ultra-confortable et la pointe d’animalité lascive qui fait dire « Miaaaaaou »… Je ne pense pas que ce parfum soit particulièrement chargé en produits naturels, ce qui est d’ailleurs souvent le cas dans la plupart de ces parfums. Mais ce n’est pas en réalité ce qu’on leur demande : dans l’univers des parfums de luxe, très peu de marques se sont risquées à appeler un de leurs parfums « Musc quelque chose », tant la connotation sensuelle de cette matière voire son aspect animal un peu brutal risquaient de heurter la douce sensibilité de la clientèle des maisons de luxe. Ce sont donc des marques à la cible beaucoup plus large (si je ne prends pas en compte les marques de niche) qui ont travaillé le filon, quitte à jouer sur le caractère « aphrodisiaque » de la substance, et à des prix bien moins élevés. L’aspect « white » est quelque peu venu laver le tout par la suite, mais ces fragrances ont toujours eu la réputation d’être des parfums envoûtants, décuplant votre pouvoir de séduction et votre sex-appeal, comme nous le verrons dans le prochain billet.
Ainsi, Original Musk, comme plusieurs de ses confrères, ne se distingue pas par la profondeur et la richesse de ses matières, mais bien par l’originalité de l’accord et la puissance addictive de ses notes. Le départ aldéhydé pousse fort la sensation savonneuse et métallique, et qui est un excellent témoignage de l’époque de sa composition. Bien qu’il rappelle effectivement le N°5, ce parfum déploie une coeur floral relativement simple quoique assez puissant. Ce sont principalement des notes jasminées qui sont mises en avant avec un aspect indolé marqué. Les muscs, bien que présents depuis le début de la composition apparaissent plus clairement en coeur : dans une grosse bulle de musc propre (galaxolide) se trouve une boule de muscs sales (muscénone ou muscarome ? ) qui apportent indéniablement un aspect très peau, très sensuel et très chaud à la composition. C’est à partir de ce moment-là que j’aime sentir son odeur se polir sur ma peau et diffuser autour de moi une chaleur enveloppante et réconfortante. La version EDT est certainement un peu plus fleurie que l’huile, dont le fond est légèrement plus coumariné. Je les utilise aujourd’hui de façon totalement complémentaire en plus de la crème, et du gel douche pour lequel j’ai fini par craquer.
Devenu un incontournable, Original Musk est un parfum de tous les jours, certes, dont la note n’a pas révolutionné la parfumerie, je vous l’accorde, mais qui a le mérite d’être à la fois discret et d’avoir du sillage, tout en évoquant juste ce qu’il faut de peau et de sensualité pour ne pas laisser indifférent ceux qui vous croisent. A tenter au moins une fois !
Le mardi musqué – Réminiscence : Musc
14/06/11
Je dois avouer que dans ma sélection de parfums pour cette série, je n’avais introduit le Musc de Réminiscence que parce qu’il me fallait 7 parfums et que je devais pouvoir les tester sans trop de difficultés. Je ne m’étais pas doutée un seul instant que je pourrais réellement être séduite par ce parfum, et j’aurais du être plus méfiante et surtout plus lucide : la plupart des parfums musqués cachent bien leur jeu.
Le Musc de Réminiscence fait partie de ceux-là. Sans déployer l’aspect sensuel de sa composition de matière très voyante, il s’ouvre sur une note douce d’ylang-ylang, à peine soutenue de quelques notes aromatiques pour la fraîcheur. Mais le propos de ce parfum n’est pas la fraîcheur mais bien le confort. Et il traduit cette sensation à la frontière entre le gustatif-gourmand et le poudré-sensuel. Lorsque je l’ai essayé la première fois, j’ai été radicalement surprise : je pensais avoir à faire à un musc très propre, plus proche du White Musk de The Body Shop que de la note croquante et un peu sale de Dzing ! de L’Artisan Parfumeur. Or, c’est bien à Dzing ! que cet opus de Réminiscence me fait penser. Bien que ce dernier n’aille pas fouiller dans l’univers chevalin et cuiré comme le fait celui de L’Artisan, on retrouve dans les deux parfums une note gourmande d’amandes caramélisées.
Et alors que Dzing ! la fait sortir comme un coup de fouet, à l’image des effluves de chouchous qui vous assaillent lorsque vous sortez du chapiteau, Musc de Réminiscence vous prend gentiment par la main et vous emmène sur un canapé couleur crème, vous propose du thé et un sachet de friandises achetées sur le marché ce matin. Les notes amandées sont soutenues grâce à un fond poudré par les muscs et la coumarine, mais aussi ambré, dans lequel le labdanum insuffle son caractère baumé et animal. Mais ce parfum offre alors une sensualité toute en sourdine, qui semble presque s’ignorer. Il ne s’agit pas de se faire remarquer, mais tout simplement de créer une situation de confort et de plénitude.
Lorsque je tente de me représenter visuellement des odeurs poudrées ou musquées, je m’imagine souvent une sorte de mare de coussins
très moelleux, cachée au fond du jardin par une journée d’été, dans laquelle je me jetterai (au ralenti, très important), avant de m’endormir pour faire la sieste. Ce parfum résume assez bien cette sensation : l’ylang évoque la brise chaude de l’après-midi qui vous apporte les effluves suaves des fleurs peuplant le jardin, tandis que les muscs propres et poudrés (galaxolide et ambrettolide vraisemblablement) figurent ce lit de coussins moelleux dans lequel vous oubliez le poids de votre corps dans une position paresseuse.
Sorti en 1970, la même année que le célèbre Patchouli, Musc de Réminiscence a gardé un caractère universel et intemporel, et propose une note propre, ronde, mais loin d’être trop classique ou ennuyeuse, car habilement relevée par la volupté de l’ylang, le gourmand de l’amande et la chaleur du labdanum.
La semaine musquée – Introduction
13/06/11
Nous y voilà enfin! L’envie de calme et de volupté que me réclame mon esprit depuis des semaines m’a enfin décidée à vous faire partager cette série de billets que j’ai sous le coude facilement depuis 6 mois. Cette semaine sera placée pour vous sous le signe des muscs et plus précisément des muscs blancs chers lecteurs, puisque c’est à eux que nous sommes aujourd’hui majoritairement exposés. Comme vous l’apprendrez dans l’excellent dossier d’Auparfum sur les matières animales, le musc tonkin (d’origine animale donc) n’est aujourd’hui pas interdit bien que son utilisation soit relativement ponctuelle, et qu’il se soit largement fait voler la vedette par plusieurs de ses dérivés, dont le premier fut la Muscone (ou Muskone), découverte en 1906 par Walbaum. La Muscone fut la pionnière d’une importante série de molécules « musquées » appréciées des parfumeurs et des industriels pour plusieurs raisons : utilisés pour leurs propriétés de fixateur et de liant dans une composition, les muscs sont en effet des marathoniens de la tenue, en plus d’être d’une grande stabilité. Voilà pourquoi ils envahissent notre quotidien dans les moindre recoins depuis des années maintenant ! Shampoings, parfums, gels douche, déodorants, lessives, détergents, crèmes en tout genre, presque rien ne leur échappe ! Pourtant, nous continuons à leur vouer une admiration sans bornes.
Et avec raison ! Sans être des matières d’exception (bien que certaines coûtent très cher), ces produits offrent une large palette de nuances
olfactives : des notes fruitées, poudrées, boisées, animales, parfois vanillées sont à la disposition des créateurs. Depuis les premières découvertes, la palette a bien sûr évolué, certaines molécules ont disparu (majoritairement les muscs nitrés), d’autres ont fait leur apparition. Je ne saurais pas dire si c’est la présence de ces matières dans les produits que l’on côtoie depuis la naissance qui nous fait les aimer, ou si elles ont réellement un pouvoir particulier sur nos émotions et nos désirs, mais, en tout cas, il est clair que les muscs provoquent, pour bonne partie d’entre eux un effet de « J’y reviens », un réel pouvoir addictif.
Et c’est ce que nous allons décortiquer ensemble cette semaine, en passant en revue quelques-uns des muscs les plus célèbres du marché. Je vais tâcher de vous faire partager mon sentiment et mon avis bien sûr sur ces parfums. J’ai volontairement (et logiquement) choisi des créations qui portaient le nom « musc » dans leur titre. D’autres parfums auraient mérité d’y figurer mais je pars du principe que les parfums qui portent dans leur titre le nom « musc » s’appliquent à déployer toute la puissance de ceux-ci (les muscs) dans leur construction et s’affichent d’entrée de jeu comme des parfums relativement sensuels. Dans tous ceux que j’ai sélectionnés (et même ceux que j’ai mis de côté), quels que soient la communication ou le discours de la marque, on ne passe pas à côté d’un sensation d’enveloppement, une sensation de peau. Et une chose est sûre, c’est que les parfums musqués subliment et sont sublimés par la peau. Mais nous pourrons bien sûr discuter de cette sélection, et de cette appellation !
Une semaine pleine de muscs donc, de douceur, de rondeur, de sensualité parfois discrète, parfois déguisée, parfois affirmée. Une parenthèse de rondeur pour des notes pas si innocentes et proprettes que cela.









