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L’Artisan Parfumeur : Voleur de Roses
12/08/07
Un orage vient de passer sur Paris. Sur mon poignet se trouve Le Voleur de Roses de L’Artisan Parfumeur. Qui aurait pu imaginer meilleur moment pour analyser ce parfum? Voleur de Roses est l’un des plus beaux patchoulis que j’aie jamais senti. Même le Patchouli Patch de la même maison ne lui est pas comparable. Car Patchouli Patch est certes quasiment pur, mais il est plus rustique que Voleur de Roses, qui à la rusticité a marié l’élégance.
C’est un parfum que l’on n’aime pas forcément du premier coup. La première fois que je l’ai senti, je l’ai trouvé trop atypique, une note originale, mais que je ne me voyais pas du tout porter tant il me rappelait l’odeur des tapis humides de feuilles mortes. Il y avait aussi cette sensation vineuse et rouge, pas vraiment adaptée à un parfum me semblait-il… Puis un jour j’en ai reparlé avec une collègue qui avait eu pour ce jus un coup de coeur foudroyant. L’ayant ressenti sur elle, ma curiosité s’est réveillée, il lui donnait une belle présence; fraîche et confortable. 
Voleur de Roses vaporise (au sens propre) une ambiance autour de lui. Il n’est pas excessivement travaillé et ne se décline pas en une interminable succession de facettes. Alors je l’ai essayé. Quand on le met, on respire une bouffée d’air frais dans un sous-bois à l’automne, puis on trempe les lèvres dans un verre de bordeaux. Quand les notes rosées se dissipent, le patchouli nous habille telle une étole de velours rouge pourpre. Un contraste frais-chaud se met alors en place et ne vous quitte plus : une impression juteuse de pêche de vigne relevée par une sorte de touche cacao-boisée (chocolat noir, d’ailleurs bien plus présente dans Patchouli Patch) apportée par le patchouli. La composition est plutôt minimaliste : notes rosées fraîches/Prune/Feuilles de Patchouli/Patchouli. Finalement, c’est le rapprochement avec le vin qui lui donne pour moi son élégance insoupçonnée, et bien qu’il soit classé dans les masculins, il m’évoque une allure bien plus féminine que masculine.
Pendant un moment, j’ai pensé que le patchouli à trop
haute dose ne m’allait pas. Je n’ai pas du tout aimé Euphoria de Calvin Klein dont la note patchouli-glucose surdosée m’avait écoeurée. Même sensation avec Patchouli de Réminissence, probablement l’un des plus connus, qui prenait des accents un peu vulgaires sur ma peau. J’avais ensuite essayé Angel de Thierry Mugler qui ne m’a pas déplu, mais je suis restée effrayée par ce bois jusqu’à ce que je porte Voleur de Roses et que je puisse admirer son évolution luxueuse sur la peau. Parce qu’en vérité, le véritable luxe d’un parfum, qui le démarque vraiment du reste, c’est une belle matière. Car une matière de qualité se suffit à elle-même, nul besoin de la travailler à outrance, de lui donner des accents trop marqués qui lui feraient perdre la richesse naturelle qu’elle détient déjà. Je ne veux pas dire par là que les parfums très construits, contenant de nombreuses matières, sont mauvais ou sans intérêt. Mais je ne boude pas la simplicité lorsqu’elle se présente et qu’elle est réussie. Voleur de Roses est sobre, c’est ce qui le rend si atypique.
Il est aujourd’hui une sorte d’évidence, il me fait, à peu de chose près, le même effet qu’Une Folie de Rose des Parfums de Rosine, je me sens bien, il me va, quels que soient le jour, l’heure, la saison.
Disponible en 50ml et 100ml dans toutes les boutiques L’Artisan Parfumeur et Grands Magasins.
Sources : Photos : Sous-bois : ecl.ac-orleans-tours.fr/clg-ernest-bildstein-gien/, Vin : www.la-cave-a-vin.fr, Flacon : www.lamurefavorite.com ; Basenotes
Prada : Prada
5/01/07
Prada est une maison de haute couture italienne, créée en 1913 par Mario Prada, sous le nom de « Fratelli Prada ». Aujourd’hui dirigée par Miuccia Prada, elle a su depuis 1978 assurer, avec son mari Patrizio Bertelli (fabricant de cuir florentin) la pérennité et la modernité de la marque. Leurs produits sont sobres, élégants et faussement stricts. Jusqu’à présent, Miuccia Prada avait toujours refusé de créer montres, parfums ou bijoux comme la plupart des créateurs de mode.
« Nous sommes devenus immenses et je rêve de petite production, d’un espace artisanal pour garder ma naïveté en échappant aux exigences commerciales de la compagnie que nous avons créée .» Miuccia Prada
J’apprécie cette vision alternative des choses, qui tranche avec d’autres marques qui aiment à éclabousser le marché de leur marketing hurlant et superficiel (on relèvera pour les marques italiennes tout particulièrement Dolce & Gabbana). La discrétion et la qualité de la communication de Prada en fait une marque hautement luxueuse mais aussi très authentique, où la place donnée à l’artistique est très importante : Miuccia Prada et son mari ont créé une fondation d’art contemporain en 1995 avec les capitaux du groupe.
Finalement, Prada s’est ouvert au paysage olfactif en 2004 en créant sa première fragrance pour femme après trois ans de travail long et minutieux. Et il faut reconnaître que pour un premier parfum c’est une vraie réussite. Cette première création est un oriental boisé composé par Max Gavarry et Carlos Benaïm. Miuccia Prada désirait ce parfum comme une réinterprétation de la parfumerie traditionnelle en utilisant les matériaux les plus nobles. De fait, pas moins de 3 absolus de fleurs et 2 bois composent entre autres le jus.
Pyramide olfactive :
Tête, Bergamote/Orange Amère/ Absolu Mimosa/ Mandarine
Coeur, Absolu Rose/ Patchouli Indonésie/ Absolu Patchouli/ Baies Roses
Fond, Ambre/Labdanum/ Tonka/ Vanille/ Santal Indes 
J’ai découvert ce parfum à son lancement en France, il m’avait été présenté à l’époque comme le « classique » de demain. Après analyse, il réunit tous les éléments pour : une odeur connue mais novatrice, très habillée mais feutrée, sobre mais charnelle, tellement distinguée… La vendeuse qui me l’avait présenté avait aussi ajouté : « Pour son premier parfum, Prada a réinterprété toutes les facettes de l’ambre ». Sur ma peau, c’est effectivment l’ambre qui ressort mais travaillée, sublimée par les autres matières, notamment le bois de santal et le labdanum, une résine provenant d’un arbuste : le ciste, connue pour ses propriétés balsamiques et son odeur ambrée (c’est d’ailleurs l’un des rares végétaux à posséder des notes animales). L’aspect boisé est corsé comme un bon vin, et incisif comme une épice, et l’ambre apporte surtout de la carrure et de l’assurance à l’ensemble. Ce qui se transmet à celle qui le porte. Prada, le parfum, est visiblement apprécié par les femmes (30 ans) et non les jeunes filles, qui se dirigent le plus souvent vers des parfums plus fleuris, ou plus lourds : Very Irresistible de Givenchy, Flower Bomb de Victor & Rolf, « L » de Lolita Lempicka, ou Angel de Thierry Mugler… La publicité ayant été assez réduite, c’est surtout le bouche à oreille qui fait office de vecteur d’informations. Je savoure, cela dit, la sensation d’être dans le petit groupe de privilégiés (même si c’est faux) qui aime ce parfum, et le garde en réserve pour dire une fois sa renommée installée : « Oooh mais ça fait longtemps que j’adore ce parfum moi!! »
A noter que l’odeur du labdanum, la résine de ciste, est connue pour affecter la sensibilité et le sens artistique, rend optimiste et aiderait à générer un courant de bonnes pensées qui favoriseraient la réussite…
Sources : OsmoZ, Arts Fluctuat.net, Wikipédia, le Trésor de la Langue Française Informatisé.