Le blog du parfum où votre nez bavarde…
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Gucci : Eau de parfum II
10/03/07
Avec les beaux jours qui reviennent (?), les senteurs douceureuses et chaudes de l’hiver commencent à être assez difficiles à porter, car avec la chaleur et l’humidité, elles deviennent étouffantes là où elles étaient enveloppantes durant nos longues soirées d’hiver. Les parfums fleuris, fruités, aux notes marines (aqueuses) sont plus agréables et rafraîchissants. Il existe pour se rafraîchir tout en se parfumant, des « splashs », des eaux fraîches ou eaux de Cologne spécialement conçus dans cet esprit de rafraîchissement (Voir le billet sur Comment porter son parfum… ).
Une fragrance comme celle de Gucci II se veut rafraîchissante par son accord, mais reste bel et bien un parfum, pour se parfumer tout le printemps et le début de l’été… C’est un parfum lumineux comme un cumulus de beau temps, il transporte avec lui cette petite brise encore fraîche qui nous fait rosir les joues au début du printemps. Mais c’est aussi un parfum citadin, car assez sophistiqué et moderne. Il est en vérité assez abstrait, il évoque le beau temps, une balade dans le parc d’une ville, ou une après-midi de lèche-vitrines entre copines. Attention à ne pas le réduire à l’apparente superficialité que cette évocation peut laisser entendre, Gucci II est un parfum contemporain certes, plutôt pour une jeune femme, mais il a une note bien à lui et une réelle profondeur.
Je l’ai découvert il y a environ 2 ans, et je l’ai aimé tout de suite. La tête hespéridée annonce un coeur fruité-fleuri : Orange amère/Mandarine/Cassis, puis, Violette/Mûre/Jasmin, et enfin, Héliotrope/Muscs/Cèdre.
J’ai été surprise de découvrir que la violette entrait dans la composition de ce parfum, car, habituellement j’ai un peu de mal à apprécier les parfums qui contiennent de la violette. Dans celui-ci, elle se marie très bien avec l’ensemble, les muscs apportent la luminosité, le cèdre une touche de vigeur, la mûre le côté fruité souriant, le jasmin et l’héliotrope apportent à la fois délicatesse et profondeur. C’est vraiment pour moi un parfum de bonne humeur et de beau temps, il est fait pour sourire et passer de bons moments en toutes situations.
Il garde cependant un petit côté habillé et soigné, et je pense que c’est pour cela qu’il est citadin. Là où d’autres se confondront avec la peau, Gucci II restera présent comme un élément sublimateur, son objectif n’est pas de faire naturel mais classe et net. Un parfum pour celle qui aime la ville donc, pour tous les jours, mais qu’il faudra abandonner si l’on a l’humeur morose, ou besoin de réconfort…
Narciso Rodriguez : For Her
9/02/07
Narciso Rodriguez For Her, est un parfum d’un nouveau genre. Impression très moderne, il est en réalité une réinterprétation plus actuelle de l’accord chypré de base (patchouli, mousse de chêne, jasmin, bergamote). Ce parfum est entièrement construit autour du musc égyptien. Un musc très clair, et qui, ici, stylise la composition. Il est accompagné de « miel de fleur », « ambre doux » et « bois tactile » (les dénominations farfelues servent sont le plus souvent là pour stimuler l’imagination, plus que pour décrire réellement la composition) : la rose et le bois de santal (avec son odeur laiteuse) entrent parfaitement dans cette composition moderne et ultra-féminine. Composé par Christine Nagel et Francis Kurkdjian, cette fragrance a vraiment une signature.
Ce parfum ne produit pas d’effet enveloppant, mais son accord caractéristique est bien présent. Je le trouve pour ma part très féminin, il a l’avantage d’être reconnaissable, attirant et moderne. Sa composition lui donne un côté transparent, une impression nette de fluidité. C’est un beau travail de construction et qui a de plus l’avantage de différer assez nettement de ce qui se fait en ce moment. J’éspère cependant que son succès ne va pas le rendre insupportable. C’est potentiellement un classique et je ne serait pas surprise de voir apparaître sur le marché dans quelques temps des copies de cette fragrance. Il est « beau » pour lui-même, ce qui lui donne une grande suffisance (prestance), sans pour autant tomber dans le snob. Le musc qui est au coeur de ce parfum lui donne une perception très personnelle pour chacune, ce qui en fait un vrai parfum de confort, souple et intime. C’est sûrement une des raisons principale de son succès en plus de l’interprétation nouvelle d’une note connue. Le seul bémol est que sa composition est relativement stable et monotone, il évolue sur la peau certes, mais ne vit pas vraiment avec elle. C’est l’huile de parfum : Her Musk (qui ne se compose visiblement que de musc, mais qui est tout de même le complément du parfum…) qui elle, vibre déjà beaucoup plus sur la peau et pousse des notes plus animale à se manifester. Le version eau de toilette est harmonieuse, le musc est central, mais savament contrebalancé entre les notes florales, la vanille et les bois.
L’eau de parfum est une version retravaillée de l’eau de toilette. Elle est légèrement différente de celle-ci, mais le caractère, « l’âme » du parfum sont exactement les mêmes. L’EDP n’est pas nécessairement plus forte, ou plus intense, mais elle est plus sombre. Notamment grâce à la présence plus franche du patchouli, et une mise en sourdine des notes florales, ce qui donne au musc une présence plus animale (comme dans l’huile de parfum). Certaines le trouve pour cette raison plus « gras » et plus difficile à porter. Il est vrai que, étonnament, son odeur est présente au nez presque tout le temps, l’accoutumance n’est pas rapide, et ne se produit qu’au bout de plusieurs jours (il en est de même avec l’EDT).
Narciso Rodriguez a pour moi un réel pouvoir sensuel, parce que sa note animale est revendiquée et exposée. Toute la subtilité et l’érotisme de ce parfum se trouve dans le fait que cette note a été disciplinée, maîtrisée, et qu’elle stimule sans envahir l’espace. Nul doute cependant que ce parfum provoque une espèce d’addiction déraisonnée lorsqu’on le découvre, c’est pour cela qu’il faut tout de même veiller à ne pas tomber dans la bouteille tout les matins, sous peine de donner des mots de tête à tout un wagon de métro.
Dernier point, j’ai relevé une similitude très intéressante entre L’EDP et un parfum de l’Artisan Parfumeur : Voleur de Roses. Un très beau patchouli-rose, très frais, et qui se marie très bien avec For Her, pour celle qui aime les mélanges.
Sources : OsmoZ, www.narcisorodriguez.com
Mise à jour du billet le 22/08/07
L’Artisan Parfumeur : Dzing!
24/01/07
Comme promis, Nez Bavard reprend du service avec une nouvelle étude. Le parfum d’aujourd’hui vient de chez L’Artisan Parfumeur, il s’agit de Dzing! . « Encore un parfum de L’Artisan!! », et oui, encore un, mais il faut dire que c’est grâce à L’Artisan que je développe mes réflexions et mes facultés aujourd’hui…Donc, je rends hommage.
Prrrrrrrrrrrrrrrrrr (roulements de tambour) Pouêêêêêêêt!! Ouverture des rideaux, les artistes entrent en scène.
Voici comment Olivia Giacobetti (la créatrice) et L’Artisan Parfumeur ont souhaité Dzing!, comme une succession de numéros de cirque, tous plus spectaculaires les uns que les autres. Ce parfum en est une métaphore, et elle est très réussie.
Pour décrire un parfum, je recherche généralement les notes qui le composent à la fois sur OsmoZ et sur le site internet du fabriquant. Cette fois-ci, comme à l’accoutumée, je vais voir les descriptions, mais j’ai été surprise de voir sur OsmoZ une description assez différente de celle de L’Artisan Parfumeur, et qui ne correspondait pas vraiment à ce que je sentais sur ma peau, à part quelques matières. Cette fragrance est pour moi essentiellement cuirée, et c’est la raison pour laquelle elle me plaît tant, elle est décalée et inhabituelle (comme souvent avec les parfums de L’Artisan).
Le premier numéro attaque en force par une odeur précise âcre et sèche de cuir, un beau cuir brut, qui est épaissi par les épices (safran et cannelle). Tout au long du spectacle, le cuir reste présent, mais au fur et à mesure, il s’estompe, et finit par s’installer au fond des gradins, pour laisser au premier plan la place à une douce et délicieuse odeur de caramel. On parle bien de caramel, mais ce parfum est aux antipodes du parfum sucré écoeurant, il est très intéressant par ce côté à la fois très corsé donné par le cuir, et le côté poncé et miellé du caramel. Les petites touches boisées sont présentes, mais de façon très légère, car pour moi, c’est vraiment le cuir et le caramel qui dominent. L’animalité du cuir m’a spécialement touchée, elle renvoie à un aspect brut et naturel de la personne, faisant de Dzing! un merveilleux parfum de peau. Cette eau ne s’apprécie que si l’on est déjà un peu féru de parfum je pense, car les notes de celui-ci sont « vraies » : c’est la rusticité du cuir, la force des épices, le sérieux du bois, et la tendresse du caramel. Je ne l’ai pas tout de suite aimé quand je l’ai senti pour la première fois, mais aujourd’hui lorsque je le porte il me donne une certaine assurance, comme les artistes du cirque qui effectuent leur numéro avec confiance et détermination. Je me sens sincère et réelle quand je le sens, il m’ôte le doute. Je l’apprécie surtout le jour, mais n’exclus pas de pouvoir le porter en soirée, bien qu’il n’ait pas vraiment le côté opulent de Cuir Beluga, par exemple. Je crois qu’il me plaît de la même manière que m’a plu Poivre Piquant, j’ai tout à l’heure dit à ma maman que j’étais aussi enthousiasmée par Dzing! que je l’étais quand j’ai découvert Poivre Piquant. Ces deux parfums sont contradictoires (est-ce mon côté Gémeaux qui parle?), ont deux aspects qu’il n’est pas fréquent de voir ensemble : force et douceur. J’ai la sensation que l’accord de ces deux parfums crée une sorte d’équilibre, notion qui m’est particulièrement chère et à laquelle je me fie en toutes occasions. On recherche toujours l’équilibre en parfumerie, mais selon le désir du parfumeur, l’harmonie peut être atteinte de façon linéaire, par le choix des composants, la proportionnalité établie entre les matières… ou bien l’harmonie va être trouvée de façon moins scientifique par un équilibre sensoriel et intuitif : c’est là ce que je recherche le plus dans les parfums.