Le blog du parfum où votre nez bavarde…
Article tagué parfum
Le dernier musqué – Frédéric Malle : Musc Ravageur
26/06/11
Chères lectrices, chers lecteurs, nous nous retrouvons enfin pour le dernier musc de ma semaine musquée, qui s’est légèrement allongée… (C’est parce que je cultive l’art du suspense…)
Bref, passons aux choses sérieuses : Musc Ravageur n’est pas un musc. Hein ? Non, non, je ne vous prends pas pour des billes rassurez-vous. L’opus de Maurice Roucel pour les Editions de Parfums Frédéric Malle m’intéresse car il démontre en partie le pouvoir d’une appellation. Sorti en 2003, Musc Ravageur est un des derniers parfums, à mon sens, à jouer avec le terme « musc » dans la conception la plus animale du terme, ne serait-ce que par l’ajout de « ravageur » dans le titre, mais bien sûr et surtout avec la fragrance. Loin d’être dépourvue de muscs (au contraire), elle s’affranchit néanmoins de la perception classique des parfums musqués, en proposant une vraie composition dans laquelle les muscs jouent un rôle capital mais ne sont pas le centre de la composition, comme cela peut être le cas dans les autres parfums que nous avons vus dans cette série. Dans Jovan Musk ou Original Musk, la composition a été travaillée autour de l’élément central que sont les muscs, en poussant tour à tour chacune de leurs facettes avec d’autres matières comme les notes fleuries ou poudrées, la vanille, les baumes, ou encore les aldéhydes. Musc Ravageur pourrait se comparer par exemple à Flower by Kenzo, non pas dans la proximité olfactive, mais dans la façon dont ces matières sont utilisées dans la construction des deux parfums pour exprimer tout leur potentiel et sublimer les autres matières, sans pour autant en faire le « propos » du parfum.
Musc Ravageur n’est donc pas un « musc » dans la construction, mais de ses illustres collègues portant eux aussi le nom de musc, il a gardé le potentiel addictif, sensuel et presque impudique parfois. Maurice Roucel le décrit comme « un acte de séduction et de générosité ». C’est le parfum de la femme fatale, de celle qui a des formes, qui les assume et les utilise à son avantage, c’est ce que vous avez toujours rêvé d’avoir sans jamais oser le demander. Comme souvent, votre parfum vous permet de devenir ce que vous n’êtes pas, ce que vous aimeriez être, le pouvoir de métamorphose du parfum agit et vous transforme en vous apportant ce qui vous semble manquer : le pouvoir de séduction, le chic, la classe, la beauté, le charme, l’ambition… Qu’importe ! En vaporisant votre parfum, vous êtes à nouveau un être complet et entier.
Musc Ravageur tombe dans une sorte de cliché, on parle encore (et toujours) de séduction et de sensualité, mais il est tellement bien exécuté
qu’on lui pardonne. D’autant plus qu’olfactivement, Maurice Roucel a évité l’écueil des fleurs pour ce parfum et a clairement cherché à illustrer la phase qui vient après la rencontre des regards, les premières paroles, les premiers effleurements et les premiers baisers. La situation ici est toute autre, la peau est nue, prête à s’offrir et à déployer elle aussi son pouvoir olfactif et ses « muscs ravageurs »… Le parfum est alors là pour accompagner, décupler les sensations de l’instant et les rendre inoubliables.
Musc Ravageur est donc un parfum animal c’est sûr, mais pas seulement. Son envol frais de bergamote vient déposer comme une pluie une sorte de poudre dorée sur la peau sur laquelle s’exprime immédiatement la vanilline, la cannelle et la rondeur chaude et animale des muscs aux tonalités poudrées. Majoritairement composé avec des notes de fond, semble-t-il, et qui ne se déploient bien que sur la peau (bien que son sillage soit très puissant), ce parfum a une évolution plutôt lente et équilibrée. Les baumes (benjoin notamment), doucement, s’expriment tour à tour, comme lors d’un effeuillage voluptueux effectué par une experte. Après plusieurs heures, il vous restera sur la peau un souffle chaud, poudré de vanilline et de cannelle.
Musc Ravageur porte bien son nom, car il exploite à merveille ce que l’on pouvait attendre de lui avec un nom pareil, tant sur le plan du « musc » que sur le plan du « ravageur ». On ne le porte d’ailleurs pas impunément, car il affiche la couleur dès les premières effluves. Si vous n’êtes pas farouche : attendez-vous à vous faire aborder…
Le dimanche musqué – Tom Ford : Urban Musk
19/06/11
Il y a un moment, j’avais juré que je ne parlerai plus de Tom Ford tant j’avais été vexée par sa campagne publicitaire pour Tom Ford for Men. Deux ans plus tard, du plomb dans la cervelle et un peu de recul en plus, je suis retournée vers cette Private Blend qui compte dans ses rangs des recrues d’une valeur inestimable pour certaines. Ça, d’ailleurs, Tom Ford l’a bien compris et il nous le fait payer ! Pour notre sujet, je suis allée fouiner du côté de la collection Private Blend White Musk, une ligne créée en 2009, et qui est venue apporter un souffle à la fois plus féminin et plus occidental à cette ligne très sombre, aux senteurs très intenses et clairement orientée pour le Moyen-Orient.
Parmi les quatre parfums de cette gamme, je me suis attardée sur Urban Musk qui m’intrigue depuis plusieurs jours au fur et à mesure que je le porte. Relativement peu intense en sillage, il offre néanmoins l’une des notes de peau les plus délicieuses qu’il m’ait été donné de sentir depuis le début de cette série. Tous les autres, bien sûr, se fondaient sur la peau et en adoptaient la forme et la texture, ce qui est de toute façon particulièrement marqué avec des créations musquées, mais tous se situaient dans le registre du parfum, alors qu’Urban Musk est à la limite. On ne sait pas vraiment s’il s’agit de l’odeur merveilleuse d’une peau dorée au toucher velouté, ou si l’on est en face d’une eau poudrée et délicate qui glisse entre les doigts comme une épaisse mèche de cheveux.
Parmi les muscs « en équilibre » entre une base animale et une bulle de propreté, ce parfum se trouve sur la ligne des plus poudrés ce qui le rend très chuchotant et parfois assez difficile à discerner. Cette note est surprenante, elle me fait vraiment penser à une joue fraîchement poudrée sur laquelle on vient déposer une baiser. Attention, les notes de violette ne sont pas au rendez-vous, cette douceur étant surtout apportée par l’héliotropine et les graines d’ambrette. Au départ, on discerne furtivement une petite note urine mais qui laisse rapidement place à une rondeur poudrée et vanillée où le benjoin apporte sa petite pointe gourmande. Je ne suis jamais allée en Amérique (pour le moment), et je ne sais pour quelle raison il m’évoque avec précision une ambiance américaine, très policée de l’extérieur mais finalement excessive à d’autres endroits. Il sent la femme apprêtée, aux ongles faits et aux cheveux laqués, mais qui sait en même temps avoir cet air naturel et à peine nonchalant que vous rêveriez de savoir maîtriser.
Bien que très discret sur ma peau, j’ai eu du mal durant les jours où je l’ai porté à me décoller le nez des poignets. J’ai pensé au début qu’il ne tiendrait pas la route, mais j’ai été une mauvaise langue. Il mérite largement sa place dans une sélection musquée, bien qu’il soit assez difficile à trouver, très cher et relativement élitiste. En même temps, cela résume assez bien tout ce que fait Tom Ford…
Demain vous aurez droit à un petit extra de la semaine musquée, parce que plus on est de fous…, puis probablement jeudi ou vendredi, je vous proposerais un petit bilan sur cette semaine et cette famille qui m’aura largement inspirée et qui continuera sans doute encore.
Le samedi musqué – Serge Lutens : Muscs Koublaï Khan
18/06/11
Nous y voilà enfin chers amis ! Vous en aviez rêvé, le voilà : Muscs Koublaï Khan passe à la dissection. J’espère que moi par contre, je ne vais pas passer par cette case tant il y a déjà eu de la littérature sur ce parfum. Il déchaîne les passions sur forums, blogs et autres espaces de littérature numérique parfumante. Dans un souci d’équité, voici une sélection des articles qui ont précédé le mien : en voilà un, puis un autre encore, et à nouveau, et puis … Le devoir de mémoire étant accompli, je vous propose de poursuivre la semaine et d’entamer la soirée sur les chapeaux de roues en engageant la discussion aussi franchement que Muscs Koublaï Khan le fait avec nos narines. Je viens de me rendre compte d’ailleurs que je suis en train d’écouter Samantha Fox alors même que je rédige ce billet (j’ai la honte jusqu’à la fin de mes jours au moins là). Rien à voir avec le raffinement de la cour mongole de Koublaï Khan, auquel le parfum rend hommage donc.
Ma rencontre avec ce parfum date de sa sortie dans la gamme export il y a 2 ans. J’avais à l’époque le nez bien moins entraîné qu’aujourd’hui, et je suis surprise de me rappeler que j’ai été irrésistiblement attirée par cette odeur, en dépit de tous les commentaires que j’avais pu entendre à son sujet. Ménagerie, crottin, cheval, vous connaissez l’histoire. Non, je l’ai trouvé d’emblée magnifique, mystérieux et impénétrable, à en devenir muette et folle de désir. Aujourd’hui, avec un peu plus de connaissance en stock, je crois comprendre ce qui a pu me plaire chez MKK : la base Animalis. Cette base ancienne de la parfumerie qui émane des fabriques De Laire comme le Prunol, l’Ambre 83 ou la Mousse de Saxe, exhale une odeur qui me fait penser à l’urine que vous croisez dans le métro au détour d’un recoin sombre. Si je ne me trompe pas, cette base contient notamment du costus, une plante aujourd’hui interdite qui évoquait une casquette sale et lourde de sébum. Si j’en étais capable, je crois que je pourrais porter cette base seule tant elle donne une sensation de « vrai parfum », de peau et de fourrure.
Malgré ces images peu ragoûtantes, cette base est une merveille et apporte à Muscs Koublaï Khan une dimension érotique d’une intensité rare. Accompagnées de douces notes poudrées (graines d’ambrette), vanillées, baumées (labdanum), les notes animales de MKK sont tapies et ne crient pas trop fort, sur ma peau en tout cas. Je ne vous ferai pas le couplet sur la sensualité enivrante de ce parfum, sur son pouvoir presque hypnotique de séduction, parce qu’il est évident.
Par contre, je vais vous parler de chat. Parce que ce parfum pour moi sent la tête d’un chat. Une douce odeur féline, souple, juste assez intense pour que l’on sache qu’il s’agit d’un animal, mais tout en délicatesse, loin d’une odeur puissante de fauve comme pourrait l’évoquer l’Absolue pour le Soir de Francis
Kurkdjian, qui a fait un pas de plus vers l’excès de sensualisme. Les chats ont pour moi une odeur légèrement poudrée, la même odeur que je retrouve dans ce parfum, et vu ma dévotion sans limite pour ces animaux, je ne m’étonne pas de l’effet délirant qu’il produit sur moi. Tout dans cette création me renvoie à mon amour pour ces petits félins. L’aspect mystérieux de son aura chaude me fait penser à leur regard impénétrable, le silence qui semble se faire autour de nous lorsqu’on le sent m’évoque le (non) bruit que font leurs coussinets lorsqu’ils marchent, sa lumière dorée me laisse imaginer la façon dont leur pelage chatoie à la lumière du soleil.
Très doux et tout en élasticité sur moi, ce parfum est indéniablement parmi les muscs, le plus bestial du genre musqué et il me ravit, moi qui aime l’excès et la débauche de notes animales. Mais quoi qu’on puisse en dire, MKK n’a rien de sale dans ma perception, il n’est ni vulgaire, ni répugnant et ne m’évoque que des choses que j’aime : la chaleur, la peau et les chats.
MKK est une potion de transformation qui me fait devenir chatte et m’expose à la vie délicieuse des chats, une vie remplie de nonchalance, de caresses, d’acrobaties improbables dans les branches, de jeux stupides et ravissants… C’est décidé, je me réincarne en chat.
Le jeudi musqué – Jovan : Musk
16/06/11
Comment parler d’un parfum qui a marqué des générations entières mais pas la sienne ? Comment décrire un produit devenu culturel partout ailleurs dans le monde, sauf chez soi ? Voici le défi que je me suis lancé aujourd’hui en décidant de vous parler du Musk de Jovan, « le parfum qui a réuni plus d’hommes et de femmes que tout autre parfum dans toute l’histoire », comme disait la pub en 1981.
Ce parfum fait partie de la catégorie des fragrances à la cible extra-large et au discours bien moins policé que celui des maisons de luxe. Jovan Musk est ce que l’on peut appeler un parfum cheap. Son quotidien, ce sont les ragots près de la machine à café, à côté de la crème Nivea et du mascara Gemey Maybelline. Il est en même temps la preuve qu’on peut faire des choses qui ont du corps et de la personnalité sans avoir sous la main des matières d’une rareté exceptionnelle. Bien sûr, l’attente n’est pas la même, mais qu’importe.
Ce parfum a la simplicité et l’ouverture des gens faciles, avec qui on se lie sans réfléchir. Seront-ils des amis pour la vie, probablement pas, mais cela ne vous empêche pas de passer des moments grandioses. On ne fait pas d’histoires, on entre tout de suite dans le vif du sujet : le rapport est franc, direct et très intense, avec un aspect un peu passionnel. Ce n’est de toute façon pas fait pour durer, parce que c’est trop fort, et que ça va trop vite. Mais cela vous marque si intensément que vous n’oubliez jamais vraiment ces gens.
Et d’ailleurs, tout le positionnement de ce produit s’articule autour de cet aspect pulsionnel incontrôlable auquel vous succomberez en sentant le parfum : « Un parfum mystérieux qui dévoile votre pouvoir de séduction. L’attraction pure. » Difficile de faire plus explicite ! Jovan Musk témoigne d’une époque ou le mot « musc » éveillait encore dans l’esprit des gens des notions de séduction, de sensualité, voire de sexualité. En 1972, l’année de sa sortie, un parfum qui portait ce nom affichait d’emblée la couleur ! Bien que ces notions n’aient aujourd’hui pas disparu de la tête des consommateurs, elles ont évolué, et il me semble que l’idée très « phéromonale » du terme se soit légèrement éloignée depuis l’apparition du terme « muscs blancs », mais aussi depuis la surexploitation de leurs facettes propres dans les divers produits parfumés du quotidien. Le virage pris par ces matières depuis quelques temps rend le discours de la marque Jovan kitsch à en hurler de rire. La preuve par 15 ici (Prenez le temps de jeter un œil aux vidéos, ça vaut vraiment le détour) : Publicité Jovan Musk – Jungle Spot 1984, ici : Publicité Jovan Musk for Men – 1985 (écoutez bien les paroles), ou encore là : Publicité Jovan Musk – USA 1987.
Après cette mise en bouche alléchante, que dire du parfum en lui-même ? A première vue, je dirais qu’il tient bien ces promesses. Dans le cas
du féminin, il correspond exactement à un type de féminité qui ne passe jamais inaperçu : celle de la bimbo. Les muscs ici, sont un peu le silicone des seins de la jeune femme, il s’agit de sortir l’artillerie lourde. A grands renforts de bouquet floral esquissé dans les grandes lignes par des notes jasminées sympathiques, on surélève le tout avec une petite dose d’aldéhydes qui donnera une impression très nette de laque Elnett au départ. Le parfum évolue très rapidement vers une montagne infranchissable de notes extrêmement rondes et moelleuses qui évoque le soyeux d’une peau qui n’en fini pas de vous faire envie. La note poudrée animale des muscs nitrés (vraisemblablement le musc cétone, le dernier qui soit encore autorisé) conduit les impressions dans d’autres recoins dont je vous laisse le loisir d’esquisser les détails. Elle est soutenue par une aspect gourmand un peu chocolat, une touche de vanilline et de coumarine. L’effet, même s’il est lourd et un peu excessif, est efficace, on en redemanderait presque, pour rigoler, parce que c’est marrant de jouer un peu à la pouf et au beauf une fois de temps en temps.
J’ai acheté 10ml de cette huile exprès pour cette série de billets, et même si je ne délaisserai pas mon Original Musk pour celui-ci, j’ai plaisir à le porter de temps en temps, pour aller au cinéma et boire un café du dimanche, en espérant faire succomber sur le chemin tous les mâles qui en valent la peine.
Le mardi musqué – Réminiscence : Musc
14/06/11
Je dois avouer que dans ma sélection de parfums pour cette série, je n’avais introduit le Musc de Réminiscence que parce qu’il me fallait 7 parfums et que je devais pouvoir les tester sans trop de difficultés. Je ne m’étais pas doutée un seul instant que je pourrais réellement être séduite par ce parfum, et j’aurais du être plus méfiante et surtout plus lucide : la plupart des parfums musqués cachent bien leur jeu.
Le Musc de Réminiscence fait partie de ceux-là. Sans déployer l’aspect sensuel de sa composition de matière très voyante, il s’ouvre sur une note douce d’ylang-ylang, à peine soutenue de quelques notes aromatiques pour la fraîcheur. Mais le propos de ce parfum n’est pas la fraîcheur mais bien le confort. Et il traduit cette sensation à la frontière entre le gustatif-gourmand et le poudré-sensuel. Lorsque je l’ai essayé la première fois, j’ai été radicalement surprise : je pensais avoir à faire à un musc très propre, plus proche du White Musk de The Body Shop que de la note croquante et un peu sale de Dzing ! de L’Artisan Parfumeur. Or, c’est bien à Dzing ! que cet opus de Réminiscence me fait penser. Bien que ce dernier n’aille pas fouiller dans l’univers chevalin et cuiré comme le fait celui de L’Artisan, on retrouve dans les deux parfums une note gourmande d’amandes caramélisées.
Et alors que Dzing ! la fait sortir comme un coup de fouet, à l’image des effluves de chouchous qui vous assaillent lorsque vous sortez du chapiteau, Musc de Réminiscence vous prend gentiment par la main et vous emmène sur un canapé couleur crème, vous propose du thé et un sachet de friandises achetées sur le marché ce matin. Les notes amandées sont soutenues grâce à un fond poudré par les muscs et la coumarine, mais aussi ambré, dans lequel le labdanum insuffle son caractère baumé et animal. Mais ce parfum offre alors une sensualité toute en sourdine, qui semble presque s’ignorer. Il ne s’agit pas de se faire remarquer, mais tout simplement de créer une situation de confort et de plénitude.
Lorsque je tente de me représenter visuellement des odeurs poudrées ou musquées, je m’imagine souvent une sorte de mare de coussins
très moelleux, cachée au fond du jardin par une journée d’été, dans laquelle je me jetterai (au ralenti, très important), avant de m’endormir pour faire la sieste. Ce parfum résume assez bien cette sensation : l’ylang évoque la brise chaude de l’après-midi qui vous apporte les effluves suaves des fleurs peuplant le jardin, tandis que les muscs propres et poudrés (galaxolide et ambrettolide vraisemblablement) figurent ce lit de coussins moelleux dans lequel vous oubliez le poids de votre corps dans une position paresseuse.
Sorti en 1970, la même année que le célèbre Patchouli, Musc de Réminiscence a gardé un caractère universel et intemporel, et propose une note propre, ronde, mais loin d’être trop classique ou ennuyeuse, car habilement relevée par la volupté de l’ylang, le gourmand de l’amande et la chaleur du labdanum.
La semaine musquée – Introduction
13/06/11
Nous y voilà enfin! L’envie de calme et de volupté que me réclame mon esprit depuis des semaines m’a enfin décidée à vous faire partager cette série de billets que j’ai sous le coude facilement depuis 6 mois. Cette semaine sera placée pour vous sous le signe des muscs et plus précisément des muscs blancs chers lecteurs, puisque c’est à eux que nous sommes aujourd’hui majoritairement exposés. Comme vous l’apprendrez dans l’excellent dossier d’Auparfum sur les matières animales, le musc tonkin (d’origine animale donc) n’est aujourd’hui pas interdit bien que son utilisation soit relativement ponctuelle, et qu’il se soit largement fait voler la vedette par plusieurs de ses dérivés, dont le premier fut la Muscone (ou Muskone), découverte en 1906 par Walbaum. La Muscone fut la pionnière d’une importante série de molécules « musquées » appréciées des parfumeurs et des industriels pour plusieurs raisons : utilisés pour leurs propriétés de fixateur et de liant dans une composition, les muscs sont en effet des marathoniens de la tenue, en plus d’être d’une grande stabilité. Voilà pourquoi ils envahissent notre quotidien dans les moindre recoins depuis des années maintenant ! Shampoings, parfums, gels douche, déodorants, lessives, détergents, crèmes en tout genre, presque rien ne leur échappe ! Pourtant, nous continuons à leur vouer une admiration sans bornes.
Et avec raison ! Sans être des matières d’exception (bien que certaines coûtent très cher), ces produits offrent une large palette de nuances
olfactives : des notes fruitées, poudrées, boisées, animales, parfois vanillées sont à la disposition des créateurs. Depuis les premières découvertes, la palette a bien sûr évolué, certaines molécules ont disparu (majoritairement les muscs nitrés), d’autres ont fait leur apparition. Je ne saurais pas dire si c’est la présence de ces matières dans les produits que l’on côtoie depuis la naissance qui nous fait les aimer, ou si elles ont réellement un pouvoir particulier sur nos émotions et nos désirs, mais, en tout cas, il est clair que les muscs provoquent, pour bonne partie d’entre eux un effet de « J’y reviens », un réel pouvoir addictif.
Et c’est ce que nous allons décortiquer ensemble cette semaine, en passant en revue quelques-uns des muscs les plus célèbres du marché. Je vais tâcher de vous faire partager mon sentiment et mon avis bien sûr sur ces parfums. J’ai volontairement (et logiquement) choisi des créations qui portaient le nom « musc » dans leur titre. D’autres parfums auraient mérité d’y figurer mais je pars du principe que les parfums qui portent dans leur titre le nom « musc » s’appliquent à déployer toute la puissance de ceux-ci (les muscs) dans leur construction et s’affichent d’entrée de jeu comme des parfums relativement sensuels. Dans tous ceux que j’ai sélectionnés (et même ceux que j’ai mis de côté), quels que soient la communication ou le discours de la marque, on ne passe pas à côté d’un sensation d’enveloppement, une sensation de peau. Et une chose est sûre, c’est que les parfums musqués subliment et sont sublimés par la peau. Mais nous pourrons bien sûr discuter de cette sélection, et de cette appellation !
Une semaine pleine de muscs donc, de douceur, de rondeur, de sensualité parfois discrète, parfois déguisée, parfois affirmée. Une parenthèse de rondeur pour des notes pas si innocentes et proprettes que cela.
Partie 1 : Azzaro, Le Parfum Couture / 1975
2/05/11
Le problème lorsque l’on écrit pas assez régulièrement sur son blog (C’est mal. Je serai fouettée.), c’est que les idées d’articles se superposent, que tout se mélange et qu’après, il faut faire des choix. Le brouillon de cet article doit être en jachère depuis environ 7 mois, puisque c’est à cette période que j’ai eu l’opportunité de connaître Azzaro le premier parfum de Loris Azzaro, sorti en 1975. Vu le grand âge de ce brouillon, j’ai décidé de m’attaquer à ce gros morceau qu’est la comparaison entre la version originale d’un parfum et sa réédition. Cela me permettra, en plus, de développer mes pensées sur le genre chypré. Je vous propose donc, dans cette première partie, la revue d’Azzaro 1975 et mercredi en deuxième partie, la comparaison avec Azzaro 2008.
Ce parfum s’appelait visiblement Azzaro tout court à l’origine, mais avait pour slogan : Le Parfum Couture. Je suppose que c’est de cette expression que lui est venu le nom qu’on lui attribua par la suite : Azzaro Couture, le même qui fut repris en 2008 pour sa réédition.
Premier parfum du couturier Loris Azzaro, il se serait inspiré de Mitsouko de Guerlain, auquel il aura emprunté la base chyprée – fruitée. Lorsque j’ai senti Mitsouko les premières fois, un seul mot, une seule impression me venait à l’esprit : Pruneau. Je ne comprenais pas comment un parfum qui évoquait le pruneau pouvait être un chef-d’œuvre. Bien sûr, comme prévu, je ne compris que bien plus tard la beauté de ce parfum, dont je finis par aimer intensément cet effet, donc. Azzaro 1975 partage avec Mitsouko cette particularité, une sensation qui vient pour moi de l’alliance entre la mousse de chêne et la lactone C14, couramment utilisée pour son odeur de pêche – abricot. Bien sûr, la trame de l’un et de l’autre ne se résume pas à l’accord de ces deux matières, d’autant plus qu’ils partagent aussi un fond boisé vétiver (beaucoup plus présent dans les versions plus anciennes de Mitsouko). Mais Azzaro 1975 s’affranchit de son aîné à différents niveaux.
S’il est vrai qu’il reprend la trame de fond du chypre – fruité de Guerlain, il emprunte aussi au velouté épicé de Femme de Rochas et à la verdeur galbanum de Miss Dior. La pyramide annonce des aldéhydes et du gardénia en tête, j’avoue que pour ma part, j’ai eu du mal à y déceler autre chose qu’une ouverture galbanum – bergamote, accompagnée déjà d’une corbeille de fruits secs. Comme dans tous les vieux chypres, une sensation d’enveloppement, de fourrure se déploie rapidement et donne au parfum son effet vêtement, si précieux et si élégant. La fraîcheur de la rose est présente relativement longtemps sur la touche, mais elle s’éteint assez vite sur ma peau, pour laisser place sans plus tarder à son aspect plus capiteux, relevé par le jasmin, une touche de girofle (eugénol) et peut-être un peu de cumin… L’aspect délicieux et velouté d’Azzaro 1975 se révèle après environ une heure d’évolution : une impression de pain frais, moelleux, qui rappelle la peau, apparaît. Elle devient alors excessivement attirante, on aimerait la manger, littéralement.
C’est la particularité de ces vieux chypres : ils transportent avec eux une dimension hautement sensuelle, mais qui s’exprime très différemment d’un oriental, à la volupté peut-être plus évidente, ou en tout cas plus voyante. Un chypre est un mystère, une forêt noire, dense et touffue dans laquelle on aime se perdre. Poussant les épines, trébuchant sur les grosses racines, recherchant la lumière à travers les feuilles, on se demande : L’orée est-elle encore loin ? Dois-je revenir sur mes pas ? Je m’y perds… Et puis, un peu plus loin, on trouve de la lumière, de la chaleur, un élément familier. Le parfum exprime à cet endroit plus clairement ce qu’il attend : vous attirer et vous pousser à déguster cette peau de pêche, souple et chaude. Azzaro 1975 pour moi c’est ça. Mais comme ses confrères, il dégage une classe tellement imposante que l’on n’ose pas imaginer à quel point il peut être profond et sensuel. Il produit cet effet d’attraction irrésistible, incontrôlable que l’on a du mal à expliquer, mais qui est là et qui fait que l’on y revient.
Pour moi, un chypre, c’est ça : une tension, une addiction qui vous empêche, pour une raison obscure, de vous en séparer. Je ne vous surprendrai pas en disant que pour moi, la mousse de chêne a de grandes chances d’y être pour quelque chose, et que sa raréfaction dans les chypres d’aujourd’hui est à l’origine de la tristesse de ceux qui les ont aimés à leur âge d’or.
La suite mercredi pour la version 2008 !










